Drag-king, l'art de faire mâle

  • Alors que Drag Race France, émission culte de compétition de drag-queens, vient d’être lancée sur France Télévisions, 20 Minutes en profite pour faire un tour d’horizon de cette pratique artistique ancienne et méconnue.
  • Histoire, retentissement politique, grandes figures et petites histoires, cette série d’articles est l’occasion de mieux connaître cet univers.
  • Aujourd’hui, nous vous présentons la scène drag… kings… Ces artistes, qui caricaturent le genre masculin à travers des spectacles engagés critiquant les inégalités femmes-hommes et les LGBTphobies, souvent invisibilisés des médias.

Des moustaches savamment dessinées, un costume trois pièces, le torse bombé et les mains dans les poches : la scène transpire la testostérone. Du gentleman tiré à quatre épingles au sportif bodybuildé en passant par le macho fan de tuning, assister à un show drag-kings est l’assurance de voir défiler diverses figures masculines plus ou moins cliché.

« On prend les attributs d’un genre pour le caricaturer, en explorer les codes, s’en moquer pour des représentations scéniques » ajoute Jésus La Vidange, drag-kings et musicien. Alors que les drag-queens sont de plus en plus présentes dans les médias traditionnels, leurs confrères drag-kings souffrent d’une moindre visibilité.

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Se grimer au masculin n’est pourtant pas une pratique nouvelle : comme les drag-queens, on en retrouve des traces au XIXe siècle avec les « male impersonators » (imitateurs masculins en français), un terme qui désignait les femmes qui s’habillaient en hommes. Des figures comme Annie Hindle ou Hetty King, surnommée « Queen of the kings » [«la reine des rois »] firent le succès des théâtres et music-halls du XIXe et du début du XXe siècle.

C’est au début des années 1990 que la pratique du drag-kings se popularisera dans les bars underground new-yorkais et londoniens. Désormais, quand on parle de drag-kings, on parle d’une « personne qui va incarner le genre masculin sur scène », comme le précise Thomas Occhio, drag-kings : l’identité de genre ou l’orientation sexuelle n’ont rien à voir avec cette pratique et on retrouve des performeurs et performeuses de tous horizons.

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« J’ai réalisé que si je voulais ma place, il fallait que je la fasse moi-même »

Jésus La Vidange a commencé le drag-kings il y a neuf ans, en fréquentant le milieu burlesque et inspiré par RuPaul’s Drag Race. « Je me suis rendu compte de tout ce qu’on pouvait faire avec, que ça peut englober plein de choses » se souvient-il. Thomas Occhio, de son côté, est arrivé au drag il y a sept ans par le burlesque et l’effeuillage. « J’avais un numéro solo où j’arrivais en homme sur scène, où je me déshabillais pour me rhabiller de manière féminine. C’était un discours militant et féministe pour aller contre l’idée que si on voulait réussir en tant que femme, on devait se comporter comme un mec », souligne-t-il.

Jésus La Vidange et Thomas Occhio tentent de rassembler autour d’eux. « Il y a neuf ans, il n’y avait pas beaucoup de soirées drag-kings, et j’ai réalisé que si je voulais ma place, il fallait que je la fasse moi-même », raconte le premier. En 2019, les deux artistes ont créé la Kings Factory regroupant des ateliers pour apprendre le king et des scènes ouvertes pour les débutants à Paris. « Moi, ça m’a donné la confiance que je n’ai pas forcément dans ma vie personnelle ! Je n’aime pas les grosses soirées où il y a beaucoup de monde : en étant sur scène, tu peux participer sans être dans la foule » ajoute Jésus La Vidange.

Avec la Kings Factory, Thomas Occhio affirme avoir « vraiment vu la différence » : « Cela a permis à pleins de personnes qui n’osaient pas se lancer de pouvoir tenter des trucs. C’est un vrai espace d’expression, et une fois qu’on a ouvert les vannes, on a vu débarquer pleins de bébés kings [des personnes faisant leurs premiers pas dans la discipline] ».

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Des shows politiques face à l’invisibilisation

Dans leurs spectacles, les drags-kings explorent, par la caricature des masculinités, des questions politiques : lutte contre le patriarcat, inégalités femmes-hommes, misogynie, transphobie… « On va aller taper sur des sujets plus politiques, qui sont peu abordés dans le divertissement », explique Thomas Occhio. « On a une image qui est moins lisse, moins paillettes que les drag-queens », souris Jésus La Vidange, qui incarne un personnage de « rockeur débarqué de sa campagne, un peu macho, mais qui essaye de se remettre en question ». Via son double scénique, Thomas, lui, « joue sur l’ambiguïté », pour que le public « se pose la question de ce qui relève du masculin et du féminin ». Une manière de pousser la réflexion sur nos stéréotypes de genre.

Des stéréotypes de genre qui font que les drags-kings sont davantage invisibilisés sur la scène drag. « La majeure partie des drags-king ont été assignés femmes à la naissance, et il y a un schéma patriarcal qui se retrouve là-dedans. Et puis, on a l’impression que c’est plus politiquement correct de se moquer des femmes que des hommes », lance Thomas Occhio.

Les femmes, les personnes trans et non-binaires qui font du king se retrouvent donc plus souvent dans l’ombre des drag-queens. « On souffre d’un manque de moyens pour se visibiliser : ça demande de l’investissement, et malgré la visibilité, on a moins de bookings, témoigne Jésus La Vidange. Avec les années, j’ai appris que le mieux c’est de faire soi-même ses soirées, même si c’est chouette d’être soutenu. »

Des drags kings dans « Drag Race France »

Malgré tout, de plus en plus de passerelles se font entre kings et queens : le nombre de drag-kings augmente, des collectifs et des scènes se créent aux six coins de la France. A la dernière Marche des fiertés parisienne, drag-queens et kings se mêlaient sur les chars et sur le podium de la Place de la République. « On a tous à y gagner, à s’entraider dans nos communautés, et à se mélanger », insiste Thomas Occhio.

Jeudi, le deuxième épisode de Drag Race France, a convié trois kings, dont Jésus La Vidange, pour entourer les candidates sur la scène rock du mini-défi. Une première dans toute l’histoire de la franchise. Un signe de démocratisation ?

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« Je pense que c’est un bon signal, mais je ne me fais pas trop d’illusions non plus. C’est bien d’avoir pensé à nous, mais il faut que ce soit suivi de faits : ce serait bien que les organisateurs de soirées, les agents, les managers s’occupent de nous ! », développe Jésus La Vidange.

Pour Thomas, la présence de drag kings dans cette émission est une bonne chose, mais il redoutait « le retour des réseaux » : « Pour certains, ce n’est pas vraiment du drag, les gens sont moins habitués à voir ce type de programme. » A moins que ce deuxième épisode ait provoqué des envies… Et des vocations.

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