Carlos Sotto Mayor et sa rupture avec Jean-Paul Belmondo : « Il était de plus en plus possessif »

Carlos Sotto Major avait 19 ans et Jean-Paul Belmondo 47. Ils se sont aimés follement pendant sept ans, portés par la flamboyance des années 80, et ne se sont jamais éloignés tout à fait l’un de l’autre. Jusqu’à cet été 2020 où il lui a demandé de revenir pour un dernier rendez-vous, comme une ultime déclaration.

Au téléphone, la voix est douce, tremblante par moments. Le français est parfait. Carlos est née au Portugal et c’est là qu’elle vit depuis quelques mois. On la sent fragile, sur le fil, encore choquée par la mort de l’homme qu’elle a tant aimé, avec lequel elle s’est sans doute le plus amusée et auquel elle consacre aujourd’hui un livre, Jean-Paul, Mon homme de Rio. Elle y travaillait depuis plus de trois ans. Elle lui en lisait régulièrement des pages et lui la taquinait d’un : « Depuis tout ce temps, c’est tout ce que tu as fait, c’est tout ce que tu as écrit ? ». Et ils riaient. Elle ne s’imaginait pas qu’il ne serait plus là au moment de la publication de ce témoignage…

GALA : Comment avez-vous appris la mort de Jean-Paul Belmondo ?

CARLOS SOTTO MAYOR : Un de ses proches m’a appelée pour me l’annoncer.

GALA : Pourquoi n’étiez-vous pas aux obsèques ?
C. S. M. : (Elle pleure) Excusez-moi… Je n’aurais pas pu venir, je n’arrive pas à accepter qu’il ne soit plus là. Pour la même raison, je n’ai pas pu regarder jusqu’au bout l’hommage qui lui a été rendu aux Invalides. Michel Polnareff m’a dit l’autre jour : « Il faut avoir la générosité de le laisser partir », mais je n’en suis pas encore là.

GALA : Quand vous êtes-vous parlé pour la dernière fois ?
C. S. M. : Il y a plusieurs mois. Depuis la fin de l’année dernière, il ne parlait plus du tout, il allait moins bien. Mais quand on s’était retrouvés l’été dernier, je l’avais trouvé bien, je pensais sincèrement qu’on aurait encore de longues années devant nous à rire, à s’amuser… Je me suis trompée.

GALA : Il vous avait demandé de revenir ?
C. S. M. : On en parlait depuis un moment, et puis un jour il m’a dit : « Alors, qu’est-ce que tu attends ? ». J’ai fait mon sac, j’ai pris mes chats et j’ai embarqué sur le premier vol pour Paris.

GALA : Vous aviez 19 ans quand vous l’avez rencontré, et lui avait l’âge d’être votre père. Cette différence ne vous a pas effrayée ?

C. S. M. : C’est vrai, j’étais une gamine, mais il était tellement désarmant, irrésistible, il m’a ouvert grand les bras et je m’y suis jetée. C’était ma première vraie relation sérieuse et sans doute celle qui aura compté le plus dans ma vie. J’ai beaucoup appris à ses côtés, ne serait-ce que le français que je parlais mal. Les sept années que j’ai passées à ses côtés ont construit la femme que je suis aujourd’hui.
GALA : Comment avez-vous été accueillie par l’entourage ?

C. S. M. : Au début, tout le monde était un peu curieux, surtout que j’étais un peu hippie, un peu rebelle, j’ai toujours été un peu aventurière, avec un grand sens de la liberté. J’avais presque l’âge de Paul qui vivait avec nous et qui était adorable. La maman de Jean-Paul a commencé par se demander quel drôle d’oiseau j’étais. Son père, lui, m’a tout de suite acceptée. C’était le monsieur le plus gentil que j’aie pu rencontrer, il ne portait jamais aucun jugement sur personne. Après, je sais que certains me prenaient pour une bimbo chasseuse de stars. Aujourd’hui, ça ne me blesserait pas car je sais qui je suis, j’ai suffisamment de recul, mais quand vous avez 19 ans, c’est parfois lourd.

GALA : Vous, à l’époque, ne saviez pas qui était Jean-Paul Belmondo…
C. S. M. : Je connaissais les Rolling Stones, David Bowie, Jimi Hendrix, parce que c’était la musique que j’écoutais, mais en Afrique où j’ai grandi, il n’y avait pas de télévision. Le cinéma français, je l’ai découvert avec Jean-Paul. On dévalisait les vidéo-clubs et on passait les dimanches au lit à regarder des films.

GALA : Il vous a également fait découvrir le Paris by night ?
C. S. M. : Absolument. C’est quelqu’un qui aimait être en public, sortir, bouger, c’était très festif et toujours très bon enfant.

GALA : Il aimait aussi que vous soyez sexy ?
C. S. M. : C’est vrai. Et j’aimais ça aussi. Je portais parfois des tenues comme si j’allais monter sur scène avec un groupe de rock, j’étais dans mon délire de gamine ! (Elle rit) !

GALA : Votre couple était assez passionnel. Et qui dit passion, dit jalousie…
C. S. M. : La première scène qu’il m’a faite, c’était lors de nos premières vacances à Palma de Majorque. Les Bee Gees avaient débarqué quelques jours après nous et venaient souvent à la piscine de l’hôtel où on était descendus. Un soir, ils nous ont invités à une fête à bord de leur yacht. Mais Jean-Paul s’est monté la tête, persuadé que celui qu’il appelait le « chevelu » (Barry) voulait me draguer. On ne les a plus revus !

GALA : Il va même jusqu’à jouer les espions…
C. S. M. : (Elle rit) Là, c’est fabuleux, du grand James Bond ! C’est vrai que, comme je me sentais un peu décalée, j’étais souvent au téléphone avec ma famille, mes amis. Un jour, je remarque une mallette noire fermée à clé dans l’appartement. Jean-Paul prétend que ce sont des papiers importants, secrets, lui qui était hyper tête en l’air pour tout ce qui était paperasserie. La mallette nous suit partout. Même à l’hôtel. Jusqu’au jour où je rentre à l’improviste car j’avais oublié quelque chose et j’entends ma voix venant de la salle de bains. La mallette était en fait un magnétophone ! Il écoutait les bandes d’enregistrement. Il a été un peu embarrassé quand il m’a vue et moi, en fait, j’étais heureuse, c’était la preuve qu’il tenait vraiment à moi. Car si Jean-Paul, si sûr de lui pour tout ce qui était cascades, etc., l’était si peu en amour, il en était de même pour moi. Et des scènes, je lui en ai fait aussi et parfois de pas très honorables !

GALA : Comme de décrocher et découper toutes les photos de Laura Antonelli, avec laquelle il vivait avant vous dans l’appartement, et d’essayer de les brûler dans les toilettes ?

C. S. M. : Par exemple ! Quand il est rentré, il m’a lancé, amusé : « Alors, jalouse ?».

GALA : C’est à vous qu’il devait sa passion des Yorkshires, passion, qui, ironie de l’histoire, lui fera rencontrer plus tard Natty qui avait la même race de chiens…
C. S. M. : Quand j’ai ramené Maya à la maison qui devait avoir 6 ou 7 mois, il m’a dit : « Tu plaisantes ? Jamais tu ne me verras promener cette chose dans la rue ! ». Et puis il a commencé à lui donner en douce des petites choses à manger, il pensait que je ne le voyais pas. Très vite, c’est devenu sa chienne. Jean-Paul adorait les animaux, il avait cette sensibilité que j’ai aussi.

GALA : Vous n’avez jamais envisagé d’avoir un enfant ensemble ?

C. S. M. : On en a parlé une ou deux fois, mais il était comblé déjà par ses enfants, il n’était pas prêt à être de nouveau père et je respectais ça.

GALA : Vous avez des enfants aujourd’hui, Carlos ?

C. S. M. : (Un silence) Non. Pourtant j’aime les enfants… Je crois que c’est avec Jean-Paul que j’aurais pu en avoir. Ça ne s’est pas fait. Après, c’est la vie…

GALA : Pourquoi vous êtes-vous séparés ?

C. S. M. : J’avais 25 ou 26 ans. Il était de plus en plus possessif et, moi, j’avais besoin de liberté. J’étais vraiment trop rock’n’roll, je crois. C’est la faute à personne et à tous les deux en même temps. Mais il n’y a pas eu de rupture violente. On a glissé vers une amitié amoureuse, une tendresse. Je me souviens d’ailleurs que, quelques mois après notre séparation, on s’est retrouvés pour un déjeuner et on a pleuré tous les deux. Par la suite, il a organisé une rencontre avec Natty (qui deviendra sa femme et la mère de sa fille Stella, ndlr)

GALA : L’été 2020, vous vous êtes retrouvés …
C. S. M. : Il est toujours resté dans mon cœur et dans ma vie. On s’est séparés mais jamais quittés. Il y avait entre nous une forme d’amitié amoureuse et surtout une complicité qui a perduré toutes ces années. Pendant le confinement, je faisais les courses et lui cuisinais des petits plats. Après, nous sommes partis à Cannes et là, on s’est permis d’avoir à nouveau 19 et 47 ans. On a dévalisé la boutique Chevignon, comme dans les années 80, on a roulé en Cadillac rouge, on a fait plein de photos et de vidéos qu’il choisissait lui-même… C’était fabuleux.

GALA : Sa mort, c’est aussi une page de votre jeunesse qui se tourne ?

C. S. M. : C’est ma plus belle histoire d’amour et c’est un petit bout de moi qui part avec lui… (sa voix tremble, elle se reprend). Mais quelle chance, quel bonheur d’avoir eu ce dernier rendez-vous avec lui. Je lui en serai toujours reconnaissante parce qu’il me reste des images magnifiques. C’est comme un cadeau. Pendant des jours et des jours, il a voulu que je prenne plein de photos, de vidéos, que je remplisse la mémoire de mon téléphone de souvenirs…

GALA : Etait-ce finalement sa façon de vous dire adieu ?
C. S. M. : Peut-être… Parfois il pointait le ciel et me disait : « Tu sais, je vais m’en aller un jour ». Je ne supportais pas d’entendre l’homme que j’ai tellement aimé et que je retrouvais tant d’années après me dire ça. Mais lui semblait en paix avec cette idée.

Crédits photos : AGENCE / BESTIMAGE

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