Adam Driver, l'inclassable acteur qui fait l'unanimité

On le compare à Robert De Niro. Révélé par la transgressive série Girls, l’inclassable acteur fait l’unanimité, de Scorsese à Spielberg en passant par Star Wars. Ancien marine, ce héros singulier joue les stars du spectacle dans le film Annette, présenté en ouverture du Festival de Cannes.

Un nez à la Cyrano, un faux air de Johnny Depp dans Dead Man, de Jim Jarmush, une tignasse de chef sioux, une voix douce de prêcheur tibétain, le tout nimbé d’un halo d’anxiété comme celui qui accompagne les héros sombres de la littérature russe : Adam Driver est un minestrone, une macédoine, un melting-pot à lui tout seul. «Je suis le fruit de nombreux mélanges, m’a-t-on dit, avec des aïeux irlandais, allemands, peut-être russes et sûrement indiens», nous expliquait en 2015 l’acteur américain, 37 ans, né en Californie dans le comté de San Bernardino. Il y a quelques années encore, personne n’aurait parié un kopek sur la carrière de ce grand échalas d’1,90 m, fils de pasteur au parcours singulier. À 20 ans, en effet, il décidait d’entrer dans les US Marine Corps. «C’était après le traumatisme du 11-septembre. Il fallait que je fasse quelque chose. Un vent de patriotisme s’est levé dans tous les États-Unis et, pour moi, rejoindre l’armée était un moyen de servir mon pays. C’était ma contribution contre la barbarie.»

En vidéo, la bande-annonce d’Annette, de Leos Carax

Deux ans d’entraînement en Californie. Au moment de partir servir en Irak, il se casse le plexus. Il est réformé. «C’est l’un de mes grands regrets. J’aurais voulu aller combattre, pas seulement pour connaître l’épreuve du feu, mais surtout pour rester avec mes copains. À l’armée, quand vous vous faites des amis, c’est pour la vie.» Adam n’ira donc pas en mission «overseas». Adieu la vie militaire, et bonjour la vie civile. «L’adaptation a été difficile. Quand j’ai quitté les marines, je me suis demandé comment j’allais m’en sortir. C’est le théâtre qui m’a aidé. D’ailleurs, depuis, j’ai créé avec ma femme une association pour aider les militaires de retour d’opérations extérieures à renouer avec la vie réelle, grâce à des ateliers de théâtre pour leur donner des outils afin de traduire l’indicible qu’ils ont vécu et qu’ils ne peuvent souvent pas exprimer. Une fois réformé, je suis d’abord revenu sur les bancs de l’université, puis j’ai présenté le concours d’entrée à la Julliard School.» Il intègre la prestigieuse école sur un monologue de Richard III, de William Shakespeare, et un autre tiré d’une pièce de Christopher Marlowe.

Après de petits rôles dans J. Edgar, de Clint Eastwood (2011), et Lincoln, de Steven Spielberg (2013), Adam Driver apparaît en 2012 dans Frances Ha, de Noah Baumbach, au côté de Greta Gerwig.

La même année, il intègre le casting de la série télévisée Girls, créée par Lena Dunham. 

Il joue dans quelque épisodes et devient rapidement l’un des piliers du show.

Ici, sur le tournage d’une scène romantique avec Lena Dunham. (New York, 16 avril 2014.)

Les sentiers de la gloire

L’armée l’a-t-elle aidé à devenir comédien ? «Bien sûr que oui. L’armée vous apprend à survivre à des situations extrêmes, à affronter la peur, la fatigue, l’angoisse, la douleur, la mort. Au cinéma ou sur scène, ce sont des sentiments que l’on joue. Mais on les joue encore mieux si on les a vécus», nous expliquait-il. Que préfère-t-il, l’armée ou le théâtre ? «Le théâtre et le cinéma. D’abord, c’est moins risqué. Ensuite, le travail demeure un travail d’équipe et de collaboration. Enfin, quand on est acteur, on peut imaginer pouvoir faire passer des messages et peut-être même améliorer le monde.» Après la Julliard School, Adam participe à un casting pour intégrer Girls, la célèbre série télévisée. Il est pris pour quelques épisodes et devient rapidement le pilier du show. Aujourd’hui, la carrière d’Adam, qui semblait plus qu’acrobatique aux yeux de certains, est devenue aussi solide que du béton et Hollywood ne peut plus se passer de lui.

Cannes et Cotillard

On le compare à de grands acteurs américains, comme Robert De Niro, Al Pacino ou Marlon Brando. Les réalisateurs se l’arrachent. Steven Spielberg l’a engagé pour son film Lincoln au côté de Daniel Day-Lewis. Les frères Coen pour Inside Llewyn Davis, J. J. Abrams pour Star Wars Épisode VII. Le réveil de la force. En 2015, Noah Baumbach l’a choisi pour son film While We’re Young sur le drame de la cinquantaine. Il y incarne Jamie, un jeune hipster de la génération Z, marié à Darby, avec qui il forme un couple branché, aisé, libre mais à l’exigence et l’éthique plutôt élastiques. Depuis il a tourné dans douze films, dont le très beau Marriage Story, un long-métrage Netflix sur la relation entre un metteur en scène et une actrice (Scarlett Johansson) avec tout ce qu’elle comporte de racnœurs et d’ambitions contrariées. À Cannes, il vient cette année présenter Annette, le dernier ovni de Leos Carax, accompagné de sa partenaire dans le film, Marion Cotillard. Un conte cruel sur la célébrité mais avant tout une comédie musicale chantée en live devant la caméra. La Croisette est tout ouïe.

Ce portrait initialement publié en 2015 a été mis à jour.

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