Les erreurs courantes liées aux résolutions du début d’année

Vous voilà prête à affronter 2021 armée d’une liste de bonnes intentions longue comme le bras. Conseils d’un professeur en psychiatrie et d’une philosophe, pour éviter les faux-pas au moment de la rédiger.

Si on avait hâte de tourner la page de 2020, il faut l’avouer, on manque aujourd’hui un peu d’inspiration pour coucher sur papier nos traditionnelles résolutions de l’année. Doit-on exceptionnellement abandonner cette habitude ? Bien au contraire, nous rétorque Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université Paris-VII. «Peu importe la situation, le changement d’année est toujours une bonne occasion pour mettre en place des comportements favorables et favoriser sa renaissance», assure l’auteur d’un ouvrage consacré cette thématique (1). Encore faut-il bien les formuler. Tour d’horizon des erreurs les plus communes.

Confondre vœu et résolution

En lisant les nombreux sondages consacrés au sujet, on retrouve d’année en année des résolutions récurrentes : faire du sport, maigrir, économiser ou encore arrêter de fumer. Aussi louables soient-elles, ces intentions restent très floues, et donc difficilement applicables. «Cette volonté d’amélioration nous pousse à imaginer des projections de nous-même qui ne répondent pas à un principe de réalité, souligne Marie Robert, philosophe, créatrice d’écoles Montessori et auteure de Le Voyage de Pénélope, une odyssée de la pensée (2). Il faut au contraire leur donner un vrai sens.»

«Quand on dit “je veux maigrir”, on énonce un vœu et non une résolution, nuance le professeur de psychiatrie Michel Lejoyeux. Si on souhaite que cela fonctionne, on se demandera plutôt “Comment changer mon alimentation ?”, “Qu’est-ce qui me fait grossir ?” et on essaiera de cibler par exemple ces moments nuisibles de lâcher-prise alimentaire.»

«Chaque résolution est intéressante car elle souligne un désir, résume Marie Robert. Mais de quoi avons-nous réellement envie ? Quelle est la raison derrière cet élan de faire du sport ? Est-ce pour se sentir en meilleure forme ou bien pour répondre à un canon de beauté ?»

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Se fixer des objectifs à long terme

Si vous respectez docilement le programme énoncé les premiers mois, tout s’effondre ensuite rapidement comme un château de cartes et on vous entend déjà dire «foutu pour foutu…» en reprenant une énième chouquette. «La résolution ne fonctionne que si elle est effective dans les heures ou les quelques jours qui la suivent, avance Michel Lejoyeux. Les objectifs à court terme donneront plus de résultats.» Par exemple, si on souhaite arrêter de fumer, on s’engagera alors selon ses propres modalités, définies au préalable, à réduire sa consommation de tabac d’ici la fin de semaine.

Oublier le contexte

Ce mois de janvier, plus que jamais, les résolutions semblent d’autant plus difficiles à formuler face à la situation paralysante dans laquelle nous plonge la pandémie de Covid-19. Les aspirations à voyager, voire plus tristement à trouver un emploi de rêve, doivent être revues à la baisse pour éviter les déceptions. «Il faut rendre nos résolutions plus modestes et adaptées au contexte», préconise Michel Lejoyeux. «Les micro-actions nous permettent d’être acteur au quotidien et de ne pas s’infliger à tort de la frustration», ajoute la philosophe Marie Robert.

Adopter le mode “tout ou rien”

Très souvent, au moment d’énoncer nos objectifs pour l’année, on emploie des verbes très radicaux comme «devoir», «obliger», «se forcer». «Il n’y a rien de pire que de prendre des résolutions dans un contexte absolutif, affirme le professeur de psychiatrie. Il faut communiquer de façon positive : la résolution doit être un progrès effectué dans la bienveillance et non dans la menace.»

Et si on craque, que faire ? «Ne surtout pas culpabiliser, cela n’a aucune gravité, rassure Marie Robert. Si on ne la tient pas, c’est que l’envie n’était tout simplement pas là. Et si la même résolution revient chaque année et qu’elle ne se réalise pas, il est intéressant de la mettre en perspective et de s’interroger sur ce qui nous empêche de la concrétiser.»

Choisir une résolution en désaccord avec ses valeurs

Certains souhaits courent à leur perte dès lors qu’ils sortent de notre bouche. Pratiquer le catch alors qu’on n’a pas la forme physique ni l’âge approprié, par exemple, devenir chanteuse alors qu’on n’aime pas s’afficher en public. «Si les résolutions ne sont pas conformes à votre nature, votre personnalité, vos valeurs, elles ne marcheront jamais», insiste Michel Lejoyeux.

On retrouve finalement dans certaines résolutions quelque chose de très normatif et pas forcément propice à l’acceptation de soi. Un point à interroger selon la philosophe : «Il faut revenir à ses envies, et non à celles de la société qui nous font sentir insuffisant ou incomplet.»

Le penseur grec Aristote pourrait bien nous inspirer dans ce domaine. «Il disait que chaque personne contient en soi des choses mesurables par des actes et d’autres en potentiel, raconte Marie Robert. On ne devient pas champion de ski si on redoute de glisser. Par contre si on a une passion profonde pour les activités artistiques, pourquoi ne pas oser s’inscrire à un cours de dessin ?»

Ne pas formuler la résolution à l’écrit

Le réel problème de la résolution non tenue est qu’elle peut être vite oubliée, dite à voix haute de façon abstraite. C’est pourquoi, la philosophe conseille de la matérialiser à l’écrit ou de choisir un objet qui nous la rappelle. «Lorsqu’ils souhaitent arrêter l’alcool ou le tabac, je demande à mes patients d’ouvrir leur agenda et de noter à une date précise ce moment où ils vont changer leur comportement», indique Michel Lejoyeux.

Les publications sur les réseaux sociaux sont, en revanche, à proscrire selon le professeur de psychiatrie, car nous ne sommes jamais «à l’abri d’un commentaire malveillant», qui pourrait nuire au processus enclenché.

(1) Les 4 temps de la renaissance, par Michel Lejoyeux, Editions JC Lattès, 250 pages, 19,90€.
(2) Le Voyage de Pénélope, une odyssée de la pensée, par Marie Robert, Editions Flammarion, paru le 4 novembre, 272 pages, 19€.

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