Bouquets de fleurs : comment privilégier le made in France

Comme pour les fruits et légumes, privilégiez la production française quand vous achetez vos fleurs. C’est bon pour la planète, les hommes et l’économie.

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Quand on nous les offre, elles nous vont droit au cœur. Mais saviez-vous que près de neuf fleurs sur dix sont importées ? Elles poussent bien loin de chez nous et arrivent bien souvent de Colombie, d’Équateur, du Kenya ou encore d’Éthiopie. Avant de se retrouver dans le vase sur la table du salon, elles ont transité par les Pays-Bas, à Aalsmeer plus précisément, avant de poursuivre leur chemin à travers toute l’Europe. C’est là que se trouve le second plus grand marché aux fleurs du monde (après Miami aux États-Unis), logé dans un bâtiment de presque un million de m², soit l’équivalent de près de 200 terrains de foot ! Ce circuit mondial nous permet d’embellir notre intérieur en toute saison et à des tarifs abordables. Mais quel est vraiment le prix à payer au-delà de celui affiché sur l’étiquette ? Comme bien d’autres biens de grande consommation, acheter ces produits venus du bout du monde n’est pas sans conséquences, tant environnementales que sociales.

L’effet des serres

Côté écologique, le raccourci serait vite pris pour pointer du doigt la fleur qui pousse le plus loin. Ce n’est cependant pas si simple. Prenez les roses, par exemple, reines incontestées du marché en France. Une étude britannique a calculé les bilans carbone de la rose néerlandaise et de son homologue kenyane. Résultat ? C’est l’Africaine qui pèse le moins lourd sur le climat. Une rose cultivée au pays du Kilimandjaro génère l’équivalent de 2,407 kg de CO2 contre 2,437 pour celle qui a poussé dans celui du gouda. Malgré le transport, son bilan est moindre.

Hélène Taquet, productrice et fondatrice du Collectif de la Fleur Française explique en effet que « Au Kenya, les exploitations sont dans les montagnes qui disposent du climat parfait, toute l’année, pour les roses. » A contrario, les Pays-Bas utilisent des serres et de l’énergie pour les chauffer l’hiver. À la fin, un bouquet de 25 roses émet tout de même l’équivalent en CO2 d’un aller-retour Paris-Londres en avion… Une telle quantité d’émissions de gaz à effet de serre en gâche un peu le parfum.

Un univers pas toujours rose

« La fraîcheur des fleurs qui viennent de loin est aussi problématique. Coupées jusqu’à une dizaine de jours avant, celles qui viennent de Colombie sont forcément moins fraîches que si elles avaient été cueillies en France. Elles dureront moins longtemps« , ajoute la productrice. La floricultrice dénonce également une standardisation de l’offre. Seuls les végétaux capables de supporter le voyage se retrouvent entre nos murs. Enfin, dans ces lointaines contrées, la réglementation sur les produits sanitaires n’est pas la même qu’en Europe. Des pesticides interdits sur notre continent peuvent être utilisés dans les pays producteurs au détriment de l’environnement. Et des ouvriers. Car la production de fleurs à l’étranger pose un autre souci. Éthique, celui-là. La protection des ouvriers agricoles n’est pas toujours la priorité de la plupart des propriétaires de l’autre bout du monde. Les conditions de travail sont éprouvantes pour une main-d’œuvre sans équipement pour se protéger de pesticides nocifs pour la santé, sans droits syndicaux et rémunérée avec des salaires de misère.

Des fleurs du cru

Ces fleurs venues d’ailleurs posent également des problèmes socio-économiques en France. La filière horticole ne se porte pas au mieux. « Nous avons conscience que c’est une culture que l’on a complètement perdue en France. C’est dommage parce que cela crée beaucoup d’emplois dans les communes rurales », regrette Hélène Taquet qui assure que les revenus générés pour une surface d’un hectare et demi peuvent faire vivre une famille et trois salariés. La floricultrice a créé le Collectif de la fleur française en 2017 pour promouvoir la fleur hexagonale et revitaliser le secteur.

Les adhérents – composés pour moitié de producteurs et pour moitié de fleuristes – doivent s’engager à privilégier les fleurs françaises, si possible locales, à hauteur de 50 % minimum pour pouvoir afficher le logo de l’association. Le Collectif a lancé le 27 juin de cette année « La journée de la fleur française ». Durant cet événement, les professionnels ont réalisé des actions de promotion, comme le dépôt de mille bouquets dans des lieux publics avec un message sur les fleurs cultivées en France.

Un autre label garantit la provenance hexagonale des fleurs coupées. Il s’agit de « Fleurs de France » créé en 2014. « En 2019, le label s’est renforcé », indique Sylvie Robert, déléguée générale d’Excellence Végétale, l’association qui a la délégation de l’interprofession pour gérer l’appellation : « Il ne suffit pas d’être producteur en France. Il faut également être engagé dans une démarche de certification telle qu’Agriculture biologique (AB), Label Rouge, Plante Bleue ou encore MPS [qui vise à mesurer l’impact sur l’environnement des productions horticoles, N.D.L.R.]. » Hélène Taquet l’assure : « Une fleur française n’est pas plus chère, même si elle coûte plus cher à produire. Ceci en raison de la concurrence étrangère… » Comme pour les fruits et légumes, opter pour des lys ou des pivoines bleu blanc rouge, c’est faire une fleur pour la planète et l’économie locale.

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