"Je n'ai jamais été aussi sincère" : Izïa s’émancipe avec son cinquième album, "La vitesse"

Auteure, compositrice, interprète, musicienne et actrice, Izïa a posé ses premières voix avec son père, Jacques Higelin, sous le regard bienveillant de sa mère, la danseuse et chanteuse tunisienne Aziza Zakine. La musique a donc toujours fait partie de sa vie. De ses parents, elle a hérité des mots et de cette qualité rare qu’est la liberté. Elle sort son cinquième album, La vitesse.

franceinfo : Vous faites-vous enfin confiance ?

Izïa : Oui. La réponse est oui !

C’est important de prendre le temps justement pour trouver son chemin, pour savoir où on se sent le mieux ?

Je pense qu’à chaque album, j’avais trouvé mon chemin à ce moment-là. Un album pour moi, c’est vraiment une photo dans le temps d’une période. Il se trouve que maintenant, j’ai quinze ans de carrière derrière moi et quand j’ai commencé, j’avais quinze ans. Je me suis forcément cherchée, comme tout le monde, sur la route de la vie, mais en tout cas mon chemin en tant qu’artiste, musicienne, auteure, là, je l’affine.

Il est question de votre père dans cet album. C’est vrai que c’est une déclaration d’amour à ce qu’il vous a laissé, transmis, donné. Je voudrais qu’on parle de la chanson Royale, un besoin d’écrire pour vous adresser directement à lui.

C’est quelque chose que j’avais envie vraiment de lui adresser. C’est une chanson qui raconte la genèse de notre amour inconditionnel absolu. Et ce moment, où, on s’est « séparés », mais comme un père, comme quelqu’un qui doit laisser son enfant s’envoler, à un moment. Alors, on ne s’est jamais quittés, on a chanté ensemble, on se voyait souvent et tout ça, mais évidemment, on n’avait plus ce truc fusionnel, amoureux, complètement fou que l’on a pu avoir dans mon enfance et dans mon adolescence. C’est normal, je devenais une femme.

« Ce que je voulais dans la chanson ‘Royale’, c’était faire la paix avec tout ce qu’on a un peu loupé avec mon père. »

à franceinfo

Je me suis toujours dit qu’on se retrouverait autour de mon enfant, autour de plein de choses, qu’on aurait cette grande discussion que tu as envie d’avoir un jour avec tes parents, adulte, tu leur poses toutes les questions que tu as voulu leur poser toute ta vie. Mais la vie a fait qu’on n’a jamais pu avoir ce moment-là. C’est quelque chose qui a été extrêmement douloureux à vivre. C’est fou quand même qu’au milieu de cette vie, de toutes les vies du monde, j’ai été la fille de cette personne.

Il représente quoi cet album pour vous ?

Une affirmation. Je pense que je n’ai jamais été aussi sincère. Je ne me suis pas cachée derrière, pas de la fausse poésie comme il pouvait y en avoir dans Citadelle, des effets de style pour me protéger. Là, j’y suis allée de manière ultra frontale, que ce soit musicalement, dans mes textes, dans ma voix, parce que je pense aussi que la période qu’on a traversée, m’a vraiment mise dans un état d’esprit de me dire : on n’a plus vraiment le temps de se cacher, on n’a plus le temps de passer par mille chemins. Je vais faire l’album que j’ai envie de faire sans m’empêcher de quoi que ce soit. C’est un album vraiment libre.

Cet album, c’est aussi un peu la définition de ce que vous êtes devenue au fil du temps. Vous avez vraiment commencé sur la scène très tôt. Les premières voix à sept ans, la première partie d’Iggy Pop. Il s’est toujours passé des choses extraordinaires dans votre vie. Comment avez-vous fait pour garder les pieds sur terre ? Garder votre identité ?

J’ai toujours été, même si pleine de doutes cela va de soi, très ancrée dans ce que je voulais faire.

« Dans mon parcours, il n’y a rien de calculé. Il y a juste la musique, l’amour de la musique. »

à franceinfo

La suite logique, c’est que cet album va vivre sur scène, c’est le Graal pour vous ?

C’est carrément le Graal. Et forcément, les morceaux sur scène, quand tu les adresses à un public, ils prennent tout à coup une ampleur, mais fantastique ! Et pour moi, c’est ça la scène, c’est vraiment magique. J’ai vraiment hâte.

Quelle place occupe le public dans votre vie ? Il vous a toujours porté.

C’est incroyable la force que ça me donne. C’est pour ça que ces cinq dernières années, je n’étais pas complètement moi-même parce qu’il me manquait une partie fondamentale de ma vie, les gens. C’est le répondant, ne pouvoir faire qu’un avec la foule. Moi, je suis une foraine, je suis sur la route et je vais voir les gens. Je dis souvent que ce ne sont pas les gens qui viennent me voir en concert, c’est moi qui vais voir.

Le remède est une chanson qui est venue, vous étiez sur une terrasse en train de contempler le ciel. Vous pensiez à votre père et quand vous êtes rentrée en studio, votre binôme vous a dit que lui aussi est en train de penser à votre père . Vous avez vu cela comme un message.

C’était vraiment fou. Voilà, je pensais à mon père en me disant : quand est-ce que je vais arrêter de penser à lui ? Quand est-ce que ça va disparaître ? J’étais là : mais non, ça ne partira jamais. Et je rentre et Bastien jouait du piano comme ça et je commence à chanter. Je sors cette phrase : le temps qui passe, c’est le remède à la vie. Cette phrase, elle m’est venue du néant, des abysses et elle est sortie de moi comme si c’était même pas moi qui la prononçais. Je sais que c’est mon père qui me l’a soufflée. Et donc, quand je dis ça à Bastien à moitié en larmes et il me dit : « C’est ton père qui m’a soufflé ces notes de piano. Je les ai jouées depuis tout à l’heure, mais je sentais que ce n’était pas vraiment moi qui les jouais ». C’est l’histoire de ça.

C’est quoi la suite ?

Là, je ne veux plus m’arrêter. Je vous le dis tout de suite, vous allez en bouffer du Izïa Higelin !

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