Covid-19 : pourquoi des Français non prioritaires parviennent à se faire vacciner

Certains Français qui ne sont ni âgés de plus de 50 ans, ni professionnels de santé, ni atteints de comorbidités, ont tout de même pu se faire vacciner contre la Covid-19. Comment expliquer ce phénomène ? On fait le point.

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La campagne de vaccination contre la Covid-19 a débuté en décembre dernier dans les Ehpad et les unités de soins de longue durée (USLD). Les professionnels de santé travaillant dans ces établissements et présentant un risque de forme grave ont également pu bénéficier du vaccin. La vaccination a ensuite été élargie aux personnes âgées de 75 ans ou plus, puis aux personnes de plus de 50 ans souffrant de comorbidités. Ces dernières peuvent désormais se faire vacciner chez leur médecin généraliste avec le sérum AstraZeneca.

Malgré ces consignes bien précises, certains Français âgés de moins de 50 ans, qui ne sont ni professionnels de santé, ni atteints de comorbidités, ont cependant pu se faire vacciner. Comment expliquer ce phénomène ?

Covid-19 : la question des critères de vaccination

Certains professionnels de santé expliquent que si certains parviennent à passer entre les mailles du filet, ce serait notamment à cause d’une confusion au niveau des critères de vaccination. “Sur Doctolib, les consignes sont précisées lors de la prise de rendez-vous. Une ordonnance est ensuite en théorie obligatoire mais le problème est qu’il y a un certain flou au niveau des critères. Ce n’est pas toujours clairement défini”, indique au Parisien Jonathan Favre, médecin généraliste à Villeneuve-d’Ascq (Nord).

Pour rappel, en plus du critère de l’âge, un certain nombre de pathologies sont considérées comme prioritaires pour la vaccination contre la Covid-19. Cette liste comprend les personnes :

  • atteintes de cancers et de maladies hématologiques malignes en cours de traitement par chimiothérapie ;
  • atteintes de maladies rénales chroniques sévères, dont les patients dialysés ;
  • transplantées d’organes solides ;
  • transplantées par allogreffe de cellules souches hématopoïétiques ;
  • atteintes de poly-pathologies chroniques et présentant au moins deux insuffisances d’organes ;
  • atteintes de certaines maladies rares et particulièrement à risque en cas d’infection ;
  • atteintes de trisomie 21.

La volonté de ne pas gaspiller les doses de vaccin restantes

Si des personnes non prioritaires parviennent à se faire vacciner contre la Covid-19, c’est aussi pour éviter le gaspillage. On le sait : les médecins généralistes doivent commander leurs doses de vaccin AstraZeneca en pharmacie et organiser leurs rendez-vous en amont de sorte à éviter les pertes. S’ils transportent les doses du vaccin à température ambiante, ils doivent administrer le sérum à leurs patients dans les 6 heures qui suivent le retrait, et s’ils maintiennent la chaîne du froid, ils peuvent programmer les vaccinations sur 48 heures. Un patient qui annule son rendez-vous peut donc bouleverser cette organisation.

C’est la raison pour laquelle des personnes non prioritaires se verraient proposer la vaccination. Sur RMC/BFMTV, Pierre, 34 ans, a reçu un appel de son médecin : “C’était sa dernière dose, une personne avait annulé alors c’était soit moi soit la poubelle donc je me suis dit ‘pourquoi pas'”, raconte-t-il.

Olivier Véran recommande néanmoins d’attribuer ce surplus de doses à des personnes vulnérables : “Vous pouvez faire confiance aux gens, qu’ils soient médecins, pharmaciens, infirmiers: quand il reste une dose dans les flacons, ils trouvent qui vacciner, de préférence évidemment des personnes qui sont dans la cible, mais la règle d’or c’est de ne jamais jeter du vaccin quand on peut vacciner quelqu’un”, a expliqué le ministre de la Santé jeudi 4 mars lors d’une conférence de presse.

Vaccin contre la Covid-19 : les limites de la prise de rendez-vous en ligne ?

L’administration du vaccin anti-Covid à certaines personnes ne rentrant pas dans les critères de vaccination serait aussi due au système de prise de rendez-vous en ligne. “Il n’y a pas de moyen de le contrôler sur les plateformes d’inscription en ligne, car cela poserait le problème du secret médical. Tout est déclaratif”, explique au HuffPost Luc Dusquenel, médecin généraliste et président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

Une fois sur place, les patients doivent normalement fournir la preuve qu’ils entrent dans les critères d’éligibilité à la vaccination. Mais dans les faits, cette vérification ne serait pas si évidente, comme l’explique au HuffPost Anne-Laure Bonis, médecin généraliste et présidente du syndicat MG France. “Nous n’avons pas le temps de faire de la pédagogie une fois qu’ils sont face à nous, l’épluchage devrait être fait avant. Or les plateformes en ligne ne sont pas un outil adapté pour le faire”, précise-t-elle.

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