Comment John Rambo est passé sur le divan d’un psychiatre de Lille

« C’est des malades. » Quel est le point commun entre John Rambo, Tony Soprano, Carrie Mathison ou encore Hannibal Lecter ? Bien sûr, tous sont des
personnages de fiction. Mais pour Christophe Debien, psychiatre au
Centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille, ils sont tous malades. Pas le petit rhume à papa, non, mais la bonne maladie mentale : dépression, bipolarité, schizophrénie… Passionné de cinéma et de séries, le médecin en a d’ailleurs fait un bouquin, Nos héros sont malades, dans lequel il invite le lecteur à plonger dans la psyché de ces personnages que l’on ne regardera plus jamais du même œil.

Dans une autre vie, Christophe Debien était Marseillais. Ce médecin psychiatre de 52 ans est arrivé à Lille il y a 26 ans et n’a jamais souhaité en repartir. C’est d’ailleurs lorsqu’il a débarqué ici que l’envie d’écrire a commencé à le chatouiller. Une envie qui se concrétisera dans un roman policier intitulé L’affaire du boucher du Vieux-Lille, publié en 2007.

« Apprendre la psychiatrie au travers de séries ou de films est approprié »

En plus de son activité de psy, en cabinet, à l’hôpital ou au travers du réseau Vigilans pour la prévention du suicide, il a aussi monté une chaîne YouTube
Psylab. Il enseigne aussi, et c’est d’ailleurs de là qu’est venue l’idée de psychanalyser les héros de fiction. « Avec les étudiants, il faut toujours se renouveler dans la façon d’enseigner. Je trouve qu’apprendre la psychiatrie au travers de séries ou de films est approprié, d’autant que c’est un sujet récurrent depuis les débuts du cinéma », explique le médecin.

L’homme est une véritable encyclopédie du petit et du grand écran. Sauf que pour éviter de publier un livre de 2.000 pages, il a dû trancher. « Il fallait de la subtilité pour choisir les films. Je me suis attardé à ceux dans lesquels il y avait une intention de montrer de la psychiatrie parce que ma volonté n’est pas d’interpréter mais d’expliquer les maladies des personnages », poursuit-il. L’un de ses héros préférés, présent dans le livre, est Carrie Mathison, l’espionne de la série Homeland. « Le tableau clinique de la maladie dont souffre le personnage, la bipolarité, est très pertinent. Cela montre aussi que l’on peut faire quelque chose d’intéressant de sa vie, comme agent de la CIA, tout en souffrant d’un trouble mental », insiste Christophe Debien.

Tous les héros ont un truc qui cloche

Hormis le fait qu’il déglingue tout ce qui bouge, John Rambo traîne un « syndrome post-traumatique qui fait de lui ce qu’il est » et dont beaucoup de soldats, notamment ceux revenus de la guerre du Vietnam, souffrent aussi. Le mafieux Tony Soprano est l’exemple prouvant que « la dépression peut toucher tout le monde et qu’il ne s’agit pas d’une question de force ou de faiblesse », souligne le psychiatre.

Des comme ça, il en a des brouettes entières, parce que tous les héros ont finalement un truc qui cloche : « Pour faire des histoires, il faut qu’il y ait des obstacles. La maladie mentale est de plus en plus exploitée parce que les gens ont envie de savoir ce que c’est vraiment, en dehors des clichés », assure l’auteur.

Nos héros sont malades, sortie le 23 septembre aux éditions humenSciences (20 euros, 192 pages).

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