Maladie de Crohn : les symptômes qui doivent alerter

  • Maladie de Crohn : des symptômes digestifs à surveiller
  • D’autres signes avant-coureurs moins connus
  • L’origine de la maladie de Crohn encore inconnue
  • Des traitements pour soulager les symptômes
  • Vers une démystification progressive

“La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire pouvant atteindre n’importe quel segment du tube digestif depuis la bouche jusqu’à l’anus”, peut-on lire sur le site de l’association AFA Crohn RCH France, seule association française agréée par le ministère de la Santé sur les infections de l’intestin. 

Bien qu’elle puisse apparaître tout au long de la vie, cette maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) se déclenche souvent chez un sujet âgé de 18 à 30 ans et touche autant les hommes que les femmes. Les experts notent malgré tout une augmentation des formes pédiatriques de cette maladie depuis une quinzaine d’années. 

Cette maladie immunitaire, décrite pour la première fois en 1932 par le médecin et gastroentérologue Burril Bernard Crohn, touche entre 4 et 5 nouveaux cas chaque année pour 100 000 habitants, en France.

La maladie de Crohn évolue avec différentes phases : elle se caractérise, en effet, par des périodes alternant des poussées (des activités), plus ou moins intenses et sévères, et des cycles de rémission.

Maladie de Crohn : des symptômes digestifs à surveiller

Avant de pouvoir diagnostiquer la maladie de Crohn, on observe des symptômes notamment digestifs lors des poussées, qui varient selon l’organe atteint.

« Une caractéristique commune à tous les malades est l’apparition de douleurs abdominales, explique la professeure Lucine Vuitton, vice-présidente du conseil scientifique de l’AFA. Viennent aussi des troubles du transit, une alternance entre des diarrhées – qui ne concernent pas tous les malades contrairement aux idées reçues – et des constipations ». 

Des douleurs anales, des fissures, des fistules ou des abcès peuvent également être annonciateurs de la maladie, tout comme l’amaigrissement soudain, la perte d’appétit, des nausées et/ou des vomissements. 

D’autres signes avant-coureurs moins connus

La maladie peut également s’accompagner de manifestations extra-intestinales telles que des rhumatismes articulaires ou encore des lésions cutanées. « Les localisations cutanées de la maladie de Crohn sont rares et se manifestent habituellement par des nodules ou des granulomes fissuraires des plis, avec rarement une atteinte muqueuse », précise le site de la SNFGE (Société Nationale Française de Gastro-Entérologie).

D’autres symptômes plus généraux et moins évocateurs peuvent s’associer aux signes digestifs, surtout lors de poussées intenses : une fatigue intense, de la fièvre ou une pâleur font partie des signes qui doivent alerter les concerné.es.

En cas de symptômes quels qu’ils soient, consultez un médecin.

L’origine de la maladie de Crohn encore inconnue 

« La maladie de Crohn est complexe car elle est multifactorielle. Mais on note une prévalence de la maladie dans les pays riches, propres et industrialisés », pointe Lucine Vuitton.

Cette maladie est la conséquence d’une anomalie de la réponse immunitaire dirigée contre l’intestin. Une prédisposition génétique, par exemple une anomalie du gène CARD15/NOD2, a également été soulevée plusieurs fois par des cherchurs. Toutefois la littérature scientifique n’arrive pas à faire consensus quant à l’implication de ce gène dans le développement de la maladie.

Une étude publiée le 29 août 2022 dans la revue scientifique Nature Genetics, menée par des chercheurs du Wellcome Institute, du Broad Institute du MIT et d’Harvard a néanmoins tenté d’identifier les gènes responsables de la maladie de Crohn. Leurs recherches mettent en évidence “le rôle émergent des cellules mésenchymateuses [cellules souches de l’intestin, ndlr] dans le développement et le maintien de l’inflammation intestinale”, peut-on lire dans l’étude. 

Bien qu’un déséquilibre du microbiote intestinal, entraînant une perméabilité de l’intestin, a une nouvelle fois été mis en cause, les scientifiques ne savent pas s’il est à l’origine de la maladie ou s’il en est la conséquence. 

D’après l’Inserm l’incidence de la maladie de Crohn a augmenté de 5,3 à 7,6 cas pour 100 000 habitants entre 1988 et 2014 : les facteurs environnementaux, tels que nos modes de vie occidentaux, peuvent alors entrer en compte dans l’apparition de la maladie. 

« Les pays propres, où l’hygiène est très présente, notamment dans l’enfance, contribuent au développement de maladies immunitaires. On note également une participation de la pollution et de notre alimentation, faite de nourriture ultra-transformée. Elle modifie notre flore intestinale et favorise le développement de ces maladies immunitaires. Pour finir, le tabac joue un rôle clé : les gens qui fument auront une maladie bien plus sévère », liste la gastroentérologue au CHU de Besançon. 

Des traitements pour soulager les symptômes

Toutefois pour les personnes concernées, la professeure Lucine Vuitton ne conseille aucune restriction alimentation particulière. « Il n’y a pas de régime alimentaire strict à respecter. On conseille juste aux malades de manger équilibré, varié et avec des produits naturels. On ne recommande pas du tout des régimes sans gluten ou sans lactose, au contraire. Le but est que le malade vive normalement. » 

Aujourd’hui, il n’existe aucun traitement curatif pour la maladie de Crohn. Les médecins peuvent éventuellement prescrire des médicaments pour soulager les poussées et à atténuer leurs symptômes, à mettre leur maladie en rémission, à améliorer leur qualité de vie et à les maintenir dans un bon état de santé général, qu’il soit physique et/ou mental. 

Puisque la maladie est multifactorielle, les médecins ne peuvent pas traiter directement sa cause. Ils tentent donc, grâce à des immunomodulateurs, de calmer le système immunitaire. De plus, en fonction des malades, les soignants peuvent prescrire, à titre très exceptionnel, des anti-inflammatoires stéroïdiens qui ont des effets secondaires importants. 

Certaines personnes atteintes de la maladie de Crohn doivent malheureusement passer par la chirurgie. L’opération la plus courante reste de retirer la partie malade et endommagée de l’intestin. Bien que cette pratique soit rare aujourd’hui, l’intestin peut être rattaché à l’abdomen et, grâce à une ouverture, être évacué dans une poche, appelée stomie. 

L’arrêt du tabac – qui favorise la survenue de poussés et aggrave la maladie – ainsi qu’un suivi régulier avec un gastro-entérologue sont communs à tous les malades. « Le traitement est bon si le malade vit normalement », conclut la gastroentérologue. 

Vers une démystification progressive

Dans la mesure où la maladie de Crohn se définit par une inflammation chronique de l’intestin et peut entrainer chez certains maladies des diarrhées, elle reste encore taboue. Les malades n’osent pas toujours raconter leur quotidien, et la société ne les aide pas toujours à le faire.

En janvier 2021, à Vesoul, en Haute-Saöne, une sexagénaire atteinte de la maladie s’était vue refuser l’accès aux toilettes d’un Lidl malgré la présentation de sa carte “urgence toilettes”, délivrée par la fondation AFA Crohn RCH France. C’est pour faire la lumière sur le manque d’accès aux toilettes dans l’espace public, mais aussi dans les transports et à l’école, qu’une Journée mondiale des Toilettes, organisée le 19 novembre 2022, a été créée.

En 2020, l’AFA avait également lancé une pétition intitulée « Urgence Toilettes » afin d’interpeller les pouvoirs publics quant à l’urgence d’améliorer l’accès et la qualité des sanitaires français. 

D’autres, comme Juliette Mercier, atteinte de la maladie de Crohn depuis ses 15 ans, aident à lever le voile sur tous les aspects de la maladie. L’illustratrice a décidé de partager son quotidien et son combat sur son compte Instagram @stomiebusy. À travers des vignettes de bandes dessinées, la jeune femme, suivie par 100 000 personnes, démystifie avec humour cette maladie invisible et handicapante. 

Alors que les témoignages visant à faire connaitre cette maladie sont de plus en plus nombreux, les recherches, quant à elles, tentent toujours de trouver un traitement capable de la guérir.

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