Pédopsychiatre : quand le consulter ?

Retard de développement, addiction aux écrans, difficultés scolaires, les motifs de consultation sont nombreux. A quel moment faut-il consulter et quel professionnel choisir ? Les conseils d’Agnès Pargade, pédopsychiatre.

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Addiction aux écrans, phobie scolaire, question sur l’identité, les motifs de consultation ont évolué ces dernières années. Et l’accès au psychiatre s’est démocratisé. « Maintenant, c’est devenu quelque chose de facile, pratique, utilisé par tout le monde« , remarque le Dr Agnès Pargade, pédopsychiatre et auteur de « pourquoi consulter un pédopsychiatre« , ed. de Boeck. « Autrefois réticents à franchir la porte du cabinet, les adolescents se rendent compte qu’ils vont mal et osent demander aux parents un rendez-vous. » Les réseaux sociaux ont modifié en profondeur les motifs de consultation. « Les réseaux sociaux comme Facebook entraînent de nombreux troubles. Les jeunes deviennent amis avec n’importe qui. Harcèlement, jeunes filles qui se dénudent, on assiste à des situations dramatiques. » Autre sujet qui monte : les phobies scolaires. « La France est la championne européenne des phobies scolaires« , dénonce la pédopsychiatre. « Le système scolaire français ne s’adapte pas suffisamment aux enfants. Les volumes horaires sont trop importants. Et cette phobie s’est encore aggravée avec la crise du Covid.« 

Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Déménagement, séparation des parents, chagrin d’amour, comment savoir si l’enfant a besoin d’être aidé quand il traverse une période de turbulence ? « Il faut guetter tous les symptômes de changement de comportement« , décrypte la pédopsychiatre. « Si l’enfant mange moins bien, s’il dort mal, s’il fait des cauchemars, s’il est triste. Souvent, c’est le signe d’une dépression qui apparaît. » Des résultats scolaires en chute libre sont également un signe d’alerte. En cas de doute, consultez. « Je dis toujours aux parents : il vaut mieux consulter pour rien. Comme ça, tout le monde est rassuré. L’enfant sait qu’il y a un lieu de parole où il peut être entendu. » Age par âge, les signes qui doivent alerter.

Avant un an : Il faut surveiller les pleurs, le sommeil, l’alimentation, la tonicité, le regard. « En général, les pédiatres surveillent bien tous ces paramètres« , remarque le Dr Agnès Pargade.

De un à trois ans : C’est un retard du développement psycho-moteur qui peut alerter. Un enfant qui ne marche pas, qui a du mal avec la propreté, qui ne parle pas ? Cela nécessite une consultation.

Vers 3-6 ans : L’entrée à l’école maternelle marque le début de la socialisation. Il est important de surveiller si l’enfant est agressif avec ses camarades (avant 3 ans, c’est différent car son langage est limité). Des troubles du sommeil peuvent également alerter. Comme un enfant qui a du mal à s’endormir, fait des cauchemars, a un sommeil agité, qui veut dormir avec les parents.

De 6 à 12 ans : C’est à partir de cet âge que peuvent se développer des phobies scolaires. Il a mal au ventre, il ne veut pas aller à l’école le matin ? Ces symptômes peuvent être le signe d’un malaise plus général. On peut détecter aussi des signes d’hyperactivité. Il ne reste pas en place ? Il touche à tout ? Il a déjà cassé plusieurs téléphones portables ? « En général, les parents sont alertés, car l’enseignant convoque les parents à plusieurs reprises pour dire que l’enfant est intenable », constate la pédopsychiatre. « Si en revanche l’enfant est agité à la fin de la grande section de maternelle, je conseille aux parents d’attendre l’entrée au CP qui est une période charnière.« 

Attention également à l’addiction aux écrans. Quand l’enfant n’écoute pas les limites fixées par les parents (par exemple 30 minutes par jour, quand les devoirs sont faits…), une aide extérieure peut être nécessaire.

La préadolescence. L’entrée au collège est un grand bouleversement. C’est le moment d’être attentif. A-t-il une bonne méthodologie de travail, d’organisation ? Autre comportement à guetter : il ne veut plus se rendre à son activité préférée. « On peut essayer de savoir ce qui se passe, parfois, il peut y avoir un peu de harcèlement« , note la pédopsychiatre.

Attention aussi à la pornographie. Certains jeunes y sont confrontés contre leur gré, par le biais de camarades mal intentionnés. Un mauvais tour qui peut causer d’importants dégâts. Votre enfant se sent très fatigué ? Il paraît triste ? Ces signes ne sont pas à prendre à légère, ils peuvent cacher un syndrome dépressif.

L’adolescence. Chez les jeunes filles, il est important de surveiller les signes d’anorexie. « Cela peut être une jeune fille un peu boulotte à qui on a conseillé de faire un régime et qui pousse ses limites un peu trop loin« , note le Dr Agnès Pargade. En cas de scarifications, il faut consulter immédiatement.

Pédopsychiatre ou psychologue ?

Un psychiatre a une approche globale. Il joue un rôle de superviseur. Bilan psychomoteur, orthophoniste, psychologique, il peut prescrire des évaluations et des examens complémentaires. C’est lui qui synchronise les prises en charge. « Dernièrement, la maman d’une fille autiste m’a dit qu’elle avait d’énormes problèmes alimentaire« , raconte le Dr Agnès Pargade. « Or, ça fait partie des symptômes de l’autisme. Je l’ai envoyée chez une nutritionniste spécialisée dans les troubles du spectre autistique. Elle ne connaissait pas ce type de prise en charge. » De leur côté, les psychologues ne font pas de diagnostic et ne peuvent pas prescrire de médicaments.

Comment se déroulent les séances ?

La présence des parents est nécessaire. « La première consultation est très importante« , explique la pédopsychiatre. « Grossesse, accouchement, premières séparations, on reprend toute l’anamnèse. » Est-ce que cela nécessite de s’engager dans un suivi de plusieurs années ? « Autrefois les gens faisaient l’amalgame avec la psychanalyse, qui dure longtemps. Aujourd’hui, on utilise des thérapies brèves. En général, je pars sur une année scolaire. L’idéal, c’est de faire un point au moment des vacances de la Toussaint. La prise en charge peut durer jusqu’en juillet. Mais il arrive que le problème se règle en quelques séances. Parfois même une consultation suffit, comme en cas de coaching de guidance infantile, sur des questions d’endormissement ou de propreté par exemple.« 

A lire : Pourquoi consulter un pédopsychiatre », Dr Agnès Pargade, ed. de Boeck.

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