Adapter son alimentation à son profil génétique, c’est pour demain !

Et si, demain, on oubliait enfin les régimes pour adapter notre alimentation à notre profil génétique et métabolique ? Cela devrait être possible dans un futur proche.

Avec la Pre Karine Clément, nutritionniste et endocrinologue (Inserm) et le Dr Patrick Borel, directeur de recherche (Inrae)

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Surpoids, cholestérol, diabète ou arthrose : imaginez qu’on vous fasse, demain, une ordonnance alimentaire ultra-personnalisée pour répondre à ces problématiques, qui vous indiquerait quand consommer vos fruits pour empêcher votre glycémie d’exploser, quelle quantité de protéines ou de lipides prévoir pour calmer votre inflammation, quelle huile végétale utiliser pour réguler vos triglycérides… Ce régime ne s’appliquerait qu’à vous : affligée des mêmes maux, votre voisine s’en verrait sûrement prescrire un différent. Cela paraît irréel et pourtant, cela s’appelle la nutrition de précision, une nouvelle approche sur laquelle travaillent les scientifiques.

Tous uniques, y compris dans l’assiette

Cette alimentation du futur part de l’idée que nous ne réagissons pas de manière identique aux aliments. « Deux personnes de même poids qui souffrent de diabète de type 2 n’auront pas la même réponse glycémique en mangeant une banane, par exemple« , note la Pre Karine Clément, endocrinologue et nutritionniste. Une question de métabolisme. Voilà pourquoi on a beau appliquer les préconisations du médecin, on ne constate pas toujours une amélioration de nos bilans sanguins. Ou pourquoi certains maigrissent facilement quand d’autres stagnent malgré leurs efforts. « Les consignes type « 5 fruits et légumes par jour » sont bénéfiques pour la majorité de la population mais elles ne suffisent pas toujours. Il faut les remplacer par des conseils adaptés au métabolisme et aux besoins de chaque individu« , résume le Dr Patrick Borel, directeur de recherche à l’Inrae.

Des menus en fonction de nos gènes

Notre ADN détermine (en partie) notre risque de développer certaines maladies mais aussi comment on transforme ce que l’on mange. « Les gens n’assimilent pas tous de la même façon le cholestérol alimentaire, ni les vitamines importantes pour la prévention des troubles cardio-vasculaires et du cancer« , observe le Dr Borel. Étudier le génome de quelqu’un permet de prédire, par exemple, sa capacité à absorber la vitamine E : si elle est faible, on pourra lui conseiller d’augmenter les doses via des aliments qui en sont riches ou une supplémentation. Plusieurs sociétés proposent déjà, à l’étranger, des programmes nutritionnels basés sur le séquençage ADN via un prélèvement de salive. « Pour moi, ces recommandations sont incomplètes« , nuance le Dr Borel. « On manque de données pour prendre en compte l’ensemble des mutations génétiques impliquées chez chaque personne. » Et surtout, ce type de test est encore illégal en France.

Des régimes adaptés à notre microbiote

Autre méthode prometteuse, l’analyse de la flore intestinale, qui influence fortement notre métabolisme. On sait qu’il existe un lien avéré entre l’obésité et un microbiote peu diversifié. Ou que, selon la composition de ce dernier, on stockera différemment les graisses. Dans son labo NutriOmics, la Pre Clément tente justement de constituer des groupes de personnes en fonction des profils de bactéries de leurs intestins. L’objectif est de les aider à perdre du poids mais aussi de mieux prendre en charge certaines maladies métaboliques ou des douleurs associées à l’inflammation chronique. « Dans le diabète de type 2, on a besoin de mieux profiler les gens pour mieux les traiter, en leur conseillant des régimes adaptés selon que leur résistance à l’insuline se joue au niveau musculaire ou du foie, ce qui se traduit dans leur microbiote« , précise l’endocrinologue. En étudiant un profil bactérien, on pourra aussi prédire l’efficacité anti-inflammatoire des acides gras du poisson, par exemple.

Des premiers résultats plutôt encourageants

La société française Nahibu propose pour 249 € une analyse du microbiote (via un échantillon de selles envoyé par la Poste) et des listes personnalisées d’aliments à privilégier ou limiter afin d’améliorer la digestion, le sommeil, les ballonnements… « Il y a, parmi nos clients, beaucoup de gens qui ont des problèmes digestifs, qui subissent du stress, et aussi des curieux qui veulent connaître l’état de leur flore intestinale. Certains, qui ont refait le test plusieurs mois après avoir suivi les conseils donnés, ont noté une amélioration de leur diversité bactérienne« , indique Emmanuelle Lecommandeur, responsable Recherche et Développement nutrition chez Nahibu. Reste à voir si cela se traduit par de réels bénéfices santé. Pour la Pre Clément, l’analyse du microbiote ne suffit pas. « Pour établir des préconisations vraiment utiles, il faut intégrer dans les algorithmes nombre d’autres facteurs : réponses à des questionnaires sur le sommeil, le stress, les habitudes de vie, l’environnement, les marqueurs sanguins« , explique-t-elle. « Les outils existent déjà, donc ces services vont se développer rapidement…« 

Je vous sers une ou trois tasses de café ?

Notre sensibilité à la caféine et ses effets sur notre fréquence cardiaque ou notre sommeil découlent de certains gènes. Les sociétés qui proposent des préconisations alimentaires basées sur le séquençage du génome peuvent donc indiquer combien de cafés boire et à quel moment de la journée, pour préserver son coeur ou éviter de compter les moutons le soir.

La minceur sur un plateau !

Dietbon, société de livraison de repas minceur, s’est associée avec Integrative Phenomics, une start-up spécialisée dans les recommandations nutritionnelles, afin de proposer le programme Dietbon Optimum, qui s’appuie sur une analyse de notre microbiote et des questionnaires pointus afin de sélectionner des repas adaptés à notre profil. Les premiers résultats d’une étude sur 62 utilisateurs du programme montrent 20 % de perte de poids en plus par rapport au groupe qui suivait un régime classique.

Merci à la Pre Karine Clément, nutritionniste et endocrinologue à l’Inserm et à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et au Dr Patrick Borel, directeur de recherche à l’Inrae sur la nutrition et la prévention cardio-vasculaire.

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