7 bonnes raisons de… dire non (et comment faire passer le message) !

Poser des limites, gentiment mais efficacement, permet de reprendre le contrôle de son existence et de rétablir des relations saines avec ses proches. Bien utilisé, ce petit mot tout simple a un vrai pouvoir magique.

Avec Marie Haddou, psychologue clinicienne et le Dr Frédéric Chapelle, psychiatre

Restez informée

Non de non ! Pourquoi ces trois simples lettres nous semblent-elles parfois impossibles à prononcer ? « Il y a un certain nombre de raisons qui rendent cela difficile« , analyse Marie Haddou, psychologue clinicienne. « La peur de blesser l’autre, de perdre son amour ou de provoquer sa colère notamment. » Pourtant, lorsque le refus ou la négation ne sont ni systématiques, ni agressifs, ils n’ont aucune raison de nous faire rougir. Au contraire, ils sont salutaires ! « Dire non est un acte affirmé qui ne rejette pas l’autre mais qui rejette sa demande« , précise l’experte. « Il permet à celui qui l’énonce de se montrer authentique (voilà ce que je pense vraiment). » A l’inverse, dire oui (quand on pense non) ouvre la porte aux débordements (« On me demande tout et n’importe quoi« ) et aux ruminations (« Ras-le-bol qu’on abuse de ma bonne volonté !« ). L’enjeu n’a donc rien d’anodin : il s’agit tout bonnement de se sentir respectée.

Je ne suis pas la nounou de service

Votre fils vous sollicite pour garder son petit dernier ? Pas de problème, cela vous fait plaisir. Toutefois, lorsque ses sollicitations se répètent tellement souvent que cela finit par empiéter sur vos activités et vos loisirs, il y a urgence à y mettre le holà.

Comment faire passer le message ? En matière d’affirmation de soi, l’une des priorités est d’apprendre à se positionner, c’est-à-dire à exprimer son désir simplement, explique le Dr Frédéric Chapelle, psychiatre. Vendredi soir ? Non, je ne peux pas car j’ai prévu d’aller au cinéma. « On peut aussi engager un dialogue plus avant pour crever l’abcès« , ajoute-t-il. Et dire : « Je sais que c’est important pour toi que je garde tes enfants et j’ai moi-même très envie de m’en occuper de temps à autre, mais il y a des moments où je ne suis pas disponible et je préfère que tu le saches.« 

Le conseil en plus du psy. Faites la différence entre une situation d’urgence qui appelle votre soutien (« Le petit a de la fièvre et je suis coincé au travail« ) et des situations qui relèvent davantage du confort personnel (« On part en week-end avec des copains« ).

J’en ai marre de me faire embobiner par les vendeurs

Dans les boutiques, vous vous sentez obligée de faire des emplettes dès lors qu’un commerçant déploie les grands moyens pour vous convaincre.

Comment faire passer le message ? Vous ne pouvez pas faire l’impasse sur un non énoncé clairement. Soyez directe, évitez les « Ecoutez, ça m’embête beaucoup, je ne suis pas sûre, mais je crois que ça ne me plaît pas. » « Ensuite, vous pouvez expliquer que ces chaussures vous font mal aux pieds ou que cette veste n’est pas à votre goût« , précise le Dr Chapelle. « Si votre interlocuteur insiste, un deuxième non est le bienvenu. En général, après celui-ci, l’information est passée.« 

Le conseil en plus du psy. Luttez contre vos pensées négatives. « Les sujets anxieux ont peur des conséquences de leur choix« , note Marie Haddou. « Ici, cela peut être la peur irrationnelle de provoquer la colère du vendeur ou de la vendeuse. » Prendre conscience de ce discours intérieur catastrophiste et tyrannique ouvre une voie pour exprimer son refus.

Et pourquoi ce serait toujours à moi de planifier les vacances ?

Caler les dates, décider de la destination, choisir l’hôtel… Depuis toujours, cette tâche vous revient et votre conjoint n’y voit rien à redire, bien au contraire ! Pourtant, vous aimeriez qu’il s’y colle à son tour.

Comment faire passer le message ? Avant toute chose, l’essentiel est de faire part de votre résolution – « J’ai décidé de ne pas m’occuper des vacances cette année » – et de votre attente : « Je souhaiterais que tu t’en charges. » « Cette demande peut s’inscrire dans une discussion plus globale sur l’implication de votre conjoint dans le couple« , suggère Frédéric Chapelle. « Vous pouvez aussi lui faire remarquer qu’il est dommage que les décisions reposent toujours sur la même personne (vous en l’occurrence !). Cela vous ferait plaisir qu’il affirme ses goûts et vous ménage une part de surprise.« 

Le conseil en plus du psy. Offrez-lui votre aide. « Si tu as besoin d’un conseil pour savoir comment je procède habituellement, je serai là. Mais c’est toi qui prendras les commandes ! » Reste ensuite à déléguer (vraiment) et à lui faire confiance (totalement).

Ma maison de campagne, ce n’est pas un hôtel !

Cette résidence familiale, les enfants la considèrent un peu comme la leur. Ils ont raison d’une certaine façon. Mais s’ils pensaient quelquefois à faire des lessives et/ou à remplir le frigo, vous nourririez moins de ressentiment.

Comment faire passer le message ? « Le non relève parfois de la négociation, surtout dans le cadre familial quand on désire à tout prix éviter l’opposition frontale et les reproches. Il est important de faire comprendre à l’autre pourquoi on refuse, c’est-à-dire quelles sont les raisons qui motivent ce non« , souligne Frédéric Chapelle. Mais il s’agit également de poser des limites : expliquer à ses enfants que l’on a envie, de temps en temps, de pouvoir profiter seule des lieux et/ou que l’on a besoin d’aide quand on s’y retrouve en famille.

Le conseil en plus du psy. Choisissez les mots adéquats. « Dans ces circonstances, il est important d’utiliser le « je » au lieu du « tu », qui est beaucoup plus culpabilisant« , recommande Marie Haddou. « Préférez un « Je te dis non » à un « Tu me demandes toujours quelque chose » et un « J’ai bien conscience que ce que je te dis n’est pas agréable à entendre » à un « Tu prends tout mal ! »« 

Je ne veux plus que ma sœur (mon frère, ma mère…) me prenne pour sa psy

Il/Elle vous raconte ses problèmes conjugaux en long, en large et en travers et/ou vous livre ses idées noires. Le fait que l’on soit de la même famille justifie-t-il d’être le confident de ces détails intimes ?

Comment faire passer le message ? En luttant d’abord contre l’idée que l’on doit un soutien inconditionnel à sa famille, surtout si ce soutien nous met en difficulté. « On peut expliquer à son frère, sa mère, sa soeur (ou sa cousine !) qu’il y a peut-être des interlocuteurs plus indiqués – un psychologue, un conseiller conjugal – pour les écouter et les aider« , préconise le Dr Chapelle. Vous n’avez pas l’expertise pour dénouer la situation (à moins d’avoir fait psycho à la fac…). Vous êtes en outre juge et partie, puisque vous connaissez le mari de votre soeur (ou la femme de votre frère !) et vous avez vous-même un avis subjectif sur son comportement. Difficile, dans ce cas, d’avoir une oreille « neutre » et une parole juste.

Le conseil en plus du psy. Ne cédez jamais au chantage affectif. « Certaines personnes peuvent avoir tendance à manipuler : « Tu me dis non parce que tu ne m’aimes pas » ou « Si tu refuses, je ne t’aimerai plus »« , remarque Marie Haddou. « En réalité, si votre interlocuteur est de bonne foi, il comprendra votre position et la respectera. » Une question qui se pose aussi avec quelqu’un que l’on connaît moins bien. L’aider, pourquoi pas, à condition d’en avoir les épaules. Le risque, sinon, est de sombrer avec votre interlocuteur.

Ras-le-bol de servir de banquière à mes copines !

« Dis, tu as de quoi m’avancer le resto ? » Une fois pourquoi pas mais, si ça devient une habitude, ne vous prendrait-on pas pour la bonne poire ?

Comment faire passer le message ? L’amitié ne suppose en aucun cas d’accéder à toutes les requêtes, y compris financières. « Le rôle de l’ami est par contre d’aider l’autre à trouver des solutions pour faire face à son problème« , rappelle le Dr Chapelle. On peut lui proposer de l’accompagner à un rendez-vous chez le banquier ou bien se mettre à sa disposition pour rédiger une lettre à son organisme de crédit afin de négocier un report d’échéances… « Chercher des solutions de rechange est une façon de ne pas opposer à son interlocuteur une fin de non-recevoir et de lui montrer de l’empathie« , ajoute Marie Haddou. « Cela signifie : « Je te dis non mais je prends en compte ta situation et je me soucie de toi. »« 

Le conseil en plus du psy. Ne vous précipitez pas pour répondre. « Il est important de prendre le temps de la réflexion« , insiste la psychologue. « Cela permet de calmer son émotion et d’apporter un non serein et rationnel.« 

Plus envie de me forcer à accepter les invitations

Mardi chez Gisèle, vendredi chez Louis et ce week-end, le rendez-vous mensuel avec les anciens de la boîte. Ça fait beaucoup, surtout quand on se passerait de voir tout ce beau monde.

Comment faire passer le message ? L’argument classique, le fameux « Non, ce soir, je ne peux pas« , est le plus commode à dégainer, dès lors qu’on ne se sent pas coupable de le dire. « On peut également proposer une alternative qui va adoucir notre refus« , indique Marie Haddou. « Ce peut être une invitation à se voir la semaine suivante, qui montre quand même notre souhait de partager un moment avec cette personne.« 

Le conseil en plus du psy. Évitez les mensonges. « Ils se retournent contre ceux qui les émettent« , met en garde Marie Haddou. « On peut se retrouver dans des situations épouvantables : avoir prétexté par exemple que l’on partait en vacances le lendemain pour ne pas aller à un dîner et croiser la personne en ville quelques jours plus tard… » Un simple non nous faciliterait tellement la tâche, non ?

Merci à Marie Haddou, psychologue clinicienne, auteure de Savoir dire non, apprendre à refuser pour enfin s’affirmer et d’Avoir confiance en soi, pour enfin s’épanouir et se réaliser (éd. J’ai Lu) et au Dr Frédéric Chapelle, psychiatre et coauteur de Bon stress, mauvais stress : mode d’emploi (éd. Odile Jacob).

A lire aussi :

⋙ Sexo : comment lui dire non sans le froisser ?

⋙ Trouver l’estime de soi… sans mode d’emploi

⋙ Amitiés tardives, pourquoi elles nous font tant de bien

Source: Lire L’Article Complet