Le château de Combourg, froid berceau qui a vu grandir Chateaubriand

  • Le château de Combourg ouvre ses portes ce week-end à l’occasion des Journées du patrimoine.
  • Construit au XIe siècle, l’édifice a survécu et a abrité l’un des écrivains français les plus célèbres.
  • François-René de Chateaubriand a vécu dix ans à Combourg et y a puisé son goût pour la mélancolie et le romantisme.

« Le château entier avait la figure d’un char à quatre roues. Partout silence, obscurité et visage de pierre ». Les mots sont signés d’un des plus illustres auteurs français et décrivent les aspects du château de Combourg à l’aube du XVIIIe siècle. Nous sommes en 1776 et François-René de Chateaubriand partage ses premières impressions sur l’imposante bâtisse que son père vient d’acheter. Il y passera dix ans, soit une bonne partie de son enfance, et en tirera tout son amour pour la mélancolie. Le romantisme, style littéraire poursuivi par Victor Hugo ou Alfred de Musset, était né. Deux cent cinquante ans plus tard, le château si bien décrit
dans son œuvre la plus connue, Les Mémoires d’outre-tombe, est toujours debout. S’il a beaucoup changé, il est toujours habité et
sera ouvert aux visites ce week-end à l’occasion
des Journées du patrimoine.

« Ce n’est plus le nom de Chateaubriand car il s’est perdu au fil des mariages mais le château est aux mains de la même famille depuis deux cent cinquante ans », explique Pauline Langlais, guide de la propriété de la famille de la Tour du Pin. En 1770, l’édifice est réputé très froid et austère. Enrichi par son métier d’armateur sur le port de Saint-Malo, le père de l’auteur acquiert le château pour y installer sa famille. Il impose à son fils la chambre la plus isolée où règnent l’obscurité et le froid. Son objectif ? Le mettre à l’épreuve et « l’endurcir ».

Le château de Combourg, en Ille-et-Vilaine, ouvre ses portes pour les Journées du patrimoine.

Toujours habité par la comtesse, son fils et son épouse, la solide bâtisse n’a plus du tout le même aspect intérieur que celui qu’a connu Chateaubriand. « Cela reste un château du Moyen Age mais à l’intérieur, tout a changé. C’est très coloré, entièrement meublé », explique la guide. Pillé à la Révolution puis abandonné pendant quatre-vingts ans, le château de Combourg a été sauvé par l’un des descendants de l’écrivain et a pris une teinte néogothique qu’il n’a jamais perdue.

« La première atteinte de cet ennui que j’ai traîné toute ma vie »

Ouvert à la visite une grande partie de l’année, l’édifice attire 35.000 curieux chaque année, qui se prennent de passion pour les histoires de ce château que l’auteur disait hanté. De simples touristes de passage mais aussi bon nombre d’admirateurs de Chateaubriand venus spécialement pour lui. « Certains nous demandent des itinéraires pour suivre les traces de son enfance », témoigne Rozenn Enel-Rehel, responsable du pôle communication de la Destination Saint-Malo baie du Mont Saint-Michel.

Attirés par les joyaux de la côte d’Emeraude, les touristes sont nombreux à venir se perdre dans les terres et s’offrir un bol de verdure à Combourg. Des lieux préservés, isolés et encerclés de nature qui ont façonné la personnalité de François-René de Chateaubriand il y a plus de deux siècles. « C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis, que j’ai commencé à sentir la première atteinte de cet ennui que j’ai traîné toute ma vie, de cette tristesse qui a fait mon tourment et ma félicité », résumait-il dans ses mémoires.

L’auteur nourrissait d’ailleurs l’espoir que ce château traverse le temps, afin que ses lecteurs puissent « reconnaître le château ». « Si mes ouvrages me survivent, si je dois laisser un nom, peut-être un jour, guidé par ces mémoires, quelque voyageur viendra visiter les lieux que j’ai peints. Il pourra reconnaître le château ; mais il cherchera vainement le grand bois : le berceau de mes songes a disparu comme les songes. Isolé comme lui, j’ai vu comme lui tomber autour de moi la famille qui embellissait mes jours et me prêtait son abri. »

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