Nos conseils pour essayer la pêche à pied

Des bottes, un râteau et un seau : il n’en faut pas beaucoup plus pour partir en quête d’un festin. Marie Carrée, qui guide des sorties sur les plages de Saint-Cast, nous donne les clés pour dénicher les trésors de l’estran.

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Chaussée de bottes en caoutchouc et armée d’un grand sourire, Marie Carrée nous attend devant la plage des 4 Vaux, entre Saint-Cast-le-Guildo et Saint-Jacut-de-la-Mer. Depuis quelques années, cette conseillère de l’office de tourisme de Dinan-Cap Fréhel organise des sorties guidées pour initier les vacanciers aux secrets de la pêche à pied. Le site est particulièrement propice car, dans cette baie, la rivière Arguenon rejoint la Manche. Résultat, l’eau y est trois fois moins salée qu’ailleurs sur la côte, et cela favorise la prolifération des coquillages.

Rendez-vous est donné deux heures avant la basse mer, le moment idéal pour accompagner le recul des vagues et venir déloger coquillages et crustacés. Coques, palourdes, couteaux s’enfouissent dans le sable, crabes, huîtres et moules sauvages sont tapis dans les rochers et, si on a beaucoup de chance, un tourteau ou un homard pourrait être le point d’orgue de l’après-midi. Mais les gourmands seront déçus : “On relâche tout ce qu’on attrape durant les sorties d’initiation. Il s’agit de découvrir le milieu et d’apprendre les règles d’une pêche responsable.”

Marée basse, temps limité

Condition nécessaire à une bonne partie de pêche, le coefficient de marée doit être suffisamment important pour offrir un grand terrain de jeu : “Au minimum, il faut viser une marée de coefficient 80 ou 90. L’idéal, bien sûr, c’est lorsqu’il est supérieur à 100”. En démarrant deux heures avant la basse mer, le pêcheur accompagne la découverte progressive de l’estran (la partie du littoral recouverte périodiquement par la marée). “On descend en même temps que la marée, jusqu’à son point le plus bas. À ce moment-là, la mer reste stable durant 20 à 25 minutes – c’est ce qu’on appelle l’étale. Je recommande de remonter avant l’eau, comme ça, il n’y a pas de risque d’encerclement.” Car les vagues piègent facilement les pêcheurs qui ont le nez dans le sable ou les rochers. Gare à ne pas se faire emprisonner par la marée montante, dont on sous-estime la vitesse (entre 5 et 8 km/h, selon les lieux).

Attention à la taille !

Côté équipement, l’indispensable, c’est la maille, le gabarit réglementaire de taille minimale à respecter afin de pouvoir prélever les animaux. S’ils sont plus petits, c’est qu’ils sont trop jeunes pour être pêchés. On peut se procurer cette réglette à l’office de tourisme.

En ce qui concerne le reste, rien de trop spécifique. Des chaussures adaptées à l’eau, car il n’est pas rare de marcher sur des morceaux de coquillage coupant. Un panier ou un seau dans lequel entreposer sa pêche – surtout pas de sac plastique dans lequel les coquillages chauffent. Et enfin un petit instrument pour creuser le sable : une griffe à trois ou quatre dents, voire une cuillère à soupe. “C’est un instrument efficace et pas dévastateur, explique Marie. Si on repère un trou et qu’on n’attrape pas le coquillage, on peut facilement remettre le sable en place.”

La chasse aux indices

Et nous voici tête baissée, scrutant la zone de marnage, qui se découvre entre la mer haute et la marée basse. “Les coquillages qui s’enfoncent dans le sable respirent grâce à un siphon qui laisse un petit trou en surface, explique Marie. C’est ce qui nous permet de les repérer. Inutile de labourer de grandes surfaces de sable, il suffit d’avoir l’œil !”

Un coup de cuillère, et le voilà hors du sable. On le mesure pour vérifier sa taille, et si elle est suffisante, on le met dans son panier. Sinon, il faut le laisser et l’enfouir assez profondément pour le mettre à l’abri des prédateurs et maximiser ses chances de survie.

Repérez les coquillages en regardant les trous dans le sable et creusez pour essayer de les déloger. S’ils sont en forme de 8, il s’agit probablement de couteaux : versez une pincée de sel dans leur trou et attendez qu’ils remontent ; ou imitez les goélands qui, afin de capturer les coques, piétinent doucement le sable pour reproduire la pression exercée par la marée montante.

Crustacés bien cachés

C’est dans les rochers que les plus habiles débusquent des crabes, parfois de belle taille. Pour les récupérer, on soulève les pierres et les algues en les reposant impérativement à l’identique afin de perturber le moins possible les écosystèmes. Comme toujours, une taille minimale est requise, et Marie recommande de retourner l’animal pour vérifier s’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle : “Lorsqu’on trouve un tourteau ou une étrille qui porte des œufs, mieux vaut le reposer. Ce n’est pas interdit de le prendre, mais c’est un geste de bon sens qui permet de préserver les espèces”.

S’inscrire à une sortie. Prochains rendez-vous les 27 juillet, 11, 24 et 25 août, puis 8 septembre, sur www.dinan-capfrehel.com

4 choses à savoir

Que peut-on pêcher dans le sable ?
Coques et palourdes se repèrent par 1 ou 2 trous sur le sable. La coque s’enfonce à 10 cm, elle doit mesurer au minimum 2,7 cm, la quantité maximale autorisée est 300. La palourde reste plus en surface (min 4 cm / 150 max).

Couteaux. Ils s’enfoncent jusqu’à 60 cm dans le sable et se trouvent là où deux trous côte à côte forment un 8. Inutile de creuser, versez une grosse pincée de sel sur le trou et attendez que le couteau remonte (taille 10 cm min / 60 unités max).

Dans les rochers ?
Huîtres et moules peuvent être récoltées à plus de 15 m des parcs à huîtres et des bouchots. On les décroche à l’aide d’un couteau à lame plate, ou avec un marteau et un burin. (5 cm et 60 huîtres – 4 cm et 300 moules).

Bigorneaux. Ils se récoltent à la main (500 max).

Tourteaux et étrilles sont cachés sous les rochers. Les tourteaux sont plus rares (min 14 cm) que les étrilles (6,5 cm). Pas de limite de quantité.

Dans les flaques ?
Crevettes. Elles s’attrapent assez facilement à l’épuisette. On trouve des bouquets (5 cm min) et des crevettes grises (3 cm). Pas de limite de quantité.

Interdit l’été !
La pêche des ormeaux est autorisée du 1er septembre au 14 juin. Les coquilles Saint-Jacques du 1er octobre au 14 mai.

Bons réflexes

  • 196 : le numéro des secours. Il est sage de partir pêcher avec un téléphone mobile suffisamment chargé.
  • Vérifiez l’absence d’alerte sanitaire récente auprès de l’office de tourisme, de la mairie ou du bureau du port, et que votre lieu de pêche n’est pas soumis à des restrictions spécifiques.
  • Surveillez les horaires de marées qui changent chaque jour (office de tourisme, mairie, bureau du port ou pecheapied-responsable.fr).
  • Pêchez uniquement ce que vous consommerez. Inutile d’avoir les yeux plus gros que le ventre.

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