Yves Montand : on a retrouvé Aurore Drossart, qui n’a jamais douté être sa fille

Il y a presque 30 ans, après qu’Yves Montand ne se soit présenté à un test génétique, le Tribunal de Paris jugeait qu’Aurore Drossart était bien la fille que l’acteur avait eue avec une de ses anciennes compagnes, Anne Drossart. Mais un second jugement a par la suite déclaré le contraire. Aujourd’hui, Aurore Drossart a 46 ans. Et n’a jamais douté de son ascendance.

Elle se dit guerrière, combattive au nom de la justice. Elle met même une majuscule au mot « Justice ». Quand elle a vu la publication de Valentin, fils d’Yves Montand, en couverture de Paris Match, en mai dernier, elle l’a interpelé sur sa page Facebook : « Hey, Mister Valentin Livi », a expliqué que sa porte lui était toujours ouverte mais qu’il n’avait jusque-là jamais eu ne serait-ce que la curiosité de la rencontrer. Elle écrit : « Tu n’y es pour rien dans cette histoire. Un jour, peut-être, tu seras en quête de vérités et de réponses… Je serai là si tu le décides… Comme disait si bien Descartes : « Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans la vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances »

Il lui a fallu être en effet une sacrée guerrière pour tenir debout dans cette tourmente qui ne lui a épargné aucun coup. « Combien de personnes ont transformé ma légitime quête de vérité, de reconnaissance, de justice envers un père lâche et irresponsable, comme il y en a tant, en une obstination malsaine au nom de l’argent ? Horrible de devoir subir ça lorsque c’est totalement faux », commente-t-elle

Si Aurore Drossart continue de parler si longtemps après, c’est parce qu’ »on a laissé croire à l’opinion publique que c’était moi qui voulais faire exhumer le corps d’Yves Montand pour prouver qu’il était mon père, alors qu’en réalité, ce sont les héritières qui ont donné leur accord, pour prouver qu’il ne l’était pas« , lâche-t-elle. « C’est important pour moi que l’on sache que je n’ai jamais demandé ça. Jamais« , insiste-t-elle.

Un marathon judiciaire qui débute en 1989

Revenons aux faits. Toute petite, Aurore Drossart apprend par sa maman que son papa est Yves Montand, avec lequel elle a entretenu une liaison pendant deux ans (Yves Boisset et Claude Sautet, entre autres, témoigneront de cela). Mais ce dernier ne l’a pas reconnu et ne veut pas le faire. Alors Aurore fait avec. Se vit parfois comme « une horreur, une erreur« . Jusqu’au jour où, découvrant une couverture de magazine sur laquelle est écrit « Montand, papa pour la première fois » (c’était en 1989, il venait d’avoir Valentin avec sa compagne Carole Amiel), la jeune fille de 14 ans, blessée, supplie sa mère de faire quelque chose. Ce sera le début d’un marathon judiciaire, qui débute en 1989.

Après cinq ans de procédure, de témoignages, deux ans d’enquêtes, après la non présentation par deux fois du chanteur et acteur à une demande de tests ADN, en 1994, le Tribunal de Grande Instance de Paris rend son verdict : Yves Montand est bien le père d’Aurore Drossart. Mais cinq ans après la mort de la star, ses ayants droits (Carole Amiel et Catherine Allégret, la fille de Simone Signoret que le chanteur avait adoptée alors qu’elle avait 41 ans), contestent ce jugement et font appel.
Et, en 1998, après des prélèvements réalisés post mortem, la cour d’appel de Paris revient sur le premier jugement et conclut finalement à la non paternité d’Yves Montand. « Ce qui s’écroule à ce moment-là, confie Aurore Drossart, c’est ma foi en la justice. Je ne sais pas comment se passent les prélèvements d’habitude, mais là, ils n’avaient pas de masque, l’un d’entre eux fumait, à un moment, quelque chose est tombé par terre et a été mis dans un tube et scellé… J’ai vu tout ça, mais notre avocat, Maître Gilbert Collard – il s’était proposé de nous représenter gratuitement, n’ayant pas déposé de réserve, on n’a rien pu faire, c’était trop tard. »

« Un sacré gros travail pour lutter contre ma haine, ma violence »

Cette vérité, c’est la sienne. Elle n’en démord pas. Pas une fois, en dépit du nouveau verdict, Aurore Drossart ne doutera qu’Yves Montand est son père. Mais va commencer pour elle un long chemin de croix. « J’ai dû faire un sacré gros travail pour lutter contre ma haine, ma violence, ces poisons qui auraient pu me détruire car j’ai souvent eu envie de mourir », confie-telle. Les arts martiaux vont l’aider « à savoir encaisser les coups de la vie ». Et dans les livres, les cultures, les religions, elle va chercher des réponses. Apprendre la méditation, travailler sur l’amour, la joie de vivre… « Et peu à peu, j’ai appris à sourire à la vie, avoue-t-elle. Et à pardonner. Même Catherine Allégret, j’ai fini par la comprendre. »

Hormis un travail alimentaire pour un institut de sondages, Aurore Drossart est une artiste sur cuir qu’elle gratte et grave, une femme qui vient en aide aux autres, humains ou animaux, aux délaissés, aux abandonnés, qu’elle répare, comme elle-même s’est réparée durant toutes ces années (« Je suis empathique, dit-elle. J’ai longtemps cru que c’était une faiblesse… »). Elle passe des heures dans son jardin potager et médicinal. Et termine un livre commencé il y a plus de vingt ans. « Je suis actuellement sur la deuxième partie qui s’intitule « Les clefs de la sagesse » et qui est le réel but de ce livre en fait ! », précise-t-elle. Quant à l’éditeur qu’elle n’a pas encore trouvé, elle est confiante, cite ce proverbe africain : « Quand le mensonge prend l’ascenseur, la vérité, elle, prend les escaliers », et conclut par : « Il ne me reste que quelques marches… ».

Crédits photos : Collection personnelle

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