Interview 1 h avec… Frank Lebœuf : "si j'ai gagné de l'argent c'est que je le méritais !"

On le connaît footballeur, acteur, consultant sportif. Mais c’est désormais en égérie de la marque Skechers que l’on découvre le Bleu. L’occasion d’une interview sans tabou.

Public : Comment êtes-vous devenu ambassadeur de Skechers ?

Frank Lebœuf : J’ai découvert Skechers en vacances, à La Nouvelle-Orléans. J’ai enfilé une chaussure à mémoire de forme et j’ai adoré. C’était léger, tout en tenant le pied. Plus tard, dans un salon à Paris, je suis allé sur leur stand dire que j’aimais ce qu’ils faisaient et on est resté en lien… Jusqu’à ce qu’ils cherchent une égérie en France. C’est LA marque familiale reconnue pour ses technologies de confort. J’en porte une paire au quotidien : j’en ai une vingtaine dans mon dressing !

“J’ai fait ma crise d’ado, à 37 ans !”

Vous êtes un fan de baskets ?

Oui et pas que pour le sport. Une paire blanche avec jean et chemise, c’est sympa.

Vous soignez votre look !

C’est terrible ! Quand je me rase la tête, j’utilise une crème pour le crâne, différente de celle du visage. Je vais voir ma dermato tous les deux mois et me fais aussi épiler. Je ne vous dirai pas où !

Vous faites beaucoup de sport ?

Chaque jour, muscu et cardio. Je me maintiens à 84 kilos, sans trop de gras…

En commençant le foot très tôt, vous avez eu une jeunesse ?

Jusqu’à 15 ans, mon père refusait que j’aille dans un grand club, pour que je vive ma vie de gamin. Mais à 16 ans, je suis devenu adulte. J’ai gagné de l’argent, j’ai travaillé. Le samedi, je n’allais pas en boîte de nuit car je jouais le dimanche… Mais ça ne m’a jamais torturé. Et j’ai fait ma crise d’ado plus tard, à 37 ans, quand je me suis retrouvé célibataire entre mes deux mariages. Là, j’ai profité ! (Rires.)

Les clichés sur le foot vous gonflent ?

Ça me fait plutôt rire quand on me prend pour un con, alors que je lis, je suis curieux, que la culture m’intéresse. En même temps, les clichés viennent d’une vérité et, dans ma confrérie, il n’y a pas que des Socrate ! Mais on est plus sympas et généreux que les gens le pensent. Et on n’est pas si débiles : on a choisi le bon sport, celui qui fait que l’on est connu et que l’on gagne de l’argent !

Jouer la comédie, c’était un rêve ?

Oui. À 4-5 ans, je regardais Au théâtre ce soir et je trouvais ça génial. Mais il n’y avait pas de cours dans mon village. À la fin de ma carrière en foot, j’y ai repensé. Je suis parti étudier à L.A., puis on m’a appelé pour le théâtre. Depuis, j’ai fait huit pièces, joué 1200 fois. Le pied ! Mais je n’ai pas eu de grand rôle au cinéma.

“Ça me fait rire quand on me prend pour un con”

Les réalisateurs vous snobent ?

Pour certains, je resterai un footballeur ! Mais j’ai des projets au théâtre, et je reprends dès janvier Drôle de campagne, où je joue un candidat à l’Élysée.

Vous vous verriez ministre ?

Non. Les politiciens ne peuvent pas faire bouger les choses, on les en empêche. Et en rentrant en politique, vous avez au moins 60 % des gens qui vous détestent. Il faut aimer se prendre des insultes ! De toute façon, je ne tiendrais pas : c’est le bal des faux culs et je n’ai aucune diplomatie.

Vous êtes marié depuis neuf ans à Chrislaure. Un secret de longévité ?

Ne jamais prendre l’autre pour acquis ! Chaque matin, je me dis que je vais essayer de faire plaisir à ma femme. Je peux être chiant, mais j’essaie de la séduire, par des attentions, des gestes, des regards…

Devenir père jeune, vous avez géré ?

Absent par mon métier, j’ai essayé de me rattraper quand j’étais là, de faire de la qualité plus que de la quantité. J’ai eu mes enfants à 21 et 22 ans : je n’étais pas prêt. Mais le résultat, c’est qu’à 54 ans, je suis déjà grand-père d’Elon, le fils de Jade. C’est génial. Même s’il n’a pas le droit de m’appeler Papi, mais Capi. (Rires.) En tout cas, j’ai encouragé mes enfants à vivre leur vie. Ils ne me doivent rien.

Vous dites ne pas avoir voulu les aider financièrement. Pourquoi ?

J’ai vécu à L.A. et j’ai vu ces gosses de riches, en Porsche à 18 ans, même pas heureux. Je veux que mes enfants soient fiers de leurs vies. Je ne suis pas là pour leur remplir les poches. Ils se débrouillent d’ailleurs très bien : mon fils travaille dans les escape games et ma fille a ouvert un resto avec son mari.

L’argent n’est pas tabou pour vous…

Non. J’en ai gagné parce que je le méritais. J’ai horreur que l’on me dise que je suis un privilégié ! J’ai créé mon privilège. Et il ne faut pas taper sur les footballeurs pour les salaires, mais sur les présidents de club. Si on propose 50 millions par an à Mbappé (il va toucher en réalité 210 millions d’euros par ans, ndlr), il serait bête de décliner ! Et il en rapporte plus.

Vous refusez de vous brader, et n’avez pas fait Dals à cause d’un salaire bas…

Chacun a un standing. Quand on m’appelle pour participer à un séminaire ou à Dals, il y a un prix. Je connaissais le cachet de David Ginola, de Djibril Cissé… OK, les tarifs ont baissé depuis, mais je ne vais pas toucher trois fois moins que des joueurs qui ne sont pas champions du monde !

Que pensez-vous du Mondial au Qatar et des appels au boycott ?

Le débat mériterait une heure. Moi, je ne défends pas le Qatar. Mais pour y avoir joué deux ans, je sais qu’ils ne vont pas utiliser l’air conditionné : en novembre, à 25 °C, il n’y a pas besoin. Et si on parle écologie, il y a à dire sur la France ou l’Angleterre, où l’on chauffe les stades pour que la pelouse ne gèle pas. Il faut bien sûr dénoncer les manquements du Qatar au niveau des droits humains. Mais je n’ai pas entendu les gens qui critiquent s’exprimer avant les J.O. en Chine, la Coupe du monde en Russie, le rachat du PSG par le Qatar… C’est hypocrite.

Propos recueillis par Maëlle Brun

Dates clés :

©Abaca

22 janvier 1968 : Frank naît à Marseille et grandit à Saint-Cyr-sur-Mer. Son père y entraîne l’équipe de foot des jeunes, qu’il intègre très vite.

12 juillet 1998 : Jour de gloire pour la France : Lebœuf, Zizou, Thuram and Co nous offrent la Coupe du monde, au Stade de France. Et un et deux et trois zéros !

2010 : Il craque pour Chrislaure Nollet, l’ex-épouse du tennisman Fabrice Santoro. Une femme “magnifique, classe, gentille, fine, intelligente”, de ses mots.

2022 : Le champion devient l’égérie de la marque Skechers. Un ambassadeur très impliqué, qui “défend le produit à fond et le porte constamment”.

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