Limitation des visites en maternité : et si on laissait les mères souffler ?

Devoir sourire quand on a des tranchées qui tordent l’abdomen, se tenir assise en faisant fi de la couche dans sa culotte et des lochies qui rendent la position vraiment désagréable, ou encore tenir une discussion alors que nos yeux sont rivés sur le petit être qui vient littéralement de sortir de notre ventre… C’est une expérience partagée par de nombreuses jeunes mères, avant que la pandémie n’arrive et que les visites en maternité de la part de la famille ou de proches ne soient remises en question. 

Outre les considérations médicales induites par la Covid-19 instituant notamment le masque pendant l’accouchement, la crise sanitaire a incité les établissements de santé à réduire les seules visites au.à la partenaire, permettant aux jeunes femmes qui accouchaient de plus se reposer, de rencontrer calmement leur bébé, de laisser parler leurs premières émotions post-partum et même d’éviter les conseils non sollicités de l’entourage. 

C’est ce qui ressort des recherches menées par Sarah Louis, sage-femme enseignante à l’Université de Paris-Saclay, intitulées ‘vécu des restrictions COVID en postpartum’ à partir de 2021, effectuées en collaboration avec Laurent Gaucher et Anne Rousseau. 

Marie Claire : Vous êtes à l’origine d’une étude sur l’impact de la limitation des visites en maternité engendrée par les restrictions sanitaires. Pourquoi avoir étudié ce sujet ? 

Sarah Louis : La période de pandémie de COVID-19 a eu un retentissement particulier sur le milieu de la périnatalité, car les femmes enceintes ne sont pas des malades, mais ont pourtant été soumises aux restrictions mises en place à l’hôpital. À mesure que les connaissances sur le virus avançaient, différentes mesures sanitaires ont été mises en place – suscitant des avis divergents de la part des femmes comme des professionnels.

En juin 2021, lorsque nous avons diffusé notre questionnaire dans le cadre de notre étude ‘vécu des restrictions COVID en postpartum’, le gouvernement lançait le programme de déconfinement progressif. Pourtant, dans la plupart des maternités françaises, on a maintenu la politique de restrictions : seul le partenaire était autorisé à visiter en post-partum.

Nous avons souhaité évaluer la satisfaction des mères et des professionnels par rapport à ces limitations de visites.

Qu’est-il ressorti de cette étude sur les restrictions de visites et le ressenti des mères ?

La pandémie a été une situation exceptionnelle, il faut en tirer des enseignements constructifs pour la prise en charge en maternité. Il a été prouvé que l’isolement strict avait un effet délétère sur la santé mentale des femmes pendant la grossesse et le post-partum, notamment en augmentant les symptômes dépressifs et l’anxiété. Mais la limitation des visites au seul partenaire a été prolongée, et cela a été l’occasion d’interroger les principaux intéressés à ce sujet. 

Globalement, dans l’item de commentaires libres, les femmes évoquaient surtout le manque de la fratrie (de l’enfant, ndlr) et demandaient d’étendre les horaires de visite du partenaire, voire de l’autoriser à rester la nuit.

Mais parmi les éléments positifs soulevés, on retrouve les notions de ‘calme’ et surtout de ‘repos’ permis par les restrictions. Ce qui a forcément un impact bénéfique sur le séjour de ces femmes. Elles relèvent également que les professionnels de santé étaient plus disponibles pour elles.

Que demandent concrètement les sages-femmes et les professionnels de santé concernant les visites en maternité ?

Les professionnels également ont majoritairement répondu que les restrictions leur permettaient un meilleur temps d’échange, d’informations, de prévention et améliorait la mise en place de l’allaitement maternel. Cette étude concernait cinq maternités françaises – et 456 femmes âgées en moyenne de 32 ans – et nos résultats ne peuvent évidemment pas être généralisés à la France entière, mais c’est une piste pour l’amélioration de la prise en charge des mères et de leurs nouveau-nés. 

Car, selon l’étude préliminaire, la satisfaction vis-à-vis de la politique semblerait être associée à un meilleur bien-être mental.

Alors toutes les maternités intéressées par la question des visites en post-partum pourraient envisager de repenser leur politique en s’appuyant sur les témoignages recueillis des mères. Maintenir la restriction au seul partenaire, mais sur des horaires plus larges, voire la nuit si possible, et autoriser la visite de la fratrie semblerait être le meilleur compromis.

Quels conseils donneriez-vous à une maman qui souhaite limiter les visites de ses proches après son accouchement ? 

Les mères questionnées pour l’étude étaient en grande majorité satisfaites de la politique de visites restreintes : 43,2% se sont dit ‘satisfaites’ et 25,3% se sont dit ‘très satisfaites’. Et il y en a encore aujourd’hui des mères qui nous demandent de mentir et de dire à leur entourage que les visites sont interdites en maternité. Alors je leur dirai qu’il ne faut pas hésiter à solliciter l’équipe soignante, et à exprimer ses demandes. 

Le fait de recevoir beaucoup de visites lors du séjour en post-partum est quelque chose d’habituel aujourd’hui mais il faudrait peut-être éduquer l’entourage sur les réels besoins des mères et des couples dans cette période si particulière qu’est le post-partum. Elles ont visiblement, parfois, besoin de calme, et les visites pourront attendre le retour à la maison.

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