INTERVIEW – Clara Luciani: "À 11 ans, je mesurais déjà 1m76!"

Femme actuelle a passé un joli moment avec Clara Luciani à l’occasion de la sortie de son deuxième album “Cœur”. Rencontre avec une femme de cœur.

  • Julien Doré

Pendant que l’ego de certaines chanteuses explose en vol au premier frisson médiatique, Clara Luciani aborde avec un naturel rafraîchissant la promotion de son deuxième album Cœur. Peut-être parce que son succès a dépassé toutes les espérances : un premier album qui frôle le Triple Platine, des centaines de millions de plays en streaming, des tournées à rallonge, de nombreux duos (même avec sa grand-mère, et ce duo-là va faire fondre votre coeur!)… On peut dire que Clara Luciani a donné le ton des années 2020. Si elle gère bien, et si les chansons restent aussi bonnes que sur “Cœur“, elle est lancée pour dix ans. En jean, tee-shirt, blazer et masque FFP2 (eh oui !) elle reçoit la presse dans le fond d’un café désert…

Femme Actuelle: Vous revenez avec une belle salve de tubes, tous co-signés avec le compositeur Sage. Comment travaillez-vous avec lui ?

Clara Luciani: Ça dépend des chansons. Parfois, il se contente d’enrichir un peu l’harmonie, et change deux accords derrière ma mélodie. Parfois, quand je ne trouve pas un refrain aussi fort que je voudrais, on peut se mettre au piano ensemble et le réinventer en studio. Il m’accompagne bien, on a un rapport très sain.

On ne peut que saluer votre talent pour les mélodies. Tout accroche bien l’oreille, du début à la fin de l’album. À votre avis, pourquoi ce talent là devient-il rare ?

C. L. : Chez les indés [Indépendants, Ndlr] , il y a parfois un certain snobisme qui consiste à éviter ce qui serait trop évident, comme pour se prouver quelque chose. Moi je suis totalement décomplexée par rapport au fait qu’une mélodie soit évidente, naturelle et accrocheuse. En tant que public, j’aime ça, et c’est ce que j’ai envie de partager.

Dans la chanson “Cœur“, vous revenez sur le thème des violences faites aux femmes…

C. L: Sur Instagram, je suis le compte Nous Toutes. De temps en temps, je vois apparaître dans mon fil leur compteur de féminicides, qui me bouleverse à chaque fois. Je tenais à ce que l’album commence par ce sujet, en gardant un certain équilibre entre le côté politique, et le côté poétique. Et après, le reste de l’album peut aller vers des choses plus légères, plus fun…

Vous invitez votre sœur Léa (alias EHLA) aux chœurs sur “Je sais pas plaire“. Ça ne doit pas être évident pour elle d’exister à côté de votre succès ?

C. L. : Ça peut mettre une certaine pression, oui. Mais dès que je peux aider, je le fais. Mon succès, c’est aussi celui de toute la famille. Quand j’ai fait l’Olympia, je l’ai prise en première partie. Nos parents sont arrivés tôt le matin, et ils ont pris en photo les lettres rouges de nos deux noms sur la façade, dès qu’elles ont été installées. Léa est en train de faire son album, et je suis certaine qu’il va être super. Elle est souvent la première auditrice de mes brouillons de chansons, et son avis compte beaucoup.

Au sujet de “Je ne sais pas plaire“, on a du mal à croire cette affirmation !

C. L. : Et pourtant… Je me sens toujours un peu encombrée de ce grand corps. À 11 ans, je mesurais déjà 1m76 ! Heureusement, je n’ai gagné que 6 centimètres après. À mes débuts sur scène, je n’osais pas lâcher ma guitare tellement je ne savais pas quoi faire de moi-même.

Françoise Hardy a beaucoup chanté vos louanges. Avez-vous eu l’occasion de passer un moment avec elle ?

C. L. : Elle m’a invitée sur des promos, on s’est parlé dans ce cadre-là, mais son état de fatigue fait qu’on en est restées là. Moi, je l’écoute depuis l’enfance. C’est grâce à Geneviève, une amie de mes parents qui était venue dîner à la maison, et nous trouvait un air de ressemblance. Juste à cause de la frange je suppose, je l’ai depuis toute petite ! Après, je me suis plongé dans sa discographie et j’ai adoré.

Pourriez-vous, comme Françoise dit elle-même l’avoir fait, consacrer toute votre carrière de chanteuse aux difficultés de l’amour ?

C. L. : En y réfléchissant, j’aime bien l’idée… Un peu comme Cézanne qui peignait inlassablement la montagne Sainte-Victoire, jusqu’à sa mort. Je trouve ça assez beau.

Dans le livret de l’album, vous êtes créditée “auteure” avec un E. Votre choix ?

C. L. : Oui, en termes de sonorités, je n’aime pas trop “autrice“, qui semble basculer vers “triste”.

La célébrité en 2020, c’est aussi (et beaucoup) la gestion de son digital self. Un aspect des choses qui vous amuse, qui vous pèse, ou un peu des deux ?

C. L. : Disons que c’est toujours un peu étrange de voir les images qui accrochent le plus sur Instagram. Quand je parle de ma musique, ça intéresse, mais ce qui explose le compteur, c’est une photo de moi avec un bébé mouton. Bon… Pourquoi pas… Je fais mon maximum pour réagir aux commentaires, j’y consacre environ trois heures après chaque post. Par contre, répondre aux messages, je ne peux pas tenir le rythme, c’est vraiment impossible.

Avez-vous eu la tentation de vous absenter, même un moment ?

C. L. : Ça me semble compliqué, car on est une génération qui zappe très vite. En six mois, les gens peuvent complètement changer de goût, et passer à autre chose. Alors disparaître un moment, je ne crois pas que je pourrais.

Avez-vous envie de voyager hors de France avec vos chansons ?

C. L. : J’aimerais beaucoup. Pas spécialement aux Etats-Unis, je n’ai pas le rêve américain… En 2020, on allait ouvrir des portes en Allemagne et en Angleterre, c’était dans les tuyaux, et puis le Covid a tout stoppé. Ça viendra. Chaque chose en son temps.

Ce battement de cœur qui ouvre et clôt l’album, c’est le vôtre ?

C. L. : Ah oui, bien sûr ! C’était très curieux, l’enregistrement. On m’a allongée dans un canapé, il fallait un silence parfait, aucun mouvement… C’est la première fois que j’entends mon cœur, et j’ai trouvé ça très émouvant.

Propos recueillis par Pierre Fageolle

A lire aussi: “J’étais une enfant très solitaire” : Clara Luciani se confie sur les moqueries qu’elle a subies

Source: Lire L’Article Complet