On a lu « Une somme humaine », un des quatre finalistes du Goncourt 2022

  • Dernière semaine avant la remise du prix Goncourt, le 3 novembre.
  • Comme l’an dernier, vous allez pouvoir désigner le prix Goncourt des lecteurs de « 20 Minutes ».
  • Parmi les quatre finalistes, « Une somme humaine » de Makenzy Orcel paru le 17 août 2022 aux Éditions Rivages.

Alain Raimbault, auteur et contributeur du groupe de lecture 20 Minutes Livres, vous recommande Une somme humaine de Makenzy Orcel, finaliste du Goncourt 2022.

Sa citation préférée :

« Nos mots sont plus forts que nous, c’était aussi une phrase de grand-mère – elle disait toujours ce qu’elle pensait, n’en déplaise à mes géniteurs et à leurs invités – moi je voudrais que les miens soient plus forts que le temps, la perspective littéraire de ce cahier, je pourrais dire de ce chaos, se nourrit de cette impulsion déceptive, de son inépuisable évanescence… tout est là, incontestable, ignoble et vrai, l’autobiographie c’est comme une pute qui montre ses nichons et ça n’étonne personne, ou si, au contraire, à tel point qu’on la traîne au bûcher au nom de la bonne morale, j’assume entièrement cette indécence, je suis désormais le miroir dans lequel je me vois. »

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que ce roman monde est avant tout celui d’une femme qui montre l’origine de sa douleur : sa petite famille coincée dans un petit village traditionnel dominé par un oncle tout-puissant, tyran domestique qui n’hésite jamais à assouvir ses basses pulsions avec la bénédiction de la communauté. La narratrice monte à Paris pour fuir ses démons, trouver la paix. Son cinéma intérieur, son imagination ne la sauvera pas. Les tyrans vont changer d’apparence et ils vont continuer de la détruire.
  • Parce que de nombreux personnages hauts en couleur vont croiser la vie de la narratrice et conter eux-mêmes leurs espérances, et souvent leurs défaites. Seulement, ils ne diront pas tout, ils tairont l’essentiel, ils mentiront aussi. Si le titre évoque La comédie humaine de Balzac, il faut davantage lorgner vers Zola car les différents acteurs de cette somme sont parfois prisonniers de leur statut social qui les condamne à l’immobilisme, à un horizon désespérément bouché.
  • Parce que ce texte ambitieux et poétique est porté par une langue qui s’échappe, qui se déploie, qui se recentre le temps d’une respiration pour exploser entre deux virgules. Les fantômes mènent enfin le bal, ce sont des personnages connus et respectés au village, ils font partie des meubles, on ne questionne même pas leur présence, et si l’un d’eux quitte sa tombe pour se faire tirer le portrait au cimetière du Père-Lachaise, rien d’anormal sous le soleil de minuit. Du reste, le personnage principal est une narratrice qui annonce être morte dès les premières pages.
  • Parce que ce roman passe ainsi de manière fascinante du naturalisme au réel merveilleux dans un même souffle, un peu comme Céline avait inventé la transgression des registres de langue, Makenzy Orcel invente la transgression des genres et des géographies littéraires. Bien souvent j’ai pensé au lyrisme de l’écrivain Jean-Claude Charles, à la simple différence que son New York à lui équivaudrait au Paris de notre auteur.
  • Parce que c’est pour finir un grand roman social fidèle à Zola qui dénonce les travers, les mensonges, les trahisons et les perfidies de la République française vis-à-vis de sa population immigrée, marginalisée, ostracisée. Sans oublier les différents mouvements sociaux qui la travaillent, jusqu’au massacre du Bataclan.

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. Une jeune femme raconte sa jeunesse malheureuse dans un petit village du sud de la France, puis sa vie à Paris à travers les nombreuses personnes qui croisent son chemin. C’est aussi le récit de mille vies dans le Paris de la marge.

Les personnages. La narratrice, morte, qui raconte sa vie. Son oncle. Orcel, immigré Malien, ami intime de la narratrice. Mackenzy, autre ami intime de la narratrice.

Les lieux. Un petit village du sud de la France, Paris.

L’époque. Fin XXe, début XXIe siècle.

L’auteur. Makenzy Orcel est un poète et romancier né en Haïti en 1983. Il a reçu de nombreux prix littéraires pour ses œuvres de fiction.

Ce livre a été lu comme un roman intense, lumineusement désespéré, qui embrase le lecteur. Voilà comment je l’ai lu. Ce roman est un incendie.

20 Minutes de contexte

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