Gilles Legardinier: découvrez un extrait de son nouveau roman "Mardi soir 19h"

Femme actuelle vous propose de découvrir un extrait de Mardi soir 19h, le nouveau roman de Gilles Legardinier, qui vient de paraître chez Flammarion. Une savoureuse comédie sous le signe de la rencontre, où brillent l’humour et la tendresse, des étincelles qui lui sont chères.

  • Christine Angot

Envie de lire, oui mais quoi ? Difficile de faire son choix parmi les 521 nouveaux romans parus en cette rentrée littéraire 2021. Nous vous avons déjà conseillé cinq romans formidables que nous avons ADORÉS et vous avons expliqué pourquoi il fallait absolument lire Le Voyage dans l’Est, de Christine Angot (éd. Flammarion) qui vient de remporter le prix Médicis. Nous vous avons également fait découvrir un extrait de Au printemps des Monstres, le nouveau livre de Philippe Jaenada (éd. Mialet Barrault, 752 p., 23 €) et de Une éclipse, le recueil de nouvelles du chanteur Raphaël (éd. Gallimard ,192 p., 18 €). Sans oublier un autre merveilleux recueil signé Christiane Taubira: Ces morceaux de vie… Comme carreaux cassés (éd. Robert Laffont, 256 p.,16,90€). Aujourd’hui c’est un passage de Mardi soir 19h le nouveau roman de Gilles Legardinier que nous vous proposons (éd. Flammarion, 380 p., 21 €).

Une savoureuse comédie qui va vous emporter

Vous aviez aimé les précédents livres de Gilles Legardinier, Complètement cramé, Ça ne peut pas rater, Quelqu’un pour qui trembler (éd. Pocket) ou plus récemment Pour un instant d’éternité (éd. J’ai lu) et Une chance sur un milliard (éd. Flammarion)? Alors vous ne pourrez qu’adorer son quinzième roman. Pas question d’en divulgâcher l’intrigue. Mais Mardi soir 19h c’est une savoureuse comédie, placée sous le signe de la rencontre, dans laquelle brillent l’humour et la tendresse. Des étincelles chères à Gilles Legardinier bien avant qu’il ne se classe dans le très convoité top dix des écrivains qui vendent le plus de livres en France. Bonne lecture!

« … Juste devant moi, trois petites filles traversent en chahutant, escortées par une maman qui prend très au sérieux son rôle de garde du corps. Elles rient, se poursuivent en virevoltant. Elles sont sans doute trop âgées pour croire encore au père Noël, mais encore assez jeunes pour continuer à tout espérer de la vie.

Trois cabris qui bondissent avec beaucoup plus d’élan que nécessaire – à leur âge, on donne tout sans compter. L’une d’elles me ressemble un peu lorsque j’étais petite.

Je la regarde. Pour être tout à fait honnête, je la dévore des yeux. Son sourire, sa joie de vivre… Je suis littéralement hypnotisée. Ces trois fillettes ne se soucient pas du regard des autres. Elles vivent l’instant, se contentant simplement d’incarner les émotions qui les traversent. Un luxe offert gracieusement au commencement de la vie, mais dont le prix ne cesse d’augmenter avec les années.

Ces trois tornades de liberté n’en finissent pas de m’émerveiller, fabuleuses perfections de puissance et de légèreté. Pas besoin de les connaître pour savoir qu’elles ont envie de tout ! Vivre, aimer, partager, s’amuser, découvrir, ressentir… Elles ignorent la demi-mesure, les compromis. Aucune chance qu’elles puissent connaître le sens du mot « renoncement ». On l’apprend bien plus tard.

Je les trouve extraordinaires. Je les envie, mais sans aucune jalousie. Tout au plus une nostalgie, immédiatement suivie d’une question qui se pointe à l’improviste en profitant que la porte est ouverte. C’est bien connu, les questions n’attendent surtout pas d’être invitées pour débarquer. Elles forcent votre entrée mentale sans s’essuyer les pieds…

J’ai été comme ces petiotes, il n’y a pas si longtemps. Que s’est-il passé depuis ? Qu’est devenue l’enfant que j’étais ? Qu’ai-je fait de mon stock de rêves, de mes gisements d’espoir, de mon appétit d’avenir ?

Je n’entends soudain plus le monde ni sa bande sonore, tant ces questions résonnent. Elles font trembler mes murs, fissurent mes fondations.

Alors que je reste bloquée au feu rouge, une faille temporelle s’ouvre en moi. Un sentiment rampant s’immisce, et ce n’est assurément pas la satisfaction d’avoir lâché le guidon en fermant les yeux. Je vais quand même m’écraser quelque part, intérieurement. »

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