Doria à la conquête du rap français avec son premier album

  • Le 25 juin, Doria a sorti son premier album Dès le départ.
  • La rappeuse de Nanterre est l’une des révélations de l’année, après s’être fait remarquer grâce à des titres comme Pochtar ou Tempo.
  • L’obstination est l’une des marques de fabrique de cette travailleuse acharnée.

Doria est de ces artistes qui en une fraction de seconde, parviennent à vous happer dans leurs mondes. A peine la piste lancée, sa voix légèrement éraillée débarque en trombe, pose en une phrase le décor et vous entraîne grâce à son flow haut débit. Un rap brut et énervé, émouvant et spontané, à l’image de la jeune femme de 24 ans que nous rencontrons courant juin pour la sortie de son premier album, Dès le départ, désormais disponible.

Tout sourire et bavarde, Doria présente avec joie l’aboutissement de plusieurs années de travail, un projet qu’elle qualifie de « fresque chronologique » [sic]. « Il retrace mon parcours, musical, mais aussi celui de ma vie. Il y a mes échecs, mes réussites, tout ce que j’ai accompli et tout ce que j’ai raté », explique-t-elle. Il y renferme aussi tous ses efforts et une détermination sans failles à faire entendre sa voix. Un cocktail plein de promesses pour celle que certains médias surnomment déjà la « future patronne du rap ».

Entre rap et chant

Si l’on parle beaucoup d’elle en ce début d’été, Doria n’est pas apparue subitement en un claquement de doigts. Les amateurs de rap la connaissent depuis plusieurs mois déjà, grâce à ses freestyles dans sa voiture ou son feat remarqué avec Jul à l’été 2020 (Toi-même tu sais sur l’album La machine). D’autres l’ont découvert à travers des premiers succès perso comme le percutant Pochtar, qui a signé une petite étape dans sa carrière. « Il a marqué beaucoup de monde, en termes de lyrics c’est assez cru, dans le deuxième couplet il y a un gros mot, ça choque les gens qu’une nana dise ça. C’est passé avec certains mais ça a cassé avec d’autres pour la vulgarité », précise-t-elle, sans pour autant s’en soucier outre mesure. Doria est une fille à « la tête dure » qui « déteste les règles » dixit les paroles de Tempo. Elle avance sans se poser de questions et assume un caractère bien trempé et un flow nerveux.

Un rap qui semble couler de source, mais qui est pourtant le fruit d’un changement de cap. « Au départ je chantais, j’étais dans du r’n’b, dans un style musical plus doux », explique-t-elle. A l’âge de 15 ans, inscrite par une amie dans un concours de chant à Nanterre, sa ville, elle s’illustre d’ailleurs en remportant la première place. Mais c’est finalement vers un autre registre qu’elle choisit de se tourner quelques années plus tard. « Naturellement je me suis dirigée vers du rap, des sonorités un petit peu plus sombres », dit-elle.

Deux facettes bien présentes sur ce premier album, où le chant reprend parfois le dessus, comme dans les titres plus mélodiques Donne moi la main ou Goodbye. « Même si les musiques n’ont pas les mêmes sonorités, de la soul, du r’n’b, du rap… Ça reste quand même moi et c’est cette empreinte qui m’intéresse. Même si c’est un piano voix ou si c’est de la trap, ça reste Doria », assure-t-elle.

Une bosseuse obstinée

Comme dans un journal de bord, l’artiste y relate son quotidien, fait de victoires, de trahisons parfois, et de galères. Elle dévoile avec pudeur ses états d’âme et ses blessures anciennes au détour d’une phrase, comme les séquelles d’un premier amour violent et toxique. Par touches ici et là, elle aborde également la question de la grossophobie, dont elle a été victime plus jeune. « Je pense vraiment que c’est un gros problème en France. J’en ai été victime à l’école, dans mon travail, quand j’en cherchais, lors de mes entretiens d’embauche… Il y a trop de situations où les gens ne s’en rendent pas compte », déplore la jeune femme, tout en affirmant être sorti grandie de ces épreuves.

Et c’est bien la ténacité qui marque profondément le parcours de Doria. En toile de fond de la plupart de ces chansons se révèlent une remarquable obstination et ses efforts acharnés pour se faire une place. « Je crois que c’est un de mes traits de caractère d’être déterminée, reconnait-elle. Le travail est l’un des trucs où il faut être à 100 % selon moi. C’est primordial pour moi de bosser. Je ne peux pas rester chez moi à rien faire, je suis obligée de faire quelque chose, de bouger, d’aller travailler ». « En vrai on n’entend pas souvent ce discours dans les textes de rap, on entend plus “je suis posé, je suis là et l’argent vient à moi”. Mais ce n’est pas vrai ! Moi je ne suis jamais restée posée en bas de chez moi et j’y ai trouvé de l’argent ! Jamais ! Si quelqu’un a la recette je la veux bien ! », s’amuse-t-elle.

Une bosseuse en quête de gloire et de fortune ? Plutôt une reconnaissance de son travail. « J’ai envie que ma musique soit connue, même si je pouvais ne pas avoir de visage, de corps mais juste ma voix, ça m’irait aussi bien. Moi c’est la musique qui me fait kiffer ! », explique-t-elle. Et Doria semble très bien partie pour cela.

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