Et si le coaching en développement personnel ne nous faisait pas vraiment du bien ?

  • Peu de résultats mais une immense culpabilité
  • Le leurre d’une transformation rapide
  • Le coaching, une reconversion à la mode

Trouver les 5 clés du bonheur, développer son féminin sacré, appliquer 22 protocoles pour se libérer émotionnellement, guérir ses 5 blessures émotionnelles, devenir son propre psy, découvrir les 4 secrets de l’abondance, rencontrer l’amour en 3 mois, oser être optimiste…

Voilà quelques promesses vendues par les livres de développement personnel, catégorie qui n’a jamais autant occupé les linéaires des librairies. Qui ne jugerait pas alléchant de trouver bonheur et épanouissement en quelques pages ?

Pourtant, la multiplication de ces ouvrages pose la question de leur efficacité. Dans son livre Développement (im)personnel. Le succès d’une imposture (Éd. de l’Observatoire), la philosophe Julia de Funès analyse sans complaisance le phénomène de ces « nouveaux guides d’égarement » : « Ces bibles d’épanouissement sont de véritables leurres intellectuels. »

Et si elles n’apportent pas l’aide qu’on y cherche, c’est notamment parce qu’elles nient la complexité de chacun•e.

Peu de résultats mais une immense culpabilité

Ces modes d’emplois oublient une chose fondamentale en s’adressant à tou•tes avec des solutions communes : nous avons chacun•e notre histoire personnelle, nos douleurs, nos croyances, nos blocages. Bien souvent, nous n’en avons pas conscience et ne savons pas d’où ils viennent.

« Certaines personnes ne comprennent pas pourquoi elles sont toujours en échec dans leur travail, dans leur vie amoureuse. D’autres pourquoi elles sont constamment en colère, ou triste. Elles veulent changer de vie mais n’y arrivent pas. Tout simplement parce qu’elles ont des freins liés à leur vécu. Or, ces livres ne les aident pas à creuser. Ils incitent à changer de comportement, ce que ces personnes n’arrivent justement pas à faire. » Le résultat ? Peu de solutions, mais de la culpabilité à ne pas réussir à évoluer.

« Ces livres ne sont utiles qu’à des personnes qui vont déjà bien », estime Lucie Arnulf, thérapeute en dynamique émotionnelle. Le sentiment de culpabilité et d’échec peut être d’autant plus lourd que les recettes semblent simples.

 « La volonté du lecteur est décrite comme un pouvoir absolu. L’épanouissement ne serait qu’une question de détermination. Ces ouvrages lui font croire que tout ne dépend plus que de lui et qu’il tient sa vie entre ses mains », note Julia de Funès.

Le leurre d’une transformation rapide

« Pour changer, il est important d’essayer d’arrêter de comprendre, de ne plus passer par l’intellect, mais de passer par le sentir et l’émotion. Or, les émotions qui nous empêchent d’avancer sont souvent si ancrées – elles peuvent remonter à la petite enfance – qu’elles ne sont pas conscientisées. Lorsqu’on trimballe avec soi un lourd bagage, le minimum à faire, si on veut transformer des choses dans sa vie, c’est d’être dans la relation humaine, face à un thérapeute. Cet autre vous entend, n’a pas peur de votre colère, de votre tristesse, il vous aide à l’identifier, à l’explorer. Il vous accompagne, et ça change tout. Quand on est seul•e face à un livre de “recettes”, on est dans une solitude terrible », souligne Lucie Arnulf.

Et on continue à stagner car ça ne se fait pas si facilement. L’idée de transformation « vite fait bien fait » est bien sûr tentante mais lorsque les blocages et blessures sont profonds, la rapidité n’est ni possible ni recommandée. D’ailleurs, comme le note Julie de Funès, le terme même de « développement » sous-entend une certaine durée, que balayent tous ces livres pour aller bien et se révéler à soi en un délai record : « Se développer, s’épanouir, accéder à soi-même prend du temps et s’inscrit dans une certaine temporalité. (…) Être soi ne va pas de soi ! »

Le coaching, une reconversion à la mode 

Si les livres ne sont pas les meilleurs outils pour nous aider à avancer, certains coachs, même s’ils créent un lien humain considérable, ne le sont pas non plus, par manque de sérieux, d’expérience – le métier de coach étant devenu « à la mode ».

Pour Julia de Funès, le coaching « est l’une des reconversions les plus valorisantes qui soient, car aucun sentiment désagréable d’échec ne l’accompagne. Le coach se trouve immédiatement placé dans une position de supériorité, de pouvoir, d’ascendant par rapport aux plus fragiles qu’il est supposé aider. (…) S’il ne vient à l’idée de personne de se faire opérer par un homéopathe, nombreux sont ceux qui laissent pourtant leur esprit entre les mains de coachs peu qualifiés. »

Et de recommander, lorsqu’on en ressent un vrai besoin, de faire plutôt confiance aux « “professionnels” de l’esprit humain ». Il n’y a en réalité aucune recette pratique pour modifier sa vie du tout au tout, c’est-à-dire pour évacuer de façon pérenne – et non masquer par un réflexe comportemental – une peur, une colère, un sentiment d’injustice, de dévalorisation, de manque d’amour… 

« C’est en allant visiter en profondeur les freins qui nous entravent, ces excès d’émotion qui nous impactent, que nous pouvons vraiment nous en libérer », assure Lucie Arnulf. Un vrai travail à faire consciencieusement, avec un•e psy ou un•e thérapeute spécialisé•e, qui n’est ni facile, ni confortable, ni aussi divertissant qu’un livre de développement personnel, mais qui porte ses fruits. Vraiment et durablement.

Article publié dans le magazine Marie Claire, hors-série Respirations HS07 – printemps-été 2022

Source: Lire L’Article Complet