Marina Foïs : "Tout ce que je vis nourrit mon travail"

Elle joue une pianiste piégée par une grossesse inattendue dans Énorme, aux côtés de Jonathan Cohen. Rencontre avec une actrice en quête d’inédit.

Elle est de ces actrices qui naviguent avec aisance dans tous les genres, qui existent quelle que soit la partition. Y compris lorsqu’elle incarne une pianiste taiseuse qui ne s’exprime que par son clavier. Dans Énorme, de Sophie Letourneur, Marina Foïs est une artiste dévouée à son art et à son mari (Jonathan Cohen). Lequel, subitement pris d’un désir de paternité, échange la pilule de son épouse contre une sucrette, et lui fait un enfant dans le dos. De cette grossesse inattendue naîtront des situations qui le sont tout autant. Car, chez la réalisatrice des Coquillettes et de Gaby Baby Doll, le ton est décalé, audacieux, parfois déroutant. Au diapason d’un tournage hors normes que nous raconte son actrice.

Madame Figaro. – Expliquez-nous le dispositif de travail particulier imaginé pour Énorme
Marina Foïs.
– Sophie Letourneur a d’abord écrit un scénario qui n’était qu’un cadre : ensuite, elle a tourné des images documentaires, à l’hôpital notamment, et des improvisations sur des thèmes précis, réalisées par des amis, Jonathan et moi, des sages-femmes, des futurs parents… Elle s’en est servi pour écrire le scénario définitif : un moyen pour elle d’associer son goût de l’absurde et la vérité de l’instant. C’était un pari et un tournage assez fous. Même à titre personnel : j’ai joué mon accouchement avec des soignants parmi lesquels se trouvaient des femmes qui m’avaient accouchée dans la vie.

C’est cette expérience en marge qui vous a séduite ?
Ce que je recherche dans mon métier, c’est l’inédit. D’ailleurs, même s’il peut m’arriver de ne pas être d’accord avec tous les partis pris, quand je dis oui à un film et à un metteur en scène, je dis oui à tout. Comme tourner sans maquilleur ni coiffeur, ou jouer parfois différemment de ce que j’avais pu imaginer.

Au-delà du dispositif, ce que raconte cette comédie est aussi original.
Le film n’est pas un manifeste, c’est une fantaisie, mais il est vrai que Sophie est militante dans sa volonté de renverser les codes. Comme lorsqu’elle désacralise la grossesse, montre la nudité de l’homme, filme le désir de la femme ou inverse les schémas : la sentimentalité est ici masculine et le pragmatisme, féminin. Mon personnage mène par exemple sa vie comme une entreprise, avec des objectifs dont elle n’accepte pas d’être détournée, même par un enfant. Cette réalité, que l’on voit peu au cinéma, existe, et je comprends, d’ailleurs, que l’on puisse vivre une passion très exclusive avec son art.

Était-ce votre cas ?
Non, mais certains artistes craignent que l’enfant induise une distance. C’est une question tout à fait légitime pour qui a sacrifié une partie de sa vie à son art… Mais, personnellement, j’ai toujours l’intuition que tout ce que je vis nourrit mon travail. Et puis, quand le désir d’enfant est là, il est de toute façon irrépressible.

Pourquoi avoir suggéré Jonathan Cohen pour jouer votre mari ?
Nous avions tourné ensemble dans Papa ou maman 2, et, en plus d’une immense amitié, j’ai une grande admiration pour son travail. Il a une puissance comique dingue, une imagination intarissable et un spectre incroyable. Il a aussi une formation classique, ce que les fans de Serge le Mytho (personnage éponyme d’une mini-série de Canal+, NDLR) n’imaginent pas toujours. Jonathan est un homme généreux, libre, et qui assume autant sa féminité que sa virilité. Toutes les qualités qu’il fallait pour accepter le personnage dans tous ses excès.

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