Laetitia Colombani: découvrez un extrait de "Le cerf-volant", son nouveau roman

Femme actuelle vous propose de découvrir un extrait de Le cerf-volant, le nouveau roman de Laetitia Colombani qui vient de paraître chez Grasset. Il va vous emporter.

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Nous vous avons récemment invités à découvrir 1991, le nouveau roman de Franck Thilliez (éd. Fleuve noir) et Intuitio, de Laurent Gounelle (Calmann Lévy, 400 p., 15,99 €) ainsi que L’illusion, le nouveau polar de Maxime Chattam avec sa tendre dédicace à Faustine Bollaert (éd. Albin Michel, 464 p., 22,90€). Mais aussi Loin du bruit du monde, le cinquième et dernier roman de Valéry Giscard d’Estaing, paru avant sa mort. Nous vous avons également dévoilé le talent de romancière Marina Carrère d’Encausse qui a publié un polar saisissant Les Enfants du secret (éd. Héloïse d’Ormesson, 176 p., 17 €). Aujourd’hui c’est un extrait de Le cerf-volant, le nouveau roman de Laetitia Colombani qui vient de paraître chez Grasset que nous vous proposons (224 p., 18 €).

Laetitia Colombani enchaîne les succès. Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, elle s’apprête à réaliser au cinéma le film tiré de son premier roman La Tresse (Grasset, 2017), dont la sortie est prévue en 2022. Les Victorieuses, son deuxième roman est en cours d’adaptation en série mais comme La Tresse, il a également fait l’objet d’une adaptation en album jeunesse.

Une plongée bouleversante dans une Inde tourmentée

Son troisième roman, Le Cerf-volant, se déroule en Inde, au bord du Golfe du Bengale. C’est là que Léna a décidé de partir pour tenter de se reconstruire après le drame qui a fait exploser sa vie. Lorsqu’elle rencontre une petite fille sur la plage, où elle est descendue pour nager de bon matin dans l’océan indien, Léna ne peut pas se douter que leurs destinées vont se retrouver liées à jamais. Belle lecture!

“Face aux parents, Léna n’a pas démérité. Elle s’est lancée dans d’invraisemblables pourparlers, jurant de rembourser en riz l’équivalent du salaire de chaque enfant, afin de combler le manque à gagner de la famille. L’avenir d’un gosse contre un sac de riz, un étrange marchandage auquel elle s’est livrée sans scrupule. Tous les moyens sont bons, s’est-elle dit. Dans la lutte pour l’éducation, tous les coups sont permis. Elle s’est révélée têtue, farouchement obstinée. Et les enfants sont là, aujourd’hui.

Inquiet de ne pas la voir dans la cour, l’un d’eux s’avance vers la cahute aux rideaux fermés – tous savent qu’elle habite ici, dans cet appendice de l’école qui lui sert à la fois de chambre et de bureau. Il doit penser qu’elle n’est pas réveillée et tambourine à la porte, en criant l’un des seuls mots d’anglais qu’il ait appris : « school ! school !». Et ce cri soudain est comme un appel, un hymne à la vie.

Ce mot, Léna le connaît bien. Elle lui a consacré vingt ans. D’aussi loin qu’il lui en souvienne, elle a toujours voulu enseigner. Plus tard, je serai maîtresse, affirmait-elle enfant. Un rêve ordinaire, diraient certains. Son chemin l’a pourtant menée loin des sentiers battus, jusqu’à ce village du Tamil Nadu, entre Chennai et Pondichéry, dans cette cahute où elle est allongée. Tu as le feu sacré, avait dit l’un de ses professeurs à l’université. Si Léna reconnaît que ces années d’enseignement ont érodé son ardeur et son énergie, ses convictions restent inchangées : l’éducation comme arme de construction massive, elle y croit.

Les enfants ont tout sauf ce qu’on leur enlève, écrivait Jacques Prévert – cette phrase l’a guidée durant cette odyssée, tel un mantra. Léna veut être celle qui rendra à ces gosses ce qu’on leur a pris. Elle les imagine parfois entrer à l’université, devenir ingénieur, chimiste, médecin, instituteur, comptable ou agronome. Lorsqu’ils auront reconquis ce territoire qu’on leur a si longtemps interdit, elle pourra dire à tous, au village : Regardez ces enfants, un jour ils dirigeront le monde et il n’en sera que meilleur, car il sera plus juste et plus grand. Il y a une forme de candeur dans cette pensée, et de l’orgueil bien sûr, mais aussi de l’amour, et plus que tout, la foi en son métier.

« School ! school ! » Le gamin continue de crier et ce mot est comme un affront à la misère, un grand coup de pied balayant les castes millénaires de l’Inde, rebattant les cartes de la société. Un mot en forme de promesse, un laisser-passer pour une autre vie. Plus qu’un espoir : un salut.”

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