Nouveau métier, bureau au vert, indépendance : elles nous inspirent une rentrée pas comme les autres

Témoignages. – Et si, après le confinement et un été masqué, on profitait de cette rentrée pour se donner un nouvel élan professionnel ? Se reconvertir, en quête de sens ; adopter le télétravail pour s’installer à la campagne ; lâcher sa carrière pour tenter l’aventure de l’indépendance… Celles qui ont osé racontent.

La reprise sera nourrie d’un appel au changement. Le confinement, bouleversant, nous a aussi ouvert des horizons. Nouveau rythme, retour à soi, liens resserrés, projets amorcés… Que ressentent celles qui ont déjà transformé leur quotidien ? Huit témoins racontent leur prise de risque… et l’accomplissement à la clé.

La reconversion, phénomène de mode ?

Plutôt une lame de fond. «Le confinement a surpris, puis souvent débridé notre créativité, cette rentrée sera bel et bien mobilisée par l’énergie du changement», confirme Laurence Vély, fondatrice du podcast Les Déviations, dédié aux nouvelles vocations. La vague du télétravail, le temps passé en famille, l’intensification de l’usage des réseaux sociaux, les vertus de la déconsommation… Beaucoup de certitudes et de valeurs se sont cassé la figure pendant le confinement. On n’a pas les réponses à tout, mais on accueille les questions, on se donne le temps d’y réfléchir.

Fanny Agostini, entre terre et mère

Fanny Agostini, des plateaux de télévision aux fermes d’Auvergne.

Larguer les amarres parisiennes pour s’installer dans une ferme en Auvergne, d’où elle pilote ses projets avec son mari : l’ancienne présentatrice de Thalassa a accompli sa reconversion.

Une rentrée inédite ?
C’est une rentrée incroyable avec le déploiement de notre ONG Landestini, pour la régénération de la biodiversité et la mise en avant de nos territoires ruraux. Depuis ma ferme, je poursuis une chronique sur Europe 1, et une émission mensuelle, En terre ferme, sur Ushuaia TV, qui promeut justement les nouvelles manières de vivre. Et puis je découvre mon nouveau métier de maman !

Comment mars 2020 a modifié votre trajectoire ?
C’est une confirmation de mes choix de vie : une mise au vert, un ralentissement du rythme de mes anciennes activités et surtout la validation d’un télétravail qui nous permet d’être actifs à distance. Je crois en un exode salvateur pour repeupler cette France aux volets fermés.

Comment entraîner les autres ?
Il faut plus de gens à la campagne qui réinventent des modèles économiques permettant de régénérer le vivant. Il y a aussi un fort besoin de transformation des villes : la récente vague verte aux municipales est de bon augure ; le travail du C40, collectif de grandes villes du monde œuvrant à la lutte contre le dérèglement climatique, également. Nous avons appelé notre fils Darwin, en hommage au naturaliste anglais. Espérons que son avenir lui laisse la possibilité de découvrir la nature et de s’en émerveiller.

landestini.org

En vidéo, comment bien gérer sa carrière selon le New York Times

Gabrielle Ferrandon, naissance d’une vocation

Gabrielle Ferrandon, de directrice de la communication de L’Oréal à sage-femme.

Renouer avec des valeurs chuchotées pendant l’enfance par une grand-mère adorée : l’ex-directrice de la communication de L’Oréal a osé le grand saut vers le métier de sage-femme.

Une rentrée inédite ?
Je poursuis une formation de sage-femme commencée il y a un an, avec une nouvelle organisation familiale à mettre en place. Malgré le rythme et l’inconfort qu’implique le changement, je me sens parfaitement à ma place, alignée à mes valeurs, pleine d’énergie. Donc, même si je pressens en toile de fond un automne difficile, j’ai pleinement confiance. Cela faisait longtemps que mes enfants ne m’avaient pas vu sourire.

Comment mars 2020 a modifié votre trajectoire ?
La crise du Covid-19 m’a confortée dans le sentiment que le monde d’hier est en train de s’effriter. Impossible de se projeter à long terme comme avant, il est déjà difficile de savoir de quoi l’automne sera fait… Cela oblige à plus d’agilité, à moins de compromis. Je le vis comme un coup d’accélérateur. J’avais un besoin urgent de changer pour un métier utile. Plus de temps à perdre, les changements doivent s’opérer maintenant.

Comment entraîner les autres ?
La prise de conscience est déjà là : pour changer, il nous faudra l’événement de trop. Cela ne peut se faire en douceur. C’est dans le chaos que peut naître la vie, et la lumière. Sur ce point aussi, j’ai confiance : on a besoin d’un changement de société, il est déjà amorcé.

Le podcast à écouter

Envisager d’autres voies

Marie-Pierre Dillenseger, praticienne des arts chinois appliqués au temps et à l’espace (1), confirme : «2020 est une année de transition, et le phénomène s’accélère d’août à octobre, période associée dans le calendrier astral chinois au métal, élément symbole de la lame qui tranche. Autrement dit, une force décisionnelle. C’est comme si l’énergie de l’année venait prêter main-forte à ceux qui se préparent déjà aux changements sociaux, professionnels, économiques en cours. En 2020, le mot-clé est l’adaptation.»

Sophie Keller, pour l’amour du ciel

Sophie Keller, de juriste au Sénat à astrologue.

Au prix d’une reconversion radicale, cette ex-juriste au Sénat, aujourd’hui astrologue très contemporaine, aide depuis peu les autres à mieux vivre.

Une rentrée inédite ?
Je reprends mes cours, mes enseignements en ligne, mon programme de retraites. J’ai aussi l’intention de garder plus de temps pour moi et pour mes proches. Je me prépare à une fin d’année que le calendrier astral annonce stratégique. L’heure de lâcher nos attachements au monde matériel, de nous repositionner selon notre idéal, se précise.

Comment mars 2020 a modifié votre trajectoire ?
2020 est une année de transition d’une intensité exceptionnelle. Pendant le confinement, je me suis sentie soutenue comme jamais par le ciel pour transmettre des messages d’espoir. Je vis maintenant davantage dans le présent. J’ai aussi lancé des live et des conférences en ligne très suivis. J’ai adoré ressentir la force du collectif.

Comment entraîner les autres ?
Cesser de chercher à se sécuriser inutilement. Notre liberté dépend de notre capacité à nous détacher. Cette pandémie nous fait le cadeau d’une plus grande ouverture de conscience. Auparavant, le processus d’individuation n’était le fait que d’une minorité, aujourd’hui, être soi-même n’est plus négociable.

sophie-keller.com

Apprendre du confinement

«Le confinement a démontré l’intérêt de l’acte individuel au service du collectif : les gestes barrières n’ont de sens et de portée que parce qu’ils sont partagés par l’ensemble», poursuit Marie-Pierre Dillenseger. Jouer solo peut-être, mais dans l’intérêt collectif. L’économiste Jacques Attali le formule autrement : «Nous avons intérêt au bonheur des autres.» Cet altruisme intéressé est un point de départ. «Aujourd’hui, beaucoup de gens prennent conscience qu’ils ont intérêt à ce que les autres se protègent, et donc à créer les conditions pour cela. Nous avons ainsi intérêt à protéger les sans-abri, les gens fragiles. Après, on découvre que cela peut être une source de bonheur», poursuit-il.

Emmanuelle Hutin, la plume qui donne des ailes

Emmanuelle Hutin : “j’ai quitté un métier qui me passionnait pour embrasser une totale liberté.”

Écrire, aider les autres, réfléchir à de nouveaux formats… et respirer. Ou comment, après un brillant poste dans le luxe (directrice du développement de l’expertise style, Chanel Mode), on peut décider de tracer sa route plus personnelle vers le «monde d’après».

Une rentrée inédite ?
J’ai la chance de pouvoir me consacrer à des projets en phase avec mes valeurs et mes désirs profonds. Mon premier livre, La Grenade, va paraître aux Éditions Stock : comment se construire dans le chaos et l’épreuve.

Comment mars 2020 a modifié votre trajectoire ?
J’ai quitté un métier qui me passionnait pour embrasser une totale liberté, laisser émerger ma créativité. Le confinement, qui a obligé à une perte de contrôle, m’a donc confortée. J’ai compris que ma force pouvait être bénéfique aux autres, notamment à travers des cours de yoga (gains reversés à la Fondation des Femmes et à l’association d’Amma en France).

Comment entraîner les autres ?
Intériorité, bienveillance, créativité, coopération, écoute… En discipline de yoga, on appelle ça l’énergie du féminin. Rester connecté à notre envie de changement individuel pour œuvrer à un changement plus large. C’est aussi finalement ce que l’épreuve du confinement nous a appris.

Exercer son “droit de retrait”

En nous autorisant à nous extraire de la vie sociale, le confinement a créé «un droit de retrait». Continuons à le faire valoir. «Dire non à une invitation, une mission qui ne serait pas en cohérence avec qui nous sommes, c’est possible», assure Marie-Pierre Dillenseger.

Marion Rocher, le coton bio comme une seconde peau

Marion Rocher, de la décoration d’intérieur au lancement de la marque de lingerie écoresponsable, Simplement.

Quitter la décoration d’intérieur pour lancer Simplement, une marque de lingerie en coton bio GOTS et teinture écologique : la reconversion d’une chic fille convaincue que changer le monde commence par prendre soin de son enveloppe.

Une rentrée inédite ?
Je me sens boostée par cette envie de renouveau. L’éthique et les valeurs de ma marque sont en adéquation avec les attentes post-Covid : prendre soin de soi et de sa place dans le monde. Nous lançons une nouvelle session de cours de yoga au showroom en complément de cours en ligne ; nous allons ressortir notre brassière best-seller, et créer une ligne de yoga.

Comment mars 2020 a modifié votre trajectoire ?
Le confinement fut un temps de confrontation à tous les niveaux, famille, couple, business… Pas évident de garder le cap, mais, à l’image d’autres épreuves vécues, il en ressort que c’était un mal pour un bien.

Comment entraîner les autres ?
On peut se mettre sur pause plus souvent, afin de nous permettre de respirer et de ressentir notre appartenance au vivant.

simplement-lingerie.fr

Redécouvrir la patience

«Pas besoin de claquer la porte, le changement commence toujours par des petits pas, ceux qui permettent de s’extirper d’une situation dont on ne veut plus», explique Laurence Vély. «Le confinement nous a réappris à collaborer avec le temps, à développer notre capacité d’action tout en étant patient», note enfin Marie-Pierre Dillenseger. Ainsi se projeter à six mois, deux ans, cinq ans… plus que jamais cela a du sens, dès lors qu’on nourrit un peu ce projet chaque jour, par des actes efficaces.

Rachel Vanier, la danse comme une évidence

Rachel Vanier, de la direction de la communication de Station à la création d’une école de danse.

Dix années passées à la direction de la communication de Station F, l’incubateur parisien aux dimensions XXL, lui ont donné des ailes pour créer l’école de danse de ses rêves (avec son associée Fanny Seroka), et pour publier bientôt un troisième roman.

Une rentrée inédite ?
Équipe agrandie pour l’école et incubation du projet à Station F : nous attaquons septembre très motivées ! C’est pour moi la confirmation d’une envie d’un métier qui fait sens. Cette crise m’apparaît aussi comme une immense porte ouverte : on a retenu notre souffle pendant plusieurs mois, j’ai le sentiment que nous sommes aussi devenus plus tolérants à l’échec.

Comment mars 2020 a modifié votre trajectoire ?
Notre projet d’école de danse nouvelle génération, qui aurait pu voir le jour, s’est mué en cours en ligne. Le format a cartonné, collant aux attentes du monde post-Covid. Nous passons maintenant à la vitesse supérieure en lançant des vidéos à la demande.

Comment entraîner les autres ?
On parle beaucoup de métiers «utiles» autour de la santé. Dans la première fusée qui partira vers le «monde d’après», n’oublions pas de faire monter aussi des artistes et des communicants, des gens qui créent du lien !

dancefloor-paris.com

(1) Auteure d’Oser s’accomplir. 12 clés pour être soi, Mama Éditions

Source: Lire L’Article Complet