L’incroyable histoire du fragment de tableau « décroché » par Toulouse

  • Grâce à un collectionneur érudit, et aidé par la chance, le Musée des Augustins de Toulouse a acheté aux enchères cet été, en toute discrétion, un tableau précieux pour ses collections.
  • Il s’agit probablement d’un fragment complétant une toile monumentale de Nicolas Tournier que le musée possède déjà.
  • Les détails croustillants de cette rocambolesque histoire seront à votre portée ce week-end, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.

C’est l’histoire d’un collectionneur très classe, d’un raid estival sur une vente dans le New Jersey, et d’un joli coup comme le marché de l’art ancien en réserve encore. Celle d’un fragment de tableau enlevé aux enchères le 2 août dernier par le
Musée des Augustins de Toulouse. Et dont vous pourrez probablement vous faire conter l’histoire* lors de ces
Journées du patrimoine depuis le parvis du célèbre établissement, fermé pour travaux.

Ce tableau, Axel Hémery, le directeur du musée, en a entendu parler pour la première fois lors de son dernier jour de vacances, trois jours avant de l’acheter. « J’ai reçu un message d’un journaliste de La Tribune de l’Art, raconte-t-il. Lui-même avait été prévenu par un collectionneur averti qui avait repéré le tableau dans une vente aux enchères américaine. »

Une lumière trop vive

L’amateur éclairé, fin connaisseur des caravagesques français, a pensé que ces guerriers en gros plan qui semblent se protéger d’une lumière trop vive pourraient bien faire partie des pièces manquantes de La Bataille de Constantin contre Maxence, un tableau de Nicolas Tournier, monumental avec cinq mètres de large, exposé aux Augustins. « On peut parfaitement concevoir que la lumière dont les soldats du fragment se protègent est celle de la croix qui apparaît dans le ciel de notre toile, la lumière divine qui permet à Constantin de gagner la bataille », explique Axel Hémery.

La Bataille de Constantin contre Maxence, le tableau de 5,50 X 2,60 m du Musée des Augustins, pourtant incomplet.

Mais revenons à ce dimanche d’août. Le conservateur se laisse une nuit de réflexion. Puis il consulte les deux restaurateurs de la « La Bataille ». Il acquiert la certitude qu’il y a dans ce fragment une aubaine. « Je me suis dit, c’est génial » se souvient-il, avant d’engager une véritable course contre la montre. Il contacte le fameux collectionneur qui, connaissant les lenteurs de l’administration, a même l’élégance de lui proposer d’acquérir lui-même la toile pour la céder ensuite aux Augustins.

Un achat discret à 6.000 euros

Mais il n’aura pas à se donner cette peine. En trois jours, Axel Hémery a pu prévenir ses autorités de tutelles et consulter jusqu’au musée du Louvre. Pierre Esplugas, l’adjoint en charge des musées, lui a donné le feu vert à temps. « Il y avait un beau coup à faire, se rappelle l’élu. Normalement nous aurions dû réunir, comme pour toute acquisition, la commission technique des Beaux-Arts. Mais, là, il fallait agir dans l’urgence. » Le montant maximum qu’il a octroyé à Axel Hémery était de plusieurs dizaines de milliers d’euros. C’était beaucoup trop. Quand le Toulousain s’est connecté à la vente le mercredi soir, la toile « non identifiée » démarrait à 1.000 dollars. « J’ai remporté l’enchère pour 7.380 dollars, environ 6.000 euros », s’amuse-t-il.

Le tableau arrivera bientôt dans la Ville rose où une expertise fine doit confirmer le coup de maître. « Avec cet enchaînement de circonstances chanceuses, les Augustins possèdent maintenant une dizaine de toiles de Nicolas Tournier, sur une quarantaine répertoriée », se félicite Pierre Esplugas. Et le puzzle de « La Bataille » est loin d’être terminé.

* Samedi et dimanche de 11 h à 18 h, sous réserve de restrictions sanitaires

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