Le troisième album de Gauvain Sers "Ta place dans ce monde" ramène à l’essentiel

Fils de profs né à Limoges, vous avez grandi d’ailleurs dans la Creuse avec d’un côté, des études scientifiques d’ingénieur et de l’autre, la musique. Pourquoi ça bascule ?

Ça bascule parce qu’effectivement, j’aime beaucoup les sciences, j’ai un père prof de mathématiques, donc je pars un peu là-dedans parce que j’ai plus de facilité. Je m’embarque dans une école d’ingénieur. Et puis, une fois passé un peu la prépa scientifique où j’ai pas mal travaillé, j’ai plus de temps pendant l’école. Je suis passionné par la musique. J’adore les mots. J’adore l’écriture, les formulations, les histoires aussi. Et j’ai baigné dedans aussi depuis tout petit. Donc, il y a vraiment ces deux facettes.

Je commence à écrire mes premières chansons et je me dis que c’est possible d’écrire des chansons, ce n’est pas si compliqué que ça. Ce n’est pas inatteignable, en tout cas, d’en écrire. Après, pour qu’elles plaisent aux gens, c’est encore autre chose. Et je me dis que de toute façon, si je ne me lance pas à un moment donné, je vais le regretter. J’ai préféré me jeter dans le vide.

Vous êtes un peu un croqueur de personnages aussi.

J’adore les chansons ‘portrait’. C’est quelque chose qui m’inspire beaucoup. J’aime beaucoup en tant qu’auditeur aussi. On peut vraiment aller un peu plus en profondeur et bien décrire les choses et capter les images. J’aime bien quand il y a une galerie de personnages, où plusieurs interagissent.

Cet album est dans la continuité de ce que vous avez fait avant, mais il est aussi différent parce qu’il est à la fois social et très intime. C’est dur de lâcher prise ?

Oui, franchement, c’est assez dur. On parlait tout à l’heure de la chanson Elle était là, pour moi, elle est très impudique. C’est vrai que quand on ne triche pas, quand il y a de la sincérité dans les chansons, c’est essentiel. Ce n’est vraiment pas évident de savoir où on met la limite, parce que c’est la porte ouverte à un petit peu de notre vie personnelle. Il faut trouver un bon équilibre et gérer un peu le curseur.

On ressent que vous êtes un fin observateur de la société, mais surtout des émotions, des douleurs profondes que les uns et les autres peuvent avoir. Avec la chanson En première ligne qui met vraiment à l’honneur, les éboueurs, infirmiers, caissières et livreurs, on pense à la chanson Les oubliés. C’était important pour vous aussi de remettre un coup de projecteur sur celles et ceux qui nous ont accompagnés pendant les confinements ?

J’avais aussi envie qu’on puisse réécouter l’album dans dix ou quinze ans sans se dire que c’était l’album du confinement. Je me disais que celle-ci pouvait traverser le temps. J’avais envie de rendre hommage à ces gens-là. Ils ont été forcément très essentiels et sur le devant de la scène pendant cette période et pour autant, on se rend compte que leur statut n’a absolument pas changé.

Les personnes les plus utiles pour que la Terre tourne sont quand même les moins considérées

à franceinfo

En octobre 2020, lors de la cérémonie place de la Sorbonne en hommage au professeur Samuel Paty, assassiné à Conflans-Sainte-Honorine, on a lu un de vos poèmes. Fier d’avoir les mots pour pouvoir dire ce que beaucoup pensent et ressentent ?

Je ne sais pas si ‘fier” est le mot parce que j’aurais évidemment préféré ne pas écrire ce texte et qu’il n’existe pas. Après, c’est sûr que d’avoir été lu entre Albert Camus et Jean Jaurès, c’était assez bouleversant. Ce qui m’a le plus ému, c’était surtout de savoir que c’est sa famille qui a voulu que ce texte soit lu et que ça leur a fait du bien. En tout cas, qu’on rende hommage à la fois à la personne de Samuel Paty, mais aussi tout ce qui représentait : le métier et le message de tolérance.

Cet album s’appelle Ta place dans ce monde, avez-vous trouvé la vôtre ?

Oui et non. J’ai l’impression de l’avoir trouvée justement professionnellement, mais c’est une question qu’on se pose tout le temps et c’est ça qui nous permet d’avancer dans la vie.

Gauvain Sers sera bientôt en tournée, entre autres dates, on le retrouve le 7 octobre à Grenoble, le 8 à Clermont-Ferrand ou encore le 3 décembre au Zénith Paris- La Villette-Paris.

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