Cécile Cassel, alias Hollysiz : "Je suis devenue du matin alors que j’étais une noceuse invétérée"

22 heures au Chéri Bibi, resto cosy branché de Biarritz. Cécile Cassel, alias Hollysiz, y dîne avec une copine en attendant que la nuit tombe enfin, cela prend un peu de temps car à l’ouest, le jour met un temps fou à quitter la scène.

Cette cave à manger, considérée comme l’une des adresses les plus cool de la ville, est la cantine de l’artiste qui vient en voisine. Elle est arrivée hier, rincée, après quelques jours à Paris où elle a enchaîné les interviews pour la promo de Thank you all I’m fine, son nouvel EP, disponible le 28 août.

Dans le clip du titre éponyme, elle danse sur les toits de Paris, fendant l’espace, conquérante et électrique dans une chorégraphie signée Marion Motin. Après plus d’un an d’entrave pandémique, la chanson fait l’effet d’un shot d’adrénaline bien plus sain qu’un Red Bull. Pop et efficace, elle ferait danser un lampadaire.

Un titre évoquant les violences faites aux femmes

Féministe, Hollysiz tacle au fil de ses albums les injonctions limitantes faites aux femmes. L’un des nouveaux titres s’appelle Ce soir. “Le premier en français, qui parle d’une jeune fille qui met trop de fard sur ses yeux pour cacher les bleus, et qui danse très tard, et qui rit trop fort, et qui fait comme si tout allait très bien. Ça parle évidemment des violences faites aux femmes.”

Toute menue dans sa robe à fleurs, Cécile Cassel déroute les a priori. “Je suis devenue du matin alors que j’étais une noceuse invétérée et que je dansais jusqu’à 6 heures. Me coucher tard n’est pas un rythme qui me va bien, ne serait-ce qu’au teint. Ici, je peux me coucher à 21 heures. Je suis un cauchemar pour les gens dans les studios, ils adorent travailler la nuit et moi je donne rendez-vous à 8 heures du mat’.”

Je suis un cauchemar pour les gens dans les studios, ils adorent travailler la nuit et moi je donne rendez-vous à 8 heures du mat’.

De la vie mouvementée parisienne au Pays basque

Installée au Pays basque depuis quatre ans, elle a trouvé là son port d’attache et un autre style de vie entre surf et aubes joyeuses devant le lever du soleil. À mille ans et mille lieues de son adolescence vécue à la fin des années 90, quand la nuit parisienne était encore extrême et flamboyante. Elle adorait Le Mathis, dont le patron, Gérald Nanty, avait connu sa mère au même âge.

“Quand j’y allais au début, en 1998, j’avais 16 ans, c’était un bar gay de rencontres. Un salon où l’on pouvait passer des soirées entières à discuter jusqu’à pas d’heure avec un travesti improbable, un grand écrivain, une jeune prétendante. J’allais aussi au Queen, au Tango. La musique était toujours meilleure, il y avait aussi l’amour des mots, la bonne réplique cinglante, des reines et des rois. La nuit, on se met des plumes, on n’en a rien à foutre, on prend le bus ou le taxi avec nos plumes, bordel total, génial. Le jour, ces flamboyants pouvaient avoir des vies terribles de précarité, de violence sociale. Il y avait un truc de sécurité dans ces lieux, on ne m’agressait pas.”

L’autre jour, quand elle a fait sa valise pour aller à Paris, elle n’y a pas glissé de short. “Je ne me fais pas plus emmerder que 99,9 % des femmes dans la rue ou en soirée, mais je n’ai pas envie d’être en short dans le métro. Est-ce que la nuit est devenue plus violente ?”

Ado, elle a été virée de pas mal de lycées : “J’ouvrais trop ma gueule, je devais avoir besoin d’exister.” Adulte, elle se dévoile plus posée et spontanée qu’imaginée. “Je suis trop bien élevée pour casser des portes. Mais je n’ai pas de filtre. J’ai pu dire des vraies vérités à des gens, pour certaines fois je m’en veux un peu parce que tout le monde n’est pas prêt à entendre, et d’autres fois, c’était bien fait pour leur gueule.”

En concert, elle a déjà arrêté de jouer pour interpeller un spectateur qui mettait une main aux fesses de la fille à côté. “Je ne suis pas la seule, j’ai aussi vu des rappeurs demander à la sécu de sortir des types pour les mêmes raisons.” À la voir danser sans temps mort et comme augmentée, on pourrait croire que l’adrénaline qui fait bouger Hollysiz est d’origine chimique.

Mais la chanteuse n’a jamais vu dans la défonce autre chose que de la tristesse. Elle a traversé les nuits en buvant du mauvais jus d’orange quand ses meilleurs copains carburaient au Coca tiède. “Les drogues ne m’ont jamais tentée. Ado, j’ai dû fumer trois pétards, qui m’ont rendue malade.”

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Une première cuite avec son père, Jean-Pierre Cassel

C’est avec son père, l’acteur Jean-Pierre Cassel, qu’elle prendra sa première cuite. “La première de toute ma vie, dans une boîte à Cannes pendant le Festival. J’avais 16 ans. J’ai bu un Get 27-Perrier, il en a bu un avec moi, et on a dansé jusqu’à 5 heures.”

Plus tard, elle a rencontré des gens qui ont connu cet élégant. “Il a traversé Saint-Germain-des-Prés en dansant sur les tables sans jamais rien prendre, même pas une clope. Un Get 27 lui faisait la soirée.” Elle suit le même chemin. “Ne prendre aucune substance la nuit reste un tabou. Quand tu es la seule, arrive un moment où il faut quitter la fête.”

Trimbalée, enfant, de loges de théâtre en banquettes de resto, le bruit la nuit la réconforte. “Mon père était insomniaque. Je l’entendais marcher pour aller lire. Et taper avec ses pieds. Tout le temps. Il ne pouvait pas s’empêcher de faire des claquettes.” Son paternel lui a transmis la danse, sa grand-mère maternelle, pianiste de jazz, s’est chargée de la musique. “Elle m’a dit que je chantais bien.”

C’est vrai qu’Hollysiz est une vraie chanteuse. On le lui dit, elle éclate de rire : “On ne me le dit jamais.” “Ma grand-mère n’a jamais manqué une de mes dates, à Paris. Assise au premier rang, tout en blanc, elle faisait des petits saluts à tout le monde, très reine d’Angleterre. Elle est morte il y a deux mois.”

La nuit et les fantômes

Enfant, avant de dormir, Cécile bourrait de vêtements le placard ouvert sur sa chambre et le couloir. “Pour empêcher les âmes de traverser et venir me voir. On rentre dans le métaphysique là. Je crois que je n’habite pas au Pays basque par hasard. C’est un pays très vieux, avec une histoire de sorcières ancestrale. La nuit en moi est pleine de fantômes. J’ai fait beaucoup de rêves prémonitoires.”

Elle a soigné ses crises d’angoisse nocturnes grâce à l’hypnothérapie. “L’hypnose, c’est comme s’endormir avec du bruit autour. Chez des amis, tu te mets sur un canapé, les copains parlent autour, tu les entends dans un demi-sommeil, j’adore cet état second de liberté.”

Je n’habite pas au Pays basque par hasard. C’est un pays très vieux avec une histoire de sorcières ancestrale. 

À Biarritz, elle a installé son piano dans la cuisine. “J’ai un rapport beaucoup moins solennel à la création. Je suis en train de faire à bouffer, j’ai cinq minutes ou deux heures et je me mets au piano.” Plus on l’écoute, plus on se demande qui est la jeune femme de 39 ans qui se raconte avec autant de pudeur que de sincérité.

Le songe d’une nuit d’été est la première pièce que j’ai jouée de ma vie, c’est arrivé de façon un peu folle, ma conseillère d’éducation a monté un atelier de théâtre et m’a obligée à y consacrer mes heures de colle : la découverte des personnages doubles qui, à un moment, deviennent quelqu’un d’autre, ça m’a beaucoup marquée.

Moi-même, je me suis créé un double, Hollysiz, c’est ma cape pour pouvoir faire des choses. Cécile Cassel aussi est un avatar, ce n’est pas mon vrai nom.” (Son état civil la connaît sous le patronyme de Crochon.)  L’orage a éclaté, Cécile, la chouette fille qui se raconte sans se la raconter, enfile un K-Way sur sa robe d’été et s’enfuit dans la nuit.

(*) Thank you all I’m fine, EP de Hollysiz (Hamburger Records/IDOL Distribution). Sortie le 28 août.

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13 questions autour de minuit 

Marie Claire : Dormez-vous bien la nuit ?

Cécile Cassel : Oui, en général. Je dors mal quand quelqu’un, une âme perdue, vient me visiter. Quand j’ai pris ma maison, il a fallu que je la nettoie car il y avait une personne qui ne voulait pas partir.

Vos boissons et nourritures nocturnes ?

Du très bon vin rouge et une boîte d’anchois. Ou des huîtres. Quand je sortais à Paris, j’adorais aller au Pied de Cochon pour manger des huîtres après les Bains Douches. Très à l’ancienne.

Votre mère vous embrassait-elle au coucher ?

Non parce qu’elle travaillait tard le soir. Le baiser du soir, c’était mon père ou la fille au pair.

Le baiser du soir, c’était mon père ou la fille au pair.

La nuit efface-t-elle les soucis du jour ?

Parfois oui, mais on se les reprend encore plus fort le lendemain matin. Avec les vraies douleurs, le plus dur, c’est le réveil. Parce qu’on a dormi, oublié, rêvé, et au réveil, la réalité n’a pas bougé.

Qu’y a-t-il sur votre table de nuit ?

Mes lunettes parce que je suis myope comme une taupe. La biographie de Line Renaud, avant c’était celle, incroyable, d’André Agassi. Oui, j’adore les biographies. Il y a des antihistaminiques, parce que les pollens c’est la guerre, mon permis de conduire et, dans un pot, les bijoux de ma grand-mère. Pas des diamants, hein !

Vos carburants d’après minuit ? Xanax, sexe, drogue, sucre ?

Je n’ai jamais pris d’antidépresseurs ou de trucs pour dormir, jamais. Un jour on m’a donné un quart de Lexomil pour prendre l’avion, j’ai détesté mais alors détesté ça. Les substances, ça m’a toujours fait peur, je suis trop dans le contrôle.

Vivez-vous sous une bonne étoile ?

Oui, et même plusieurs. J’ai perdu pas mal de gens, à des moments très rapprochés et ils me protègent. Mon papa, ma grand-mère, un de mes meilleurs amis, un ancien petit ami. J’ai perdu beaucoup d’hommes et leur empreinte a laissé quelque chose en moi qui m’a amenée là où je suis aujourd’hui.

Boule à facettes ?

Bien sûr ! Évidemment ! Pour toujours ! Il y a des années, au Baron, ils avaient un problème avec la boule à facettes qui ne marchait plus. Ça m’a tellement énervée que je suis partie avec la boule à facettes sous le bras.

La dernière fois que vous vous êtes couchée tôt ?

Hier soir, à 21h15. J’ai dormi douze heures.

La nuit la plus dingue ?

Une qui ne s’est jamais arrêtée. J’avais tourné toute la journée, je suis allée dîner, en jogging, épuisée, avec ma meilleure amie. On est tombées sur un ami dans le resto, on est allés boire des verres, et on a continué, avec d’autres amis qui nous ont rejoints, on avait faim, on est allés manger au Pied de Cochon, en plein mois de novembre.

On est sortis du resto à 9 heures du matin, mais on ne voulait pas se séparer, on se demande qu’est-ce qu’on fait ? Disneyland n’était pas encore ouvert, on est partis à Orly, parce qu’un des mecs avait une maison à Orly, et j’ai passé le week-end à Orly, en jogging.

Le plus trash la nuit ?

La drogue. Particulièrement la cocaïne. J’ai vu des gens se ravager à cause de ça, des femmes magnifiques perdre leur superbe et leur grâce à cause de ça, des gens profiter d’elles. Ça rend les mecs cons et les nanas moches, c’est la partie de la nuit qui ne m’amuse pas du tout, c’est de la merde en boîte, c’est horrible, pas sexy, pas drôle et pas festif.

Et ce n’est pas une drogue de l’amour, ça fait des très mauvais amants, que les choses soient dites. Ce n’est pas très rock’n’roll ce que je dis, mais bon.

Qu’aimez-vous le plus la nuit ?

Danser. Ma drogue de la nuit, c’est la danse, plus que n’importe quoi d’autre, c’est presque du sexe.

Les mots de la nuit ?

Je recommande Bel de nuit, Gérald Nanty*, le livre d’Élisabeth Quin, qui raconte la vie de cet homme qui a fait la nuit pendant quarante ans. 

Ce papier a été initialement publié dans le numéro 828 de Marie Claire, daté de septembre 2021.

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