Prix Madame Figaro Arles 2021 : zoom sur les 8 photographes nominées

Après une édition 2020 annulée, les Rencontres d’Arles font leur grand retour. Le travail de huit photographes, exposées lors du festival, a retenu notre attention cette année. Zoom sur ces artistes nominées pour la cinquième édition de notre prix de la photo Madame Figaro – Arles.

La Covid nous a privé d’une année ? Qu’à cela ne tienne, Le Prix de la Photo Madame Figaro – Arles, créé en 2016, revient en force pour une cinquième édition, avec une soif de découvertes intacte et huit captivantes nominées, sélectionnées parmi les femmes qui participent au festival. Le jury : Il réunit un aéropage de belles personnalités culturelles : Clara Luciani (présidente), Emmanuelle Devos, Christian Louboutin, Caroline de Maigret, Mademoiselle Agnès, Rossy de Palma, Djanis Bouzyani et, aux côtés d’Anne-Florence Schmitt, Jean-Sébastien Stehli et Gwen Couedel de Madame Figaro. L’esprit : Le Prix récompense une équation gagnante : l’excellence, la créativité et l’originalité de la vision d’une femme photographe. Parce que création et photographie sont les moteurs de notre magazine. La lauréate : Elle réalisera une série dans les pages de Madame Figaro. Et recevra une dotation de 10. 000 € avec le soutien de Women in Motion, un programme de Kering, qui lui permettra d’offrir quelques-uns de ses tirages aux Rencontres d’Arles. Comme la lauréate 2019, la puissante artiste grecque Evangelia Kranioti, dont la série est publiée dans le numéro de cette semaine. Le prix est aussi soutenu par BMW.

Eythar Gubara, photographe militante

Née en 1988, Eythar Gubara est une activiste visuelle soudanaise. Elle utilise la photographie en militante pour révéler sa perception du monde et «comme outil de sensibilisation et de changement» sur les droits humains, notamment ceux des femmes homosexuelles et de la communauté LGBTQ+. Ses images fascinantes – des clairs-obscurs en noir et blanc ou en couleurs – montrent visages et silhouettes de femmes mystérieuses et fortes (Standing Like a Ghost Watching My Dreams Going Away, ci-dessus). Avec elles, elle raconte l’histoire de la société patriarcale du Soudan et du contrôle qu’elle cherche à exercer sur le corps des femmes, jusque dans leur manière de s’habiller.
Thawra ! Révolution ! Soudan. Histoire d’un soulèvement, à l’église des Trinitaires.

Clarisse Hahn, en immersion

«Crack!», de Clarisse Hahn.

Elle s’est attachée aux vendeurs de cigarettes qui pullulent dans le quartier de Barbès, à Paris, sous le métro aérien (Crack !, ci-contre), à l’intensité de leur regard et à leur façon vivante et débrouillarde d’occuper les lieux. «Barbès est le quartier où j’habite, et les vendeurs de cigarettes sont mes voisins. Leurs journées sont une suite d’aventures en bande. Les angoisses suscitées par la précarité sont compensées par une incroyable énergie de groupe, par une capacité à se rassembler et à rire ensemble», raconte Clarisse Hahn. Née en 1973 à Paris, cette artiste et réalisatrice poursuit dans son travail une recherche sur les communautés, de la bourgeoisie protestante aux acteurs de films porno.
Princes de la rue, à la Mécanique générale.

Tarrah Krajnak réinvente le nu

«Rituels de maîtres II: les Nus de Weston», de Tarrah Krajnak.

Photographe et modèle, Tarrah Krajnak rejoue les nus légendaires d’Edward Weston (Autoportrait en Weston/en Charis Wilson, 1925/2020, ci-contre). En utilisant son corps de Latino-Américaine, elle questionne «le canon moderniste blanc du milieu du siècle, […] une manière de réclamer et de réécrire l’histoire dominée par les hommes» et de critiquer les normes de beauté de l’époque. Ce faisant, ses images passionnantes sont à la fois une plongée dans l’histoire du médium et une belle proposition contemporaine. Née en 1975 à Lima, au Pérou, elle vit à Los Angeles, est diplômée d’un master de photographie, lauréate de la bourse de la Harpo Foundation, en 2018, et du Prix Dorothea Lange-Paul Taylor, en 2020.
Rituels de maîtres II : les Nus de Weston, Prix Découverte Louis Roederer 2021, à l’église des Frères-Prêcheurs.

Arielle Bobb-Willis, le corps en mouvement

Une photo d’Arielle Bobb-Willis dans The New Black Vanguard, à Arles.

Sujette à la dépression, l’Américaine Arielle Bobb-Willis s’est emparée depuis une dizaine d’années de l’appareil photo comme d’un outil à la fois d’émancipation et de réconfort. Née (en 1994) et élevée à New York, avec des escales en Caroline du Sud et à La Nouvelle-Orléans, elle vit à Los Angeles. À Arles, elle expose dans The New Black Vanguard, une proposition qui mêle art, mode et culture pour montrer une approche contemporaine des corps et de la créativité noirs. Ses photos picturales et éclatantes de couleurs (dont celle-ci réalisée pour Apple en 2019) mettent en scène des corps dans des positions contorsionnées pour mieux souligner la complexité, le pouvoir et la confusion, la joie et la tristesse…
The New Black Vanguard. Photographie entre art et mode, à l’église Sainte-Anne.

Duha Mohammed, l’euphorie tragique

“Black Euphoria”, de Duha Mohammed.

Designer industrielle, cette jeune femme réservée, née en 1993 à Omdurman, au Soudan, trouve dans la photographie – découverte lors d’un atelier à la Mugran Foto Academy – un moyen d’explorer et de montrer plutôt que de dire. Ses images, prises en 2019 dans les rues de Khartoum lors du soulèvement qui a entraîné la chute d’Omar el-Bechir (Black Euphoria, ci-contre), livrent, dans un noir et blanc somptueux, sa vision de la ferveur populaire. «Mais notre euphorie était différente. Elle était noire et sanglante, résonnant de chants, chargée de gaz lacrymogènes et de fumée de pneus brûlés marquant ce qui est à nous comme étant à nous», écrit-elle. Elle est co-commissaire de l’exposition.
Thawra ! Révolution ! Soudan, Histoire d’un soulèvement, à l’église des Trinitaires.

Nadine Ijewere redéfinit la beauté

Une photo de Nadine Ijewere, présentée dans «The New Black Vanguard», à Arles.

Inspirée par ses origines nigérianes et jamaïcaines et attirée par les visages hors-norme, Nadine Ijewere célèbre l’identité et la diversité en photos saisissantes de vitalité et de créativité. Née à Londres en 1992, elle étudie la photo au London College of Fashion et, très vite, arrive à une belle reconnaissance : en avril dernier, elle est la première photographe de couleur à faire la couverture de Vogue et est la lauréate 2020 de l’Infinity Award : Appliqué de l’ICP… Elle présente dans The New Black Vanguard une sélection d’images de certaines de ses séries préférées. «Je redéfinis les stéréotypes de la beauté et crée un espace pour magnifier les femmes de couleur», explique-t-elle.
The New Black Vanguard. Photographie entre art et mode, à l’église Sainte-Anne.

Metche Jaafar, la révolution à échelle intime

Une photo de Metche Jaafar, prise au Soudan, «des images de vie, d’espoir…».

Née en 1988 à Khartoum, au Soudan, architecte et photographe free-lance, Metche Jaafar revendique l’influence de la photographe américaine Mary Ellen Mark dans son beau travail suggestif de documentariste, porté sur les enjeux sociaux et politiques de son pays. Plutôt que de shooter les manifestations, elle choisit de tenir une forme de journal personnel centré sur les gens, leur destin chahuté, et de montrer «des images de vie, d’espoir et d’amitiés, des images d’une communauté diversifiée». «Je voulais mettre en lumière les valeurs qui ont lancé cette révolution et garder une mémoire visuelle des événements qui ont aidé à ancrer notre combat contre une dictature», dit-elle.
Thawra ! Révolution ! Soudan. Histoire d’un soulèvement, à l’église des Trinitaires.

Farah Al Qasimi, le sens du détail

“Majlis Gatorade”, de Farah Al Qasimi. Dans l’intimité des intérieurs bourgeois…

Née en 1991 à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, Farah Al Qasimi est diplômée de Yale et vit entre Dubaï et Brooklyn. Elle utilise la photo pour examiner le postcolonialisme, l’esthétique et le genre dans les États arabes du golfe Persique. Elle entre dans l’intimité des intérieurs bourgeois, suggère les présences, les goûts, les activités (Majlis Gatorade, ci-contre) : un plat sur un coin de table, l’empreinte d’un corps sur un canapé, un smartphone, des étoffes… Ses images saturées de couleurs et joyeuses offrent un précipité saisissant de l’évolution fulgurante de son pays, de la place des femmes et des interactions sociales, avec un beau sens du cadrage et beaucoup d’acuité.
Mirage de la vie, Prix Découverte Louis Roederer 2021, à l’église des Frères-Prêcheurs.

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