La transition écologique à Cannes : "Le plus dur sera de changer les habitudes"

Après les chantiers parité et diversité, l’industrie cinématographique entame une nouvelle transition, écologique cette fois.

Nouveauté cannoise cette année : une section green éphémère, Le Cinéma pour le climat, complète la sélection officielle du Festival. Sept films et documentaires y seront projetés, dont La Croisade, de Louis Garrel (sur un couple confronté au militantisme écolo de son enfant), et les documentaires Marcher sur l’eau (sur l’accès à l’eau au Niger), signé Aïssa Maïga, La Panthère des neiges, de Marie Amiguet (avec Sylvain Tesson pour guide), Animal, de Cyril Dion et Bigger Than Us (sur de jeunes activistes qui cherchent des solutions), produit par Marion Cotillard.

Une démarche volontariste du Festival. Par ailleurs, une écoparticipation de 20 euros, reversée à des programmes de compensation carbone, a été mise en place pour les festivaliers. Une volonté de l’institution d’accompagner le changement. François Desrousseaux, secrétaire général de l’événement, explique : «Cette somme était optionnelle en 2019, mais seuls 40 personnes sur 40 000 participants l’avaient versée. Nous ne laissons plus le choix. Le sujet est trop important.»

Un intérêt croissant

À l’instar de la grand-messe du cinéma qui tend à réduire son empreinte carbone (en recyclant ses décors, en limitant ses déchets…), les productions cinématographiques tentent elles aussi d’adopter une démarche green. «Aujourd’hui, la réputation d’une personnalité ou d’un film ne tient plus sur le luxe et l’opulence, mais sur la conscience du monde qui l’entoure», explique Mathieu Delahousse, président de Secoya, agence qui accompagne en pratique les acteurs de l’industrie audiovisuelle dans la transition écologique. En 2011, le secteur dégageait 1,1 million de tonnes de CO2, l’équivalent de la vie quotidienne annuelle de 110.000 Français. Et ce chiffre n’a fait qu’augmenter.

«Le tri, par exemple, n’est qu’un pis-aller. La bonne question, c’est celle de la réduction des déchets.» Sur les tournages, tout ou presque est énergivore : les transports (le poste le plus gourmand en émission carbone), les décors (le deuxième), les cantines avec leur buffet à volonté, le stockage des données… Christian Duguay (pour Tempête, avec Mélanie Laurent), Nicolas Vanier (pour Champagne ! et Poly ) ou Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (pour Gagarine) ont fait appel au savoir-faire de Secoya pour s’améliorer. «Il y a une demande exponentielle depuis six mois : la crise sanitaire a prouvé aux productions qu’il était possible de mettre rapidement en place des protocoles et qu’il valait mieux se préparer au changement que le subir.»

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Un plan d’action

Le plus difficile pour amorcer le virage ? «Changer les habitudes», selon Alissa Aubenque, chargée de mission chez Ecoprod, qui fédère plusieurs entités, dont le Centre national du cinéma (CNC), France TV et Canal+, pour sensibiliser autour de cette question. «Chaque métier a ses réflexes et, par souci d’efficacité, rechigne parfois à repenser ses méthodes.» Mathieu Delahousse acquiesce. «Engager la transition coûte de l’argent mais, sur le long terme, être écoresponsable permet de faire des économies.» D’autant que de nouvelles marques éthiques, de bouteilles en matière végétale ou de cosmétiques bios, par exemple, montrent un intérêt grandissant pour le secteur.

Leur timing est parfait : en 2022, le CNC mettra en place un plan d’action pour une politique publique de transition écologique du cinéma, de l’audiovisuel et des arts animés, la première année sera consacrée à la sensibilisation, la deuxième à la mise en place d’un calculateur carbone et la troisième à une réglementation. L’une des pistes envisagées ? Le conditionnement des aides au respect de certaines normes environnementales. Avec #MeToo, le cinéma a prouvé qu’il pouvait être moteur du changement. Pourquoi ne le serait-il pas aussi sur les questions écologiques ?

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