Diesel, et si on s’était fait enfumer ?

Longtemps encouragés à acheter des voitures roulant au gazole, de nombreux conducteurs s’estiment pénalisés par les nouvelles mesures visant à interdire leur usage. La colère gronde…

Restez informée

Gisèle et Alain, respectivement 77 ans et 71 ans, ont une bonne raison de se réjouir d’avoir quitté Paris. Ce couple de retraités, désormais installé en Bourgogne, regarde avec circonspection l’évolution de la législation concernant la liberté de circulation des véhicules. Dont la dernière en date qui vient de frapper les conducteurs de la capitale et ses alentours. Depuis le 1er juin, les Crit’Air 4, c’est-à-dire les voitures diesel immatriculées avant le 1er janvier 2006 (et les deux-roues d’avant juillet 2004) n’ont plus le droit de rouler de 8 heures à 20 heures, en semaine. En juillet 2022 ce sera le tour des Crit’Air 3 (moteurs diesel d’avant 2010, essence d’avant 2006). Et au 1er janvier 2024, celui des Crit’Air 2 (tous les diesels, y compris les plus récents, et les essences d’avant 2011).

« Nous avons fait le choix du diesel dès les années 1970. C’était financièrement plus intéressant que l’essence. À l’époque, l’État encourageait fortement les Français à opter pour ce type de carburant, moins cher à la pompe, du moins au début », explique Gisèle. Aujourd’hui, entre les trajets en voiture pour rejoindre la maison de Bretagne et les escapades dans leur camping-car Crit’Air 3, le couple estime rouler environ 25 000 kilomètres chaque année. Et se réjouit de ne pas être touché par les nouvelles restrictions liées aux pics de pollution. Du moins pour l’instant.

La roue tourne

Car dans la maison voisine du petit village des Clérimois, dans l’Yonne, le sujet de la libre circulation s’est invité à la table d’Annie, 60 ans, de Jacques, 62 ans et de leur beau-frère Didier, 58 ans, qui les a rejoints depuis sa Normandie pour le week-end. Tous les trois roulent eux aussi au diesel. Et l’avis est bien différent. « Parce qu’on vit en province, on a l’impression de ne pas être concerné. Mais c’est faux. On se fait rapidement rattraper par la réalité. Je suis allée rendre visite à notre fille qui vit à Paris, par hasard un jour de pic de pollution et je me suis fait la réflexion, heureusement que j’ai une vignette Crit’Air 2, sinon je n’aurais pas eu le droit de circuler. Dans un an ou deux, il faudra que je me renseigne sur l’état de qualité de l’air avant d’aller la voir », explique Annie. « On a quand même l’impression de s’être fait balader avec le diesel. Entre le prix qui n’a cessé d’augmenter pour presque rejoindre celui de l’essence et les différents scandales des constructeurs qui ne respectent pas les normes antipollution… Pourtant, quand on a acheté nos voitures, nous étions tous de bonne foi. Et maintenant, on ne devrait plus rouler qu’à l’électrique ? », renchérit Didier.

En panne sèche

C’est en effet un nouveau calendrier en forme de couperet qui est tombé à la mi-juin. L’horizon 2035 devrait voir la fin des ventes de voitures thermiques neuves. Ainsi en a décidé l’Europe. Et si les Français ont déjà modifié leurs critères d’achat automobile (la part du diesel dans les voitures neuves vendues a été divisée par trois en moins de dix ans), il n’en demeure pas moins que, sur les 38,2 millions de véhicules en circulation en France en 2020, six sur dix roulaient toujours au gazole selon les chiffres de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA). Des conducteurs qui devront bientôt apprendre à composer avec les ZFE ou Zones à faibles émissions. Et cette fois, ce ne sont pas uniquement les métropoles qui seront concernées, comme c’est le cas avec la vingtaine de grandes villes qui ont mis en place le dispositif Crit’Air en cas de pic de pollution.

Le principe des ZFE est bien plus drastique. Il consiste à interdire, dès 2023, les véhicules jugés les plus polluants (ceux dont la vignette Crit’Air est supérieure à 3) dans les agglomérations de plus 150 000 habitants. Avec, à la clé, 68 euros d’amende pour les contrevenants. « Je ne sais pas si c’est l’arme la plus efficace pour lutter contre les rejets de particules fines et d’oxydes d’azote, mais on voudrait « rejaunir » les ronds-points qu’on ne s’y prendrait pas autrement », relève le porte-parole de l’Automobile club, Yves Carra, qui en veut pour preuve la réaction des membres de l’association. « Comme tous les automobilistes je pense, ils sont non seulement révoltés par cette mesure mais aussi dans l’incompréhension et la méfiance. Ce qui est légitime. Pendant des années, on nous a largement incités à acheter du diesel et là, tout d’un coup, en cinq ans, il nous faudrait passer à l’électrique. Et puis, qui nous garantit que dans dix ans, on ne découvrira pas de failles à l’électrique ? On voit que maintenant, la lutte antipollution commence à se tourner vers l’hydrogène ou le bio carburant… Cette évolution à marche forcée est une bêtise politique, technologique, sociale et économique. » L’association espère faire entendre sa voix auprès des parlementaires et n’exclut pas, en cas de fin de non-recevoir, de mener des actions d’envergure avec ses adhérents, auprès desquels la pilule ZFE a vraiment du mal à passer.

De l’électricité dans l’air ?

Chantal, 63 ans, et son époux ont, quant à eux, déjà commencé à modifier leurs habitudes de déplacement. Contraints et forcés, avec un sentiment d’atteinte à leur liberté de décision dans le choix du mode de transport. « Nous habitons à Vouzan, à une vingtaine de kilomètres d’Angoulême. On s’est décidé sur le diesel parce que c’était plus intéressant pour le type de rouleurs que nous sommes. Au quotidien, pour les courses par exemple, les évolutions de la législation ne nous concernent pas vraiment, en tout cas pas encore. Mais c’est différent quand nous rendons visite à la famille aux quatre coins du pays. Entre les jours de circulation alternée, différenciée, la vignette, le stationnement… Maintenant, on prend le train », raconte Chantal, qui n’entend pas changer de véhicule dans l’immédiat. Pas plus que l’ensemble des témoins que nous avons contactés, même si tous concèdent songer à l’achat, « dans quelques années », d’un modèle « peut-être hybride mais certainement pas électrique, compte tenu de la galère de la recharge et de l’autonomie encore défaillante ». Mais d’ici là, qui sait, les règles auront peut-être encore changé.

A lire aussi :

⋙ Au secours, je me suis trompé de carburant dans ma voiture !

⋙ Pour le climat, faut-il lever le pied en voiture ?

⋙ Et si j’achetais ma voiture d’occasion en ligne ?

Source: Lire L’Article Complet