A quoi les tribus du futur vont-elles ressembler?

  • Peut-on imaginer que le monde ultra-polarisé qu’on connaît trouver le chemin d’un universalisme ?
  • Trend Obs 2022 d’Ipsos, dévoilé cette semaine, dessine les grandes tendances du monde de demain à travers le recrutement de « changeurs », des individus de 25 à 40 ans qui œuvrent au quotidien pour changer le monde.
  • Thibaut Nguyen, directeur du département Trends & Futures d’Ipsos France, met un coup de projecteur sur les tribus du futur et la façon dont elles arriveront à construire un nouveau collectif.

Antivax, QAnon, mouvements
complotistes… Le monde n’a jamais semblé plus polarisé qu’aujourd’hui et à ce train-là, l’humanité pourrait devenir une véritable cacophonie. Tous les deux ans, l’étude Trend Obs d’Ipsos dessine les grandes tendances de la société de demain à travers le recrutement de trendsetters, des personnes de 25 à 40 ans sélectionnées à l’international « pour leurs capacités à ressentir et réagir plus vite au contexte que les autres ». Pour l’édition 2022, les trendsetters ont laissé leur place aux « changeurs », des individus qui « souhaitent faire advenir le monde auquel ils aspirent, en lien avec leurs convictions et leurs batailles », décrit-on chez Ipsos.

Recrutés au Brésil, aux États-Unis, en France, en Grande-Bretagne, au Vietnam, en Suède et au Nigeria, ils sont engagés dans des dynamiques concrètes de changement au quotidien. « On s’est aperçu que, quelle que soit leur obédience politique, quel que soit leur type d’engagement et leur pays d’origine, un sujet leur tient à cœur : comment passe-t-on d’individualismes qui s’opposent et qui sont en rejet de l’autre, à la construction d’un nouveau collectif qui respecte les différences », observe Thibaut Nguyen, directeur du département Trends & Futures d’Ipsos France.

Avançons-nous vers un futur de plus en plus fragmenté ou, au contraire, allons-nous trouver la voie d’un universalisme ? Zoom sur les tribus post-Covid-19 qui peupleront le futur avec Thibaut Nguyen.

La tribu du Wakanda

« L’exemple du Wakanda [un pays africain fictif présent dans l’univers Marvel] du film Black Panther est souvent revenu dans le discours des “changeurs”. Il faut passer par l’étape de se rallier avec des gens qui nous ressemblent et qui partagent nos valeurs, au moins à petite échelle. Dans le Wakanda, il y a l’idée d’un pays qui protège ses traditions et qui a quand même su être à la pointe de la technologie. On n’est pas soumis à des influences toxiques et on peut se développer comme on le choisit avec nos valeurs tout en avançant vers la modernité. Au-delà de l’idée de défense de l’identité, beaucoup de “changeurs” étaient dans la démarche de comprendre leur histoire. On a interrogé de nombreux Brésiliens, certains se relient à des traditions plus amazoniennes, d’autres au mouvement évangélique, très puissant là-bas. Si on ne comprend pas nos zones d’ombre, on ne pourra pas accueillir l’autre dans ses propres zones d’ombre. »

La tribu pro-technologie

« La technologie est un autre ferment communautaire : « Je suis de l’école de la Silicon Valley » ; « je suis de celle
d’Elon Musk » ; « je suis de ceux qui pensent qu’il faut innover »… Les écoles de code qui connaissent un grand succès sont des espèces de creusets communautaires qui intègrent toute personne qui code, quelle que soit son origine. Ils trouvent un langage commun et une vision commune. On observe aujourd’hui une diffraction des courants idéologiques, chacun est puissant et monte dans son coin.
Space X ou Jeff Bezos ouvrent la voie de l’espace. La technologie est critiquée sur les données privées, mais elle a été encensée pendant la pandémie du
Covid-19 car elle nous a permis de continuer à fonctionner. Il existe plein de mouvements et de contre-mouvements et il est difficile de voir lesquels prennent l’ascendant. »

La tribu féministe post-meToo

« Le thème du féminisme intersectionnel a été beaucoup abordé par les “changeurs”. Le versant sombre de ce communautarisme, c’est une intersectionnalité très figée et très véhémente où tout à coup, on construit son identité sur de la blessure et ça conduit à de la vengeance. Dans le mouvement féministe, on trouve à la fois des “changeurs” dans une optique de compréhension de ce qui a été subi pour, ensuite, envisager de se relier à l’autre, et des mouvements dans la dénonciation et la condamnation. Il y a une volonté d’universalisme chez les “changeurs”, mais il reste des blocages dans la société mainstream. Le film d’animation Les Mitchell contre les machines sur Netflix raconte précisément comment une famille dysfonctionnelle, dont les membres ne s’entendent plus, réussit à faire naître autre chose au moment où chacun accepte les différences des autres.

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Dans un second temps, il faudra trouver une règle universelle. Certains mentionnent le Venus project, qui est une sorte d’utopie technologique. Est-ce qu’une intelligence artificielle plus évoluée que l’humain nous dira ce qui est bon pour nous ? D’autres citent l’intelligence naturelle comme dans Avatar. D’autres s’inspirent de la Grèce antique et envisagent un collège de sages ou d’experts scientifiques. Une fois qu’on aura trouvé la règle commune, on sera capables d’accepter les gens qui nous font le plus peur. »

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