Covid-19 : comment le virus affecterait notre cerveau

Parmi les séquelles considérées comme sévères ou inquiétantes de la Covid-19, les atteintes au niveau du cerveau comptent probablement parmi les plus mystérieuses. Les chercheurs se sont alors penchés sur ces anomalies et ont étudiés les possibles séquelles cérébrales que le virus pourrait laisser.

Une vieillesse accélérée du cerveau  

Une étude pré-publiée le 21 octobre 2020 sur le site Medrxiv et dirigée par Adam Hamshire, médecin de l’Imperial College London, a analysé les résultats de tests cognitifs de 84 285 personnes ayant contracté la Covid-19.

Ces tests, utilisés notamment pour vérifier les performances de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, évaluent la capacité à résoudre des problèmes, à focaliser son attention et à gérer ses émotions.

Les résultats ont démontré que les individus ayant eu la Covid-19 ont de moins bonnes performances que ceux n’ayant pas été infectés.

Pire, les personnes ayant eu une forme grave de la maladie présentaient des impacts cognitifs “équivalents à une baisse moyenne de dix ans de leur performance globale, entre les âges de 20 ans et 70 ans”, peut-on lire.

Une seconde étude, publiée dans Seizure : European Journal of Epilepsy le 18 octobre 2020 a quant à elle analysé plus de 80 articles scientifiques portant sur des patients guéris du coronavirus. Sur les 617 patients, près d’un tiers présentait des anomalies cérébrales.

Les scanners électroencéphalogramme (EEG) des patients ont montré tout un éventail d’anomalies dans l’activité cérébrale, y compris certains schémas rythmiques et des pics d’activité de type épileptique. La plus couramment observée était un ralentissement diffus, c’est-à-dire un ralentissement global des ondes cérébrales, qui indique un dysfonctionnement général de l’activité cérébrale.

Dans le cas de la Covid-19, ce dysfonctionnement pourrait être le résultat d’une inflammation généralisée, car le corps augmente sa réponse immunitaire, ou éventuellement d’une réduction du flux sanguin vers le cerveau, si le cœur et les poumons sont affaiblis.

Quant aux effets localisés, un tiers de toutes les anomalies détectées l’ont été dans le lobe frontal, la partie du cerveau qui gère les tâches de pensée exécutive, telles que le raisonnement logique et la prise de décision. Le lobe frontal nous aide également à réguler nos émotions, à contrôler notre comportement et est impliqué dans l’apprentissage et l’attention.

“Avant, nous ne savions pas si c’était une coïncidence, mais maintenant nous pouvons dire avec confiance qu’il y a un lien”, expliquait, Zulfi Haneef, professeur assistant en neurologie au Baylor College of Medecine et co-auteur de l’étude, le 29 octobre 2020 à The Wire Science.

Des dommages irréversibles

Si les neurologues ne savent pas encore expliquer la raison qui entraîne ces anomalies, ils s’inquiètent car les dommages pourraient être irréversibles.

“Beaucoup de personnes pensent qu’ils vont tomber malade, aller mieux et que tout reviendra à la normale, mais ces découvertes nous disent qu’il pourrait y avoir des implications à long terme”, rappelle le Dr Zulfi Haneef.

“Les symptômes neurologiques sont de plus en plus effrayants”, affirme par ailleurs Alysson Muotri, chercheuse à l’université de Californie (Etats-Unis) dans la revue Nature le 15 septembre 2020.

La liste des effets secondaires du coronavirus compte désormais des accidents vasculaires cérébraux, des hémorragies cérébrales et des amnésies. Il n’est pas rare que des maladies graves aient de tels effets, mais l’ampleur de la pandémie de Covid-19 signifie que des milliers, voire des dizaines de milliers d’individus pourraient déjà présenter ces symptômes qui, chez certains, pourraient devenir chroniques.

“Une autre observation intéressante était que l’âge moyen des personnes touchées était de 61 ans, un tiers étaient des femmes et deux tiers des hommes. Cela suggère que l’implication cérébrale du Covid-19 pourrait être plus fréquente chez les hommes plus âgés”, note le médecin et co-auteur de l’étude.

De nouvelles études devront donc être menées pour confirmer les hypothèses des scientifiques.

Quelle prévalence ?

Les scientifiques ignorent à quel point ces effets neurologiques sont fréquents. Une étude a estimé leur prévalence en utilisant des données provenant d’autres coronavirus.

Les symptômes affectant le système nerveux central sont apparus chez au moins 0,04 % et 0,2 % des personnes atteintes respectivement du SRAS et du MERS. Avec désormais 36 millions de cas confirmés de Covid-19 dans le monde, on en déduit qu’entre 15  000 et 70  000 personnes ont pour l’heure été concernées par des complications neurologiques.

Cependant, un problème majeur dans le dénombrement des cas réside dans le fait que les études cliniques se concentrent généralement sur les personnes atteintes du Covid-19 hospitalisées, souvent en soins intensifs. La prévalence des symptômes neurologiques dans ce groupe pourrait être “supérieure à 50 %”, selon Fernanda De Felice, de l’université fédérale de Rio de Janeiro (Brésil) dans la revue Nature.

De plus, les informations sur les patients qui ont eu une maladie légère ou asymptomatique manquent. Ce déficit de données complique l’estimation de la fréquence des dommages cérébraux.

  • Quelles séquelles la Covid-19 laisse-t-elle après son passage ?
  • Transmission de la Covid-19 et effets chez les enfants : ce que l’on sait

Source: Lire L’Article Complet