Oncles et tantes, un lien si particulier

Tonton ou tatie, quel que soit le nom qu’on leur donne pour la vie, ces figures familiales jouent un rôle méconnu. Et tellement important !

Depuis toute petite, Violaine, 10 ans, partage une grande complicité avec sa tante maternelle : « Tatou, je l’adore, on se raconte plein d’histoires et de petits secrets… » Et que ferait Annabelle, 17 ans, sans sa « tata Lolo » ? « C’est ma première amie chez les adultes », dit-elle. Autre histoire, autre époque : « Je n’étais pas très proche de mes oncles, mais ils ont toujours été des figures importantes pour moi qui manquais d’un père ; ils étaient drôles, intelligents. J’étais fier de cette filiation », se souvient Jean-Baptiste, 56 ans. Pourtant, les spécialistes nous parlent peu de ces relations « avunculaires » – oui, c’est le bon mot – dont on sait qu’elles jouent un rôle important dans les familles, et surtout dans la construction de l’enfant et de l’adolescent.

Un parent proche pas comme les autres

« On s’y penche moins sans doute parce que ces relations se raréfient, suggère la sociologue Sylvie Cadolle*. La famille occidentale moderne est majoritairement de type nucléaire avec un ou deux enfants, ce qui réduit les oncles et tantes. A cela s’ajoute le mode de vie, comme la mobilité géographique dans le travail, les séparations des couples, qui peut rendre plus diffcile la possibilité d’une relation de qualité. » Dommage, car, lorsque ce lien existe, il est important, selon la psychanalyste Claire Garbar** : « Les enfants jouissent d’une autonomie relationnelle plus grande par rapport aux générations précédentes, explique-t-elle. Les proches sont ceux pour qui ils éprouvent librement des affnités et de l’affection, et non plus des parents dictés par le devoir ou la tradition. Le lien qui se noue avec un oncle ou une tante est désormais choisi et non captif, bien plus libre même que celui qui peut exister avec les grands-parents. » Julie, 46 ans, sans enfant mais quatre fois tante, en témoigne : « Je suis très complice avec mes neveux et nièces. J’éprouve à leur égard une sorte d’attachement-détachement très joyeux à vivre. Entre nous, c’est beaucoup de rigolade, mais aussi d’écoute et de confiance. Ils savent que je suis là s’ils veulent se confier, sans les “soûler” ni “jouer aux parents”, comme ils disent ! »

Une relation d’égal à égal

Un relais précieux, surtout avec les ados. Oncles et tantes peuvent servir de courroie de transmission entre parents et enfants, quand ça « clashe ». Utile, mais pas forcément agréable à vivre pour les parents (voir encadré ci-dessus). « Quand je pense que ma mère et ma tante, super marrante, tellement cool, sont sœurs, c’est dingue ! », lâche Mahaut, 16 ans… Une petite revanche amusée de la part de l’ado, qui n’est pas dupe : « Je sais bien que parfois ma mère demande à sa sœur de me dire telle ou telle chose. Mais ce n’est pas grave car, quand ça vient de ma tante, ça ne m’agresse jamais ! En fait, elle m’écoute vraiment. Elle me parle d’égal à égal. » C’est aussi ce qu’Emile, 12 ans, apprécie chez son tonton Sylvain : « Il ne me traite pas comme un bébé. Un Noël, j’ai fait du ski hors-piste avec lui. Mes parents n’auraient jamais voulu… » Claire Garbar le souligne : « Ce type de relation permet à un enfant de grandir. L’oncle ou la tante sont les mieux placés pour l’aider à “couper le cordon” tout en lui offrant un sentiment de sécurité… »

Un repère dans la tempête

Ils ont aussi l’avantage d’avoir partagé l’enfance des parents… « Maman n’arrête pas de me dire de ne pas me disputer avec ma petite sœur, mais quand tatie me raconte comment elle lui criait dessus quand elles étaient petites, ça me fait rigoler ! » témoigne Nina, 8 ans, qui, à travers sa tante, se sent moins coupable. Elle le dit joliment : « C’est vrai que des fois je suis jalouse, mais maman aussi a été jalouse ! Et je sais que c’est pas grave parce que ça n’empêche pas de s’aimer plus tard… » Nina aura pu ainsi surmonter un conflit interne quand d’autres ont besoin d’un psy pour faire face à d’autres conflits, ceux des parents notamment, lorsqu’ils divorcent, par exemple. Avoir un oncle ou une tante qui restent solides au poste, c’est très sécurisant pour l’enfant. « Les grands-parents peuvent aussi tenir ce rôle, observe Sylvie Cadolle. Mais comme ils appartiennent à une autre génération, ils ne sont pas toujours aussi crédibles pour l’enfant. » Flavie, 23 ans, ne sait pas comment elle aurait surmonté le divorce de ses parents sans sa tante. « J’avais 11 ans quand mes parents se sont séparés, raconte-t-elle. Quelle période horrible ! Mon père avait rencontré une autre femme et ma mère avait sombré dans la dépression. Moi, au milieu de tout ça, je n’existais plus. Mes grands-parents n’arrivaient qu’à dire du mal de mon père… Sans Coco, ma tante paternelle, je crois que j’aurais sombré. Elle me téléphonait tous les jours. Je passais tous les week-ends chez elle, avec mes cousins… Sans jamais le défendre, elle a trouvé les mots justes pour me parler de mon père. C’était important à mes yeux qu’elle soit sa sœur, c’était un peu comme si lui me parlait à travers elle. Grâce à cela, j’ai pu sauver quelque chose de ma relation avec mon père sans trahir ma mère. »

Une figure d’identification

« Un peu pareils, mais très différents », résume Lison, 9 ans, pour décrire les deux frères, autrement dit son père et son tonton. « Cette différence, plus encore chez un oncle ou une tante un peu fantaisiste, est un bon support à la construction identitaire de l’enfant. Pour grandir, il a besoin d’un modèle autre que celui de ses parents. « D’ailleurs, il trouvera toujours un “tiers” amical et tutélaire, dit Claire Garbar. Cependant, la symbolique du lien de sang vient toujours augmenter le sentiment de sécurité et de pérennité. D’autant que la différence au sein d’une même famille signifie à l’enfant qu’une voie différente est possible. » Julien, 23 ans, en témoigne : « J’ai tellement entendu dire du mal de son frère par mon père, qu’il m’a tout de suite attiré ! Mon oncle était celui qui avait rejeté tous les codes de notre famille bourgeoise. Il était musicien, skipper, fêtard… Je l’ai peu fréquenté, mais il est devenu pour moi une sorte de légende subversive, et très vite ma référence. Il m’a aidé à être le garçon libre que je suis ! » Moralité : même de loin, un tonton peut être génial !

* Auteure de Familles recomposées, un défi à gagner, Marabout. ** Coauteure des Familles mosaïque, Nathan.

« MON TONTON A DEUX ANS DE PLUS QUE MOI »

Même lorsque la différence d’âge est ténue – cela arrive plus fréquemment avec les remariages –, l’oncle ou la tante peut garder son statut symbolique, tutélaire et protecteur. Pour Gaëlle, 17 ans, César, 19 ans, est bel et bien son oncle : « Il n’est pas comme un cousin, ce que l’on me le dit souvent. Il est le fils de mon grand-père et ça change tout ! D’ailleurs, la première fois que je suis sortie en boîte, c’est lui qui m’a accompagnée. Ça peut paraître idiot, mais avec lui, je me sens toujours plus en sécurité. »

JALOUSIE, QUAND TU NOUS TIENS…

A force de l’entendre (« J’adore ma tata », « Mon tonton, il est génial »), on comprend que les parents puissent être un peu jaloux. Certains peinent même à faire taire les rivalités qui elles-mêmes se nourrissent d’une relation fraternelle nouée dans l’enfance. Clémentine, 47 ans, sans enfant, a, par exemple, du mal à voir ses nièces de 8 et 10 ans, les filles de son frère. « J’aimerais qu’on me les confie, car, jusque-là, je ne les rencontre qu’avec leurs parents.

C’est frustrant de ne pas avoir de “vrais” moments. Je pense que ma belle-sœur ne veut pas de concurrence ; elle est aussi très possessive avec mon frère avec qui je m’entends bien… » Dans ce cas, Claire Garbar conseille aux adultes de définir ensemble ce qu’ils attendent de leur lien de parenté. « Les oncles et les tantes doivent pouvoir dire ce qu’ils aimeraient partager ou non, et les parents essayer de comprendre le fondement inconscient de leurs réticences, car tout le monde y gagnerait ! »

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