Lorde : "Je trouve que l’époque est pesante"

La chanteuse néozélandaise, Lorde, offre un deuxième album très attendu à ses fans. Solar powerrenoue avec les utopies radieuses d’une folk des années 70 en osmose avec la nature.

Inspiration seventies

Marie Claire : Comment vivez-vous ce retour à New York après cette longue pause ?

Lorde : En Nouvelle-Zélande, il n’y a pas vraiment de pop stars et je n’ai pas grand-chose à faire, généralement, je suis avec mes ami·es ou je lis. Quand je reviens ici, j’ai un emploi du temps très spécial, je suis toujours maquillée, même sortir de l’hôtel devient toute une aventure.

Comment décririez-vous cet album à qui n’a pas encore pu l’écouter ?

On peut y trouver toutes les palettes des jours d’été, le grand ciel bleu du moment le plus chaud de la journée, mais aussi l’instant le plus crépusculaire. C’est un album qui s’écoute sous la chaleur, d’ailleurs, je n’écris jamais en hiver. Ma musique est une sorte de niche pour les auditeurs flexibles qui aiment à la fois retrouver des tropes d’une pop standard mais également des productions et des paroles bizarroïdes.

Vous citez le transcendantaliste Ralph Waldo Emerson, en particulier sa métaphore de l’œil géant absorbant ce que la nature peut lui offrir, comme une inspiration majeure de cet album…

J’ai été en effet dans une phase où j’absorbais tout ce qui m’entourait. Je n’ai pas eu l’impression que l’inspiration venait de ma personne mais, pour une fois, que j’allais puiser à l’extérieur.

C’est pourtant un album très intime et personnel, mais j’ai fait plus d’observations, j’ai tenté d’être plus présente. Cette prise de conscience m’est venue en marchant avec mon chien, j’avais l’impression de saisir le monde de manière plus pure à travers ses yeux, il était comme mon avatar dans un jeu vidéo.

Votre style se rapproche ici de la musique des années 70, vous sentez-vous connectée aux utopies de cette époque ?

Je me suis inspirée de la pop des 60’s et 70’s et d’une pop plus bubble gum que j’écoutais adolescente. On peut faire beaucoup de parallèles entre ce que traversaient la génération des années 70 et la nôtre, nous partageons des questionnements sur l’environnement et les droits civiques. Les gens essaient aujourd’hui aussi de créer des communautés et de trouver de nouvelles manières de vivre.

On peut faire beaucoup de parallèles entre ce que traversaient la génération des années 70 et la nôtre, nous partageons des questionnements sur l’environnement et les droits civiques.

Succès et responsabilité 

Votre génération semble porter le poids du monde sur les épaules, cela influe-t-il sur votre manière de faire de la pop ?

Je trouve que l’époque est pesante oui, ces dernières années, tout particulièrement, ont été comparables à un deuil. En passant ce temps merveilleux dans la nature, j’ai pu réfléchir à tout ce que nous avons perdu, et ce que nous continuons de perdre. Avec cet album, j’avais envie de célébrer ce qu’il reste, ce que j’aime quand je suis à l’extérieur.

Quel rapport avez-vous aux médias depuis vos débuts ? Vous étiez encore adolescente à l’époque du tube Royals

J’ai toujours apprécié de parler aux médias. Quand j’étais plus jeune, on me demandait mon avis sur tout et je prenais ça pour des sessions de bavardage. Puis j’ai trouvé éclairant de pouvoir comprendre mon travail par le biais de la presse. Même avec les réseaux sociaux, il n’existe pas vraiment de substitut à une bonne critique.

Vous avez acquis un certain pouvoir dans l’industrie musicale, qu’aimeriez-vous pouvoir changer ?

J’aimerais que les tournées soient plus encadrées écologiquement, qu’il y ait des normes sur l’utilisation de l’énergie et la production de déchets. C’est formidable de faire des tournées mais ça requiert beaucoup trop de ressources.

(*) Solar power (Island/Def Jam/Universal)

Ce papier a été initialement publié dans le numéro 829 de Marie Claire, daté octobre 2021.

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