Jean-Jacques Annaud : " Si le film ne me plaît pas, il ne sort pas"

Le réalisateur Jean-Jacques Annaud est l’invité exceptionnel du Monde d’Elodie toute cette semaine. Cet amoureux du Septième art et de l’Histoire revient sur ces moments d’exception vécus avant, pendant et après les tournages de ses films. Si certains ont défini Jean-Jacques Annaud comme un réalisateur « sauvage », on pense à L’Ours (1988) et au Dernier loup (2015) qui mettaient en avant son amour du monde animal, d’autres, l’ont surnommé le réalisateur « rugissant », eu égard notamment à son engagement et sa volonté d’aller dans chaque film encore un peu plus loin, de nous emmener ailleurs.  

A l’occasion de la sortie, le mercredi 20 juillet, en DVD, Blu ray et Blu ray 4K de son dernier film : Notre-Dame brûle, une superproduction consacrée à l’incendie de la cathédrale, on fait un retour sur images, avec lui, sur presque 50 ans de carrière.  

franceinfo : L’Ours, Sept ans au Tibet, L’amant, Deux frères, Stalingrad, Le dernier loup, Or noir, Le Nom de la rose, Coup de tête ou Notre-Dame brûle. Chaque film représente un peu votre famille ?

Jean-Jacques Annaud : Oui. D’ailleurs, il y a quelque chose qui ne trompe pas, c’est que mon petit refuge, c’est mon bureau et je suis environné des livres qui m’ont permis de mieux comprendre les films que j’allais faire. Je me sens bien parce que c’est ma famille, c’est mon travail, c’est mon amour. J’ai la chance d’avoir une épouse qui m’a accompagnée, qui est ma scripte depuis Coup de tête et donc, si vous voulez, on a partagé cette vie ensemble. Une vie de nomade un peu, même si j’ai gardé ma nationalité française. J’ai vécu huit ans à Los Angeles, j’ai vécu quatre fois un an à Londres, j’ai vécu à Delhi, au Cambodge.

Citoyen du monde !

Oui, mais quand on se balade beaucoup comme ça et qu’on est quand même un peu représentant de notre pays, on est plus Français que quand on est à Paris.

Chaque film vous a construit en tant qu’homme, vous a fait changer, grandir .

Oui, c’est pour ça que je ne peux pas choisir ce que je vais faire plus tard parce que j’attends de savoir qui je suis devenu !   

Dans tous ces films que j’ai évoqués, et je ne les ai pas tous cités, il y en a un qui occupe, j’ai l’impression, une place particulière, c’est Stalingrad. C’est un bébé différent ?

C’est un film que j’ai beaucoup aimé faire. C’est évidemment douloureux d’en parler actuellement. Mais j’ai été beaucoup invité en Russie pour une raison bizarre c’est que j’étais probablement le seul cinéaste Français à ne pas être communiste. Et depuis toujours, j’ai beaucoup aimé la musique russe, j’adore les opéras russes, l’âme slave. J’avais une envie de Russie, pas de celle qui se manifeste actuellement et qui me brise le cœur.

Avec ‘Stalingrad’, j’avais envie de raconter, ce qui est la vérité historique. Bien entendu, les Américains nous ont sauvé avec le Débarquement, mais s’il n’y avait pas eu Stalingrad et la guerre en Russie, le front de l’Est et les russes comme chair à canon, on n’aurait pas gagné la guerre.

à franceinfo

Cette histoire m’a passionné parce que dans ma tête, c’était un film intimiste. Pourquoi ? Parce que ce sont deux snipers et que vois-je d’un sniper ? Ce sont ses yeux. Un film entre deux paires d’yeux qui se regardent. Je me souviens, le premier jour, où on se met au boulot avec Alain Godard, je lui rappelle bien : Alain, on fait un petit film, on fait un film de gros plans. Mais évidemment, il faut situer les personnages. Il me demande alors : « Qu’est-ce qu’on fait ? »  Écoute, c’est l’arrivée d’un train. Il y a un millier de soldats qui dévalent une pente et qui montent sur un bateau qui traverse la Volga. « Et qu’est-ce qui se passe ? » Il y a des bombes qui tombent sur la Volga, jetées par une escadrille de Stukas. On a écrit quatre pages. Je pars au restaurant avec lui et dans la voiture, je lui dit : Alain, je ne sais pas si tu réalises, on vient d’écrire pour 15 millions de dollars. C’est-à-dire qu’on commence un film intimiste avec 15 millions de dollars. C’était six minutes de film, mais on l’a fait !

On parle de regard et j’ai le sentiment que tous les choix que vous avez fait, même au niveau de vos acteurs, sont passés par le regard.

Moi, je choisis sur les yeux parce que les yeux, comme on dit, « c’est la fenêtre sur l’âme« . Les séances de casting sont probablement les moments les plus épuisants de ma vie, parce que très souvent, je vois que cet acteur-là ou cette actrice-là ne conviendrait pas pour ce rôle-là, mais pour une autre fois. Je ne demande jamais ce qu’ils ont fait avant. Très souvent, je rencontre des gens tout à fait connus que je ne connais pas moi, et je suis très content. Je les trouve très bien, prétentieux ou pas du tout à mon goût, mais peu m’importe, je réagis complètement à l’instinct.

Quel regard avez-vous sur ce parcours ?

Ah non, non, je n’ai pas le temps de regarder en arrière. 

Je ne regarde pas dans le rétroviseur, je regarde à travers le pare-brise avant !

à franceinfo

Heureux en tout cas de ce que vous avez déjà accompli ?

Je crois avoir été heureux tous les jours. Je n’en reviens pas. Parfois, je me pince parce qu’en plus de ça, j’ai été libre. Si le film ne me plaît pas, il ne sort pas. C’est un truc de dingue. J’ai fait tous les films qui me plaisaient et rien que les films qui me plaisaient !

Votre film Notre-Dame brûle vient de sortir en DVD, en Blu ray, en Blu ray 4K, toujours avec ce soin apporté, la précision, à l’image. Que représente-t-il pour vous ?

J’aime bien me mettre en difficulté parce que quand on n’est pas en difficulté, on n’est pas au mieux de sa forme. Donc j’aime bien faire des choses différentes. Là, ce qui m’a plu, c’est d’avoir quelque chose à recomposer, très proche de la réalité et de faire un suspense alors qu’on connaît la fin. C’est un grand principe hitchcockien. C’est le comment donc le film est fondé sur le comment. Et puis, j’ai découvert en plus le monde des pompiers et j’ai été un peu bouleversé, comme je l’ai été avec les bouddhistes, parce que ce sont des gens qui ont la vocation et je ne le savais pas. Il n’y en a pas un qui m’a déçu. En plus, ça, je suis très flatté. J’ai reçu pal mal de récompenses dans ma vie, mais figurez-vous que je suis pompier de première classe d’honneur avec un numéro matricule à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

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