Eric-Emmanuel Schmitt : découvrez un extrait de "La Porte du ciel", son nouveau roman

Femme actuelle vous propose de découvrir un extrait de « La Porte du ciel », le nouveau roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, paru chez Albin Michel le 2 novembre 2021. Le deuxième des huit tomes de « La traversée des temps » va vous emporter.

  • Eric-Emmanuel Schmitt
  • Christine Angot
  • Bernard Werber

Vous rêvez de bouquiner bien au chaud, mais ne savez pas quel livre choisir parmi les 521 nouveaux romans parus à la rentrée littéraire 2021? Suivez le guide. Si vous aimez les nouvelles, optez pour Une éclipse, le recueil de nouvelles du chanteur Raphaël (éd. Gallimard ,192 p., 18 €) ou pour Ces morceaux de vie… Comme carreaux cassés de Christiane Taubira (éd. Robert Laffont, 256 p.,16,90€). Nous vous avons déjà conseillé cinq romans formidables que nous avons ADORÉS et vous avons expliqué pourquoi il fallait absolument lire Le Voyage dans l’Est, de Christine Angot (éd. Flammarion) qui vient de remporter le prix Médicis. Nous vous avons également fait découvrir Au printemps des Monstres de Philippe Jaenada (éd. Mialet Barrault, 752 p., 23 €), La prophétie des abeilles de Bernard Werber (éd. Albin Michel, 592 p., 22,90 €) ou encore La toute petite reine d’Agnès Ledig (éd.Flammarion, 380 p., 21,90 €.) . Aujourd’hui c’est un extrait de La Porte du ciel, le nouveau roman d’Eric-Emmanuel Schmitt paru le 2 novembre 2021 chez Albin Michel que nous vous proposons ( 576 p., 22,90 €).

Une œuvre titanesque qui traverse les siècles

Nous vous avions fait découvrir en juillet 2021 un extrait de Paradis Perdus le premier des huit tomes de La traversée des temps. Une œuvre titanesque qui traverse les siècles. Voilà trente ans qu’Eric-Emmanuel Schmitt s’est fixé un sacré défi: raconter l’histoire de l’humanité. Alors mettez sans hésiter vos pas dans ceux de Noam et de sa femme Noura. Après avoir affronté le déluge dans le premier tome, Noam plonge au cœur de l’Orient ancien et de la Mésopotamie, appelée Pays des Eaux Douces, pour retrouver sa bien aimée enlevée dans de mystérieuses conditions. Bonne lecture!

« Jamais un homme n’éprouvera l’émotion qui me saisit quand j’aperçus Babel. Verticale, Babel conquérait l’horizon entier. Les remparts blancs, immenses, dressaient leurs flancs abrupts, gardés aux angles par des lions colossaux, coupés de portes gigantesques en métal que surmontaient des taureaux sculptés, auxquels s’ajoutaient des marches, des perrons, des passerelles, des arches, des terrasses, des corniches, des murailles, des blocs, des colonnes, des mâts, des oriflammes, jusqu’à l’apothéose, une tour carrée, une tour qui dépassait les autres et se dépassait elle-même en accumulant étage sur étage, plus haute, très haute, si haute. Babel debout nous rendait misérables, nous les pèlerins qui suivions la pente nonchalante du canal. Elle nous écrasait d’emblée. Avant de provoquer l’admiration, elle obtenait la soumission.

Une fois que j’eus emprunté le pont qui couvrait le fossé d’eau autour de l’enceinte, j’accédai à un monde nouveau en franchissant la porte monumentale. Ici les épices, les fards, les foulards, les colliers, les bagues, les drogues ; là les fruits, les légumes, les farines, les poissons, les boissons. À droite les camelots, les colporteurs, les bonimenteurs, les mendiants, les voleurs ; à gauche les prêtres, les vierges, les scribes, les comptables. En haut le palais, les temples, les autels, les fontaines, les jardins ; en bas les ruelles, les boyaux, les bas-fonds, les coupe-gorges, les taudis, les cloaques. Par essaims, les citadins filaient, ne regardant même plus ce qui les entourait, pressés, front penché. La ville bourdonnait plus qu’une ruche d’abeilles, ça allait, ça venait, ça se bousculait.

Cette effervescence me plongeait au sein d’une existence mouvementée, comme si la cité possédait son battement propre et m’obligeait à m’ajuster à son pouls. Quand je montai vers le palais et les temples, je me sentis aspiré par la spiritualité et le calme ; dès que je descendis les venelles où des femmes peintes et peu vêtues longeaient lascivement les remparts tandis que la bière coulait à flots, j’inclinai vers la débauche et la soif. Jamais je n’avais traversé de ville. Comment, depuis le hameau lacustre de mon enfance, au fond de la forêt où je vadrouillais avec mon oncle Barak, aurais-je pu me figurer la civilisation urbaine ?

Babel me stupéfia, m’épouvanta, me séduisit. »

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