Mes enfants ne s’entendent pas, que faire ?

Vous aviez rêvé de grandes tablées enjouées. Mais dans les faits, c’est plutôt la soupe à la grimace. Nos conseils pour mieux comprendre ces mésententes et, surtout, ramener la sérénité.

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“Les enfants, ça suffit !” Ça, c’était possible il y a plusieurs décennies, quand on pouvait encore, d’un mot, leur faire enterrer la hache de guerre. Aujourd’hui, les bambins ont bien grandi, voire vieilli. Et ils n’ont que faire de nos blâmes parentaux. Car si la relation fraternelle est bien souvent solide, belle et intense, elle traverse aussi des périodes de turbulence. Et quand le ressentiment s’invite (durablement) à la table familiale, la situation tourne au “crève-cœur” pour les parents.

“D’abord, il ne faut pas dramatiser car il faut savoir que les conflits au sein de la fratrie sont naturels, rassure Lisbeth von Benedek*, docteur en psychologie et psychanalyste. Comme toute relation proche, la relation fraternelle contient de l’ambivalence, de l’amour mais aussi de l’agressivité.” Un lien puissant en somme, d’autant plus qu’il constitue bien souvent la première forme de relation à l’autre.”Le frère ou la sœur est la première personne qui se trouve en face de soi, sur un même plan, la première personne à laquelle on peut se mesurer, poursuit la psychanalyste. Cet intrus nous est imposé. Nous sommes contraints de composer avec sa présence et de nous y adapter.” Logique alors que quelques rivalités se mettent en place.

Le poids du passé…

Dans l’enfance, frères et sœurs se livrent une guerre de territoire et se battent pour l’amour parental. “Ma mère me raconte que quand ma sœur est arrivée, j’allais lui tirer les cheveux dans son berceau”, se souvient Isabelle**, 55 ans. Cette jalousie, inévitable selon Lisbeth von Benedek, serait même structurante : “Tout être humain a besoin d’un autre, d’un reflet de lui-même, pour prendre conscience de sa propre personnalité et se construire.”

Là où le bât blesse, c’est quand cette rivalité se transforme à bas bruit en sentiment d’injustice : ma sœur a toujours eu plus que moi, il n’y a que mon frère qui compte, etc. Le risque est alors grand qu’elle ressurgisse des années plus tard. “Souvent, les jalousies se tassent au sortir de l’enfance et restent en sourdine, car chacun est occupé à construire sa vie sociale, indique la psychologue clinicienne Dana Castro***. Mais lorsque les membres de la fratrie deviennent eux-mêmes parents, il arrive que certaines tensions du passé réapparaissent et se projettent sur la génération suivante.” La psychologue entend alors les plaintes de ses patients : mes enfants sont délaissés par mes parents, ils préfèrent ceux de ma sœur ou de mon frère. Avec le sentiment que l’histoire se rejoue.”Leur ressenti est que leurs enfants sont lésés comme eux-mêmes l’ont été étant petits”, précise l’experte.

Jeux de rôles pas drôles !

D’autres situations vécues dans l’enfance marquent aussi l’avenir de la fratrie. “C’est le cas, par exemple, lorsqu’une préférence est clairement affichée (le fameux chouchou de la famille) ou lorsque des rôles stéréotypés sont distribués par les parents à chacun, indique Lisbeth von Benedek. On les entendra dire, par exemple : notre aînée est intelligente mais pas très féminine, alors que la deuxième est très belle mais n’a aucune logique.” Un catalogage en règle qui génère nombre de complexes à l’âge adulte, tout en suscitant des tensions dans la fratrie. Car il arrive que “le petit frère bougon”, “la grande sœur trouillarde” ou “celui qui ne sait rien faire de ses dix doigts” ne supportent plus (légitimement !) l’étiquette qu’on lui a collée.

De même, le rang de naissance a tendance à influencer la place attribuée à chacun (avec là aussi, son lot de frustrations et de rancœurs…). “Je suis l’aînée et j’ai dû endosser très tôt des responsabilités que je ne souhaitais pas forcément, raconte Isabelle**. Ça a marqué ma personnalité car j’aime prendre les choses en main. Par contre, je m’aperçois aujourd’hui que c’est compliqué pour mes frères et sœurs. Récemment, l’un d’eux m’a dit que je prenais trop de place…”

Des situations à hauts risques

Parmi les événements déclencheurs de conflit, l’avancée en âge des parents et l’entrée dans la dépendance constituent une étape délicate pour la fratrie. “À la mort de mon père, qui est décédé subitement, ma mère est devenue dépendante et c’est moi qui ai tout endossé, raconte Virginie**, 55 ans. Mon frère était dans le déni, il refusait de m’aider. Depuis, les tensions entre nous sont vives car j’aimerais qu’il prenne sa part.”

Le partage des tâches (gestion des comptes et du patrimoine, visites médicales…), voici l’un des sujets les plus sensibles. Tout comme la prise de décision autour d’un choix de vie (quand certains privilégient un maintien à domicile et d’autres, un placement en institution). Avec, parfois, une guerre de pouvoir sous-jacente dont le parent devient l’enjeu. Françoise Duchâteau, médiatrice familiale au sein du Centre de la famille et de la médiation de Lyon, le constate : “Certains enfants qui ont été éloignés de leurs parents se rapprochent d’eux soudainement parce qu’ils se sentent prêts, désormais, à s’en occuper. Mais ce n’est pas compris par les autres, notamment ceux qui se sont toujours beaucoup investis. De quoi se mêle-t-il tout d’un coup, pensent-ils, alors qu’il ne s’est jamais soucié de nos parents ?”

Des mots sur les maux

Bien souvent, un simple dialogue entre parents et enfants suffirait à atténuer le ressentiment (et à mieux préparer la fratrie à vivre ces étapes sensibles). Encore faut-il cesser de faire comme si tout allait bien. “La première chose à dire aux parents est de ne pas refuser de parler avec leurs enfants, remarque Dana Castro. Le plus souvent, lorsqu’un des membres de la fratrie leur reproche de faire des différences, ceux-ci rejettent la discussion en répondant “Toi, tu as toujours été jaloux !”” Cette façon d’invalider le ressenti de l’autre est contre-productive : elle est blessante et le conforte dans son sentiment d’injustice. Aussi, même si un parent sait au fond de lui qu’il ne fait pas de différences, inutile de rentrer dans des justifications et des comptes d’apothicaire (en telle année, je t’ai aidé alors que je n’ai pas aidé ton frère…).

“Mieux vaut entendre le chagrin et le reconnaître”, note la psychologue. De l’avis des spécialistes, rien n’est jamais figé tant que chacun est prêt à “bouger”. C’est la raison pour laquelle il est utile d’interroger le regard que l’on pose sur ses enfants : “Pourquoi solliciter toujours le même, par exemple, lorsqu’on a besoin d’aide, remarque Françoise Duchâteau. Si vous vous adressez à tous, vous leur permettez de se positionner différemment, de prendre éventuellement des responsabilités qu’ils n’ont jamais prises parce qu’ils n’y étaient pas prêts ou parce qu’ils n’en avaient jamais eu l’occasion…”

Renouer le dialogue

Mais si le mal est trop profond – “Parfois, la communication entre frères et sœurs s’est réduite, au gré des conflits, à des échanges de SMS ou de mails très virulents”, remarque Françoise Duchâteau) –, peut-être est-il judicieux de se tourner vers un tiers pour tenter de démêler l’imbroglio. Plusieurs options existent ; la médiation familiale, par exemple, qui consiste à réunir les membres de la famille pour tenter de renouer le lien. Car le fait d’exprimer sa souffrance (“Je ne veux plus être la sacrifiée de la famille”, revendique Virginie**) dans un cadre donné – et en présence d’un tiers – garantit un dialogue le plus serein possible. “Chacun a son interprétation de la situation, explique Patricia Raffin-Peyloz, médiatrice familiale à la Maison de la médiation. L’objectif n’est pas de savoir qui a tort ou qui a raison, personne ne pourra jamais le déterminer. L’objectif est que chacun fasse entendre aux autres membres de la famille ce qui est douloureux pour lui. Alors, une fois que les non-dits auront émergé, la question est de savoir si l’on peut se retrouver.” Cet accompagnement, plutôt court – parfois deux ou trois séances suffisent – ne se substitue pas, néanmoins, à un travail thérapeutique (familial là aussi) qui fouille davantage du côté de l’enfance. Avec, dans tous les cas, le même objectif : que la parole circule…

* Auteure de “Frères et sœurs pour toujours : l’empreinte de la fratrie sur nos relations adultes” (éd. Eyrolles).

**Les prénoms ont été modifiés.

*** Auteure de “Frères et sœurs : les aider à s’épanouir “(éd. Albin Michel).

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