La violence de la BD « Mangez-le si vous voulez » a scotché Jean Teulé

  • « Mangez-le si vous voulez », de Dominique Gelli, reprend en bande dessinée un roman de Jean Teulé paru en 2009.
  • C’est la sixième adaptation graphique d’un livre de l’auteur de « Gare à Lou ! », et deux autres suivront bientôt.
  • Aujourd’hui écrivain à succès, Jean Teulé a lui-même fait ses débuts professionnels en tant qu’auteur de BD.

C’est l’un des romans les plus noirs de
Jean Teulé, écrivain populaire, souvent adapté en bande dessinées. Après (Le Montespan, Je, François Villon, Le magasin des suicides, Charly 9 et
Entrez dans la danse) et en attendant deux prochaines sorties (*), voici 
Mangez-le si vous voulez (Delcourt), adapté d’un livre paru initialement en 2009.

L’histoire revient sur le drame avéré dont fut victime à l’été 1870, alors que les Prussiens infligeaient de lourdes défaites au second Empire, un jeune notable de Dordogne : au motif que la foule est persuadée, sur un malentendu, qu’ Alain de Monéys a prononcé la phrase « à bas la France », l’infortuné fut lynché avec une barbarie invraisemblable…

© D. Gelli & éd. Delcourt 2020

La magnifique mise en images de ce dramatique récit par Dominique Gelli a impressionné Jean Teulé, lui-même ancien auteur de BD, qui s’en est ouvert à 20 Minutes

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans ce que Dominique Gelli a fait de votre roman ?

Son audace formelle ! Même s’il a scrupuleusement respecté le chapitrage du livre, le fait qu’il ait adopté un noir et blanc seulement rehaussé de rouge (pour le sang) m’a carrément scotché, j’ai trouvé l’idée brilllante. D’autant qu’il ne s’est pas dégonflé, qu’il est allé au bout du bout en tirant d’un roman déjà très dur une des BD les plus violentes que j’aie jamais lues. Il m’a d’ailleurs tellement impressionné que je lui ai demandé de dessiner la couverture de mon prochain roman, dont le titre est Crénom Baudelaire et qui sort le 7 octobre. Et croyez-moi, le résultat est vraiment top !

© D. Gelli & éd. Delcourt 2020

Il s’est aussi permis quelques libertés, non ?

Très peu, mais il a bien fait : par moments, son adaptation bascule dans une sorte d’onirisme très à propos, et qui ne figurait pas dans le livre. C’est formidable, et Dominique Gelli est typiquement le genre d’auteur qui apporte un vrai plus à une œuvre. J’ai d’ailleurs été tellement emballé que je lui ai aussi proposé – et c’est la première fois que je prends cette initiative – d’enchaîner en adaptant en bande dessinée Crénom Baudelaire, qui n’est même pas encore sorti ! Il a accepté et est en train de travailler à son découpage !

© D. Gelli & éd. Delcourt 2020

Quelles autres adaptations de vos livres avez-vous le plus appréciées ?

« Je les apprécie toutes ; et je ne dis pas ça par politesse ou de peur de froisser des auteurs ! J’adore lorsqu’un de mes romans devient une bande dessinée ! D’abord parce que ça me plaît de voir mes univers passer dans des mains différentes, toutes très talentueuses ; ensuite parce que je suis très heureux de revenir à la BD – que j’ai abandonnée en 1990 – par l’entremise de ces adaptations graphiques. »

© D. Gelli & éd. Delcourt 2020

Justement, le fait que vous ayez été auteur de BD vous rend-il plus critique à l’égard de ces adaptations ?

« Plus critique, non, parce que je ne m’en mêle jamais ; mais plus avisé, certainement, puisque connaissant les mécanismes de la bande dessinée, je comprends tout de suite comment les auteurs ont procédé. Je ne choisis jamais les scénaristes et dessinateurs qui adaptent mes romans, je ne les rencontre même pas durant leur travail. Je n’ai, par exemple, croisé Richard Guérineau, qui a adapté Charly 9, que le jour de la sortie de son album, c’est dire ! J’ajoute que je les laisse faire ce qu’ils veulent de mes écrits, parce que je considère que la liberté – de ton, de point de vue, d’expression – est essentielle dans leur métier.

© D. Gelli & éd. Delcourt 2020

Finalement, qu’est-ce qu’une adaptation dessinée peut apporter à une œuvre romanesque ?

Ça permet déjà de toucher un autre public, celui des lecteurs de bande dessinée qui ne lisent pas de roman. Et puis ce qui me plaît bien, c’est qu’à part Philippe Bertrand (aujourd’hui disparu), tous les auteurs de bande dessinée qui s’emparent de mes romans sont plus jeunes que moi. Je suis déjà très fier et honoré qu’il y ait autant de créateurs qui aient envie d’adapter mes récits, et super content qu’il s’agisse essentiellement de gamins (rires).
 

(*) Deux autres adaptations en bande dessinée de romans de Jean Teulé sortiront prochainement : Fleur de tonnerre (aux éditions Futuropolis, le 7 octobre) et Ô Verlaine (aux éditions Steinkis, le 19 novembre).

 

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