De l'art d'accommoder le culte « Drag Race » à la sauce française

  • Le premier épisode de Drag Race France sera mis en ligne samedi 25 juin à 20 h sur France TV Slash. Il sera diffusé exceptionnellement le même soir, à 23h25, sur France 2.
  • Drag Race France est l’adaptation tricolore de RuPaul’s Drag Race, une compétition de drag-queens lancée aux Etats-Unis en 2009, et qui est une émission culte au sein de la communauté LGBTQ+ (lesbienne, gay, bi, trans, queer) du monde entier.
  • Tout en respectant le côté « drôle et engagé » du concept, et le cahier des charges assez strict, la production a cherché à apporter une touche française à ce programme.

« Je dis souvent qu’on a acheté la recette du hamburger et qu’on l’a faite avec du pan bagnat et du foie gras », rigole Raphaël Cioffi. C’est lui qui, à partir de la franchise américaine culte RuPaul’s Drag Race lancée en 2009, a mitonné Drag Race France. Le premier épisode sera disponible samedi à 20h sur France TV Slash et diffusé à 23h25 sur France 2. Au menu de cette compétition de drag-queens : « un condensé de culture queer, de répartie qui claque, d’humour et de séquences permettant d’aborder des problématiques plus sérieuses », résume Nicolas Missoffe, producteur chez Endemol.

Concrètement, les candidates se prêtent à des défis leur permettant de démontrer leur créativité, leur sens de l’humour, de la comédie et de la mode, et tous leurs autres talents. Au delà du divertissement, l’émission fait office de tribune pour les voix LGBTQ+ (lesbiennes, gays, bi, trans, queer) : les reines prennent le temps de se confier sur leurs parcours, leurs vécus et leurs engagements…

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La communauté LGBTQ + représentée « comme une fête »

Raphaël Cioffi se souvient très bien de sa découverte du concept Drag Race, il y a six ans : « J’ai vraiment eu un choc, c’était la première fois que je voyais ma communauté représentée comme ça, comme une fête. » Celui qui fut auteur des sketches de Catherine et Liliane et du Fashion Freak Show de Jean Paul Gaultier a immédiatement eu envie d’adapter le programme en France en respectant son essence : « prendre la parole de façon créative, sans s’excuser de qui on est, et célébrer qui on est ».

Hors de question de faire des concessions en lissant les aspérités. « C’était la condition. Quand je suis allé voir Endemol et France Télévisions, j’ai rencontré des amplificateurs, c’est à dire que, au lieu d’expliquer ce qu’il fallait faire et comment, ils ont parfaitement compris ce que cela impliquait et ils se sont battus pour le faire. » « C’est un travail de passionnés, qui sont arrivés avec un vrai regard, confirme Alexandra Redde-Amiel, la directrice des divertissements de France Télévisions. Pour adapter une émission aussi puissante que celle-là, il fallait avoir les bonnes équipes, au bon moment, avec le bon casting. »

« Les Américains ont adoré ce qu’on leur a proposé »

Restait à accommoder cet esprit « drôle et engagé » à la sauce française, tout en sachant que les producteurs américains imposent un cahier des charges strict. Impossible d’inventer de nouvelles règles ou de renverser complètement les codes visuels qui rendent l’univers Drag Race reconnaissable au premier coup d’œil. « Il fallait par exemple que l’Atelier [la salle où les candidates se préparent] soit rose, mais qu’on sache tout de suite qu’on est en France, d’où le côté château de Versailles, illustre Nicolas Missoffre. Les Américains ont adoré ce qu’on leur a proposé, ils n’ont demandé aucun changement. » Preuve de cette francophilie : Drag Race France est la seule, parmi la dizaine d’adaptations internationales existantes, à avoir eu l’autorisation de modifier le logo – l’un des « a » apparaît sous la forme d’une Tour Eiffel stylisée…

La même confiance a été de mise pour la francisation des expressions emblématiques de l’émission. « Venant de New York, je m’attendais à réutiliser le jargon, ce qui fait l’essence de notre culture drag. Raph’ m’a dit : « Tu ne penses pas qu’on emprunte les codes américains par déficit de culture française drag ? » Cela m’a fait réfléchir, avance la Française Nicky Doll qui, après avoir participé à la saison 12 de RuPaul’s Drag Race, anime Drag Race France. Il était de notre devoir, en offrant une opportunité comme celle-ci pour nos reines, de créer un vocabulaire pour elles et le public qui les découvre. On a mis du cœur à créer nos propres expressions. » Comment a été traduit l’iconique « condragulation » – contraction de « congratulation » et « drag » ? Suspense… On ne le découvrira qu’au moment de la diffusion. Une certitude : ce ne sera pas « félicidragtion ».

« La culture du cabaret et des effeuillages… »

Les dix candidates, elles, applaudissent. « Ce champ lexical en français nous manquait. L’utiliser est devenu presque naturel », confirme Kam Hugh. « La culture drag est anglo-saxonne, notre culture à nous est issue du cabaret, de Chez Michou, des effeuillages… », rappelle Paloma. Drag Race France ne manquera pas une occasion d’honorer la culture populaire tricolore. L’épreuve du lip sync – une performance en playback pour départager les deux reines risquant l’élimination à la fin de chaque épisode – se déroulera sur des chansons francophones, tandis que, lors des défis, les textes de Dalida ou Juliette Armanet, entre autres, seront convoqués.

« C’est important de s’adapter, affirme la Bordelaise Elips. Copier la version US en reprenant les mêmes chansons pop que tout le monde connaît, ça aurait moins de saveur. » « Lady Gaga, on l’a déjà assez entendue dans d’autres Drag Race », cingle Soa de Muse. « On a des super textes, de la super musique. Je suis très fière de savoir qu’on va contribuer à exporter la musique française », embraye La Briochée rappelant qu’Aya Nakamura est aujourd’hui l’une des artistes francophones les plus écoutées à l’international. Que le monde entier se prépare à savourer ces sons entre deux bouchées de pan bagnat.

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