Elizabeth II : le règne de la reine courage !

Devenue souveraine à seulement 25 ans, la fille aînée de George VI et d’Elizabeth Bowes-Lyon avait le sens du devoir chevillé au corps.

Quand elle accède au trône à la mort de son père George VI, Elizabeth est mariée depuis cinq ans à Philip Mountbatten. Elle venait de célébrer ses soixante-dix ans de règne en juin dernier… La reine Elizabeth II, souveraine chérie des Britanniques, a fêté son ultime jubilé. Le point d’orgue d’un destin exceptionnel, car aucun monarque anglais n’avait jusque-là occupé le trône pendant une aussi longue période. Pourtant, Elizabeth n’était pas vraiment née pour être reine

Quand elle voit le jour, le 21 avril 1926, à Londres – par césarienne, ce qui fera dire à certains qu’elle était prédestinée au pouvoir – la fille aînée du prince Albert, duc d’York, et de son épouse, Elizabeth Bowes-Lyon, n’est que troisième dans l’ordre de la succession au trône, après son oncle et son père. Surnommée Lilibet, l’enfant est élevée avec sa sœur cadette, Margaret, de quatre ans plus jeune qu’elle, par des précepteurs à domicile. Choyée par sa mère et une gouvernante, Marion Crawford, Son Altesse Royale la princesse Elizabeth d’York vit une enfance heureuse, baignée de l’amour de ses parents… et des six chiens qu’elle adore ! Elle sera aussi toujours fidèle à sa passion pour les chevaux, son père lui ayant offert son premier poney, Peggy, quand elle avait 4 ans.

Son sacre, le 2 juin 1953, est suivi par plus de 250 millions de téléspectateurs dans le monde entier

Mais la douce période de l’enfance protégée ne va pas durer. Premier bouleversement majeur, en 1936 : elle a 10 ans quand son père accède au trône, sous le nom de George VI… Le frère aîné de ce dernier, Édouard VIII, a abdiqué pour vivre son histoire d’amour avec la belle et très divorcée Wallis Simpson. La petite Lilibet se retrouve alors héritière du trône en ligne directe : si ses parents n’ont pas de garçon, c’est à elle qu’échoira la couronne ! Elle suit donc des cours d’histoire constitutionnelle pour se préparer à ses futures responsabilités. Sa nounou témoignera de l’incroyable sens du devoir dont elle fait déjà preuve, enfant.

Pendant la guerre, au grand dam de son père, elle rejoint l’armée de terre, devenant la première princesse mécanicienne

Une nouvelle fois, l’histoire, qui semble tracée, bifurque avec violence. C’est la Seconde Guerre mondiale et Londres est bombardée par l’Allemagne nazie. Il est question de mettre les petites à l’abri au Canada, mais leur mère refuse de s’en séparer et jure : « Mes enfants n’iront nulle part sans moi. Je ne partirai pas sans le roi. Et le roi ne partira jamais. »

C’est finalement au château de Windsor que les jeunes filles passeront la majorité du temps de la guerre. Mais Elizabeth, malgré son statut privilégié, a conscience de ce qui se joue. À 14 ans, lors d’une émission de radio destinée aux enfants, elle déclare : « Nous essayons de faire tout ce que nous pouvons pour aider nos valeureux marins, soldats et aviateurs, et nous essayons également de porter notre part du danger et de la tristesse de la guerre. Nous savons, chacun de nous, que tout se terminera bien. » L’acte de naissance d’une future reine, en puissance, en cœur, en empathie.

“Je déclare devant vous tous que je consacrerai toute ma vie, qu’elle soit longue ou brève, à votre service”

Mais c’est aussi la genèse de l’immense histoire d’amour qui liera Elizabeth à son peuple. Pas question pour elle de se tenir à l’écart des dangers qui s’abattent sur les Britanniques : défiant le destin, au grand dam de son père qui s’oppose à son souhait, elle rejoint les volontaires féminines de l’armée de terre où elle devient ambulancière et mécanicienne. Des photos la montrent en train de changer les pneus d’un véhicule militaire… Et, le 8 mai 1945, jour de la capitulation du IIIe Reich, qui signe la fin de la guerre en Europe, c’est avec une grande soif de partage qu’elle descend dans les rues, avec sa sœur Margaret, participer à la liesse des Londoniens. « Nous avions demandé à nos parents si nous pouvions sortir et voir de nous-mêmes. Je me souviens que nous étions terrifiées à l’idée que l’on nous reconnaisse… Je me souviens des files d’inconnus se tenant la main […] tous ensemble dans une marée de bonheur et de soulagement », dira-t-elle. Et c’est avec un grand naturel, comme si sa vie n’avait été qu’une lente préparation à son rôle de reine, qu’elle prononce cette allocution le jour de ses 21 ans, à la radio : « Je déclare devant vous tous que je consacrerai toute ma vie, qu’elle soit longue ou brève, à votre service et au service de la grande famille impériale dont nous faisons tous partie. » Un engagement qu’elle suivra à la lettre, entièrement, passionnément.

Le 6 février 1952, elle succède à son père sur le trône, devenant la souveraine du Royaume-Uni et de nombreux autres États du Commonwealth, parmi lesquels l’Afrique du Sud, l’Australie, le Canada, Ceylan, la Nouvelle-Zélande et le Pakistan… Elle a 25 ans… Même si son rôle dans cette monarchie parlementaire est réduit, elle échangera régulièrement avec tous les Premiers ministres, de Winston Churchill à Liz Truss, en passant par Margaret Thatcher. Son sacre, qui a lieu le 2 juin 1953 en l’abbaye de Westminster, restera un moment grandiose : pour la première fois, une telle cérémonie, filmée par les caméras de télévision, sera suivie par plus de 250 millions de téléspectateurs ! C’est le début d’un règne légendaire, qui marquera à jamais l’Histoire.

Laurence Paris

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