Egalité fille-garçon : comment déconstruire les stéréotypes dès la crèche ?

Lutter contre les stéréotypes dès le plus jeune âge est essentiel pour permettre aux enfants de grandir sur un même pied d’égalité. Choix des jeux et couleurs, émotions, formation des professionnels de la petite enfance… Passage en revue des propositions faites lors d’une table ronde ce 8 mars, à la crèche Bellevue à Paris, en présence d’Adrien Taquet.

Des stéréotypes ancrés avant même la naissance de l’enfant

Marilou, formatrice sur l‘égalité filles et garçons dès la petite enfance chez Artémisia, rappelle que ces stéréotypes de genre débutent avant même la naissance de l’enfant.  “Il y a une projection différenciée dès lors que l’on apprend le sexe du bébé“. Les futurs parents ont en effet tendance à s’imaginer jouer aux poupées avec leur petite princesse, ou au football avec leur petit garçon. Quant à la chambre du bébé, on commence déjà à choisir la couleur ou le papier peint, mais aussi les body pour la naissance, les articles de puériculture, etc. “Certains produits différenciés incitent souvent les parents à choisir en fonction du sexe de leur enfant, précise Marilou. En outre, les parents qui choisissent des couleurs neutres sont souvent ceux qui n’ont pas demandé s’il s’agissait d’une fille ou d’un garçon, ajoute Benjamine Roche, directrice de Crescendo, l’association du Groupe SOS, qui assure le développement et la gestion d’établissements d’accueil de jeunes enfants. Enfin, à la maternité, on retrouve des cadeaux de naissance aux couleurs bleues ou roses, pour souhaiter la bienvenue aux bébés.

Quelles conséquences ont les stéréotypes de genre sur les enfants ?

Certaines expériences psycho-sociales ont montré que les qualificatifs utilisés pour s’adresser à un bébé diffèrent selon le sexe : “Qu’elle est jolie, belle, douce, gentille, mignonne, elle a des traits fins” pour une fille, “qu’il est grand, fort, il a du caractère” pour un garçon. Même chose quant à l’interprétation des pleurs de bébé. Une fille qui pleure aurait besoin d’un câlin de sa maman, tandis qu’un garçon qui pleure aurait faim. L’éducation est donc souvent basée sur la transmission de normes et de stéréotypes qui ont un impact sur le développement des compétences de l’enfant. “Les filles sont davantage sollicitées au niveau du langage, de l’empathie, des émotions tandis que les garçons sont davantage stimulés intellectuellement et au niveau psychomoteur” précise Marilou. Des différences de traitements qui “créent des inégalités dès la petite enfance, notamment dans les occasions qu’on les enfants à s’exercer et à apprendre“. Pour Rebbeca Riès, directrice de l’association Le Furet (spécialisée dans la promotion de la diversité et de l’égalité des chances dès la petite enfance), “cette conséquence de stéréotypes de genre est l’assignation identitaire qui reproduit le monde qui l’entoure”. Dans une analyse, le sociologue Bernard Lahire parle “des limites du possible et du désirable“. Par conséquent, un enfant va comprendre qu’un déguisement n’est pas pour lui, qu’un métier ne lui sera pas facilement accessible. “Cela freine un potentiel dans sa construction propre, son épanouissement, mais aussi ses compétences psychosociales (ses rapports aux autres)”. A plus large échelle, les stéréotypes ont aussi des conséquences sur le choix d’orientation et des métiers à dominance féminine ou masculine.

Des stéréotypes encore présents à la crèche

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A la crèche, on constate qu’on demande à une petite fille de faire attention à la manière de se tenir, de ne pas montrer sa culotte par exemple si elle porte une jupe (plutôt que d’apprendre aux garçons à ne pas regarder sous les jupes des filles). En ce qui concerne les jouets, ils sont moins genrés à la crèche qu’à la maison : tous les types de jeux sont proposés de la même manière aux filles et aux garçons, mais inconsciemment, on va davantage présenter certains jeux d’imitation comme les poupées, les dînettes à des filles, et plus de jeux de construction à des garçons, constate Benjamine Roche. “On a tous notre propre éducation, mais on doit encore travailler sur ce point”, estime-t-elle. Au niveau du comportement, les attentes sont aussi différentes : “une petite fille en train de lire ou de jouer calmement à la poupée va moins surprendre qu’un petit garçon calme et posé. A l’inverse, si elles sont motrices, elles soulèveront plus d’inquiétudes”, précise la directrice de Crescendo. 

Quelles initiatives pour lutter contre les stéréotypes dès la petite enfance ?

  • Le Berceau de l’égalité est une initiative de l’association Le Furet, qui vise à favoriser l’ouverture envers les autres, le vivre-ensemble et lutte contre les stéréotypes dès le plus jeune âge, en accompagnant la perception des différences chez le tout-petit, sans hiérarchisation. Des mallettes pédagogiques sont ainsi proposées gratuitement aux professionnels de la petite enfance pour les accompagner dans leur pratiques quotidiennes auprès des enfants de moins de 3 ans, et même jusqu’à l’âge de 6 ans. Ces mallettes permettent de découvrir la diversité à travers les sens, les émotions, la musique, les mots et les histoires pour enfants.
  • Formation des professionnels de la petite enfance. Pour déconstruire ces codes genrés dès la crèche, le Groupe SOS lance un projet en lien avec les professionnels de la petite enfance et les familles. L’objectif : mieux observer et repérer ces inégalités entre filles et garçons dans des crèches pilotes, proposer des contenus pédagogiques adaptés (fiches pratiques, outils et bibliographies), prévenir les violences sexistes dès le plus jeune âge, favoriser le respect de l’autre et le vivre-ensemble, et élargir le champ des possibles des enfants en devenir. “Pour Crescendo, on a prévu de former 100% de nos professionnels à ce sujet et de l’intégrer à notre cursus obligatoire”, précise la Directrice générale Céline Legrain. 
  • Jeux, émotions, que faut-il changer ? La posture des professionnels face aux enfants, aux jeux qu’ils proposent et à la manière dont ils vont leur dire de se comporter est à améliorer et cela passe par la formation. “Il faut aussi apprendre aux garçons à pleurer, à exprimer leurs émotions”, nous confie Adrien Taquet. “Les professionnels doivent d’abord déconstruire les stéréotypes qu’ils ont appris dans leur propre expérience pour essayer d’adopter une nouvelle posture”, ajoute-t-il. 
  • Réforme de la petite enfance et charte de qualité du jeune enfant. Le 7e principe dédié à l’égalité filles-garçons devra, comme les 9 autres principes de la charte, être décliné dans les projets des crèches et plus généralement dans les pratiques de tous les professionnels de la petite enfance, dès l’entrée en vigueur de la réforme.
  • Le plan formation Egalité. La campagne de formation continue des professionnels de la petite enfance prévoit 7 modules, parmi lesquels la question des discriminations et des stéréotypes sera dédié. L’Etat a en effet créé un parcours national de formation à destination des professionnels de la petite enfance axé sur 7 thématiques prioritaires qui vont permettre aux professionnels de la petite enfance de disposer des outils nécessaires pour une prise en charge optimale de l’enfant avec comme ligne directrice la lutte contre la reproduction des inégalités : langage, arts et culture, alimentation et nature, accueil occasionnel, égalité filles garçons et accueil de la diversité, soutien à la parentalité et numérique.

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