Pervers narcissique : "C’est compliqué d’être reconnue comme victime car il n’y a pas de coups"

“Manipulateurs”, “pervers narcissiques”… Autant de qualificatifs utilisés pour décrire des personnalités toxiques qui utilisent des mécanismes d’emprise pour soumettre leurs victimes. Eléonore Bauer, comédienne et autrice, a été en couple avec un pervers narcissique. Elle témoigne.

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Dans une relation amoureuse, au travail, dans son cercle d’amis ou encore au sein même de sa famille, il est possible de croiser la route de ce que l’on appelle un pervers narcissique. Ces personnalités toxiques tissent alors leur toile autour de leurs victimes, qui se retrouvent prises au piège. C’est ce qu’a vécu Eléonore Bauer, comédienne et autrice : elle avait 32 ans lorsqu’elle a rencontré ce garçon qui deviendra par la suite son conjoint, mais surtout son bourreau.

“Il m’a dit ‘Je t’aime’ très vite”

Au début, l’attirance n’était pourtant pas au rendez-vous : “Je ne voulais pas trop être avec lui, il ne me plaisait pas trop. Il y avait un peu une forme de harcèlement et il a tellement été pressant que finalement, je me suis dit : ‘Pourquoi pas ?'”, se souvient-elle.

Elle qualifie néanmoins le début de sa relation de “magique” et vit ce que l’on appelle une “lune de miel”. Cette expression est souvent utilisée pour décrire la première phase du schéma type des pervers narcissiques : celle de la séduction et de l’emprise. “Tout était parfait. Il m’appelait trois fois par jour, me faisait la cuisine tous les soirs. Il faisait tout pour moi et m’a dit ‘Je t’aime’ très vite”, explique-t-elle.

Son partenaire est alors omniprésent : “Ils ne nous laissent pas respirer. En fait, ils ne veulent pas nous laisser réfléchir”, en déduit-elle aujourd’hui.

“Quand il me mettait plus bas que terre, je me disais que je le méritais”

Cette période qui lui semble alors idyllique est vite bouleversée par le changement de comportement de son partenaire. “Et après, c’est une longue incompréhension : ‘Pourquoi ce n’est pas le même prince charmant qu’au début ?'”, se demande-t-elle alors.

Cette phase est également marquée par une grande remise en question. “Quand il me mettait plus bas que terre, je me disais que je le méritais. Il me disait que je le trompais, mais c’était lui qui me trompait et il disait que j’étais jalouse alors que c’est lui qui était jaloux, explique Eléonore.

La violence que subit la jeune femme n’est pas uniquement psychologique. “Sexuellement, on dit non et puis ils y vont quand même, donc ça s’appelle un viol. Le problème, c’est qu’on a beaucoup de mal à dire que c’est un viol comme on est dans une relation amoureuse”, se souvient Éléonore.

“J’ai compris que c’était toxique car j’avais changé de personnalité”

La phase suivante a été celle de la prise de conscience. “Je me suis rendu compte que c’était toxique parce que j’avais changé de personnalité. J’étais devenue un peu agressive, je n’étais plus du tout enjouée, je ne souriais plus”, explique Eléonore.

Un changement de comportement qui a eu un impact sur sa vie et son travail. “J’ai toujours joué au théâtre et je buvais avant de jouer. Je n’avais jamais fait ça de ma vie ! Les gens qui jouaient avec moi, ils en avaient marre, ils me trouvaient nulle. J’étais un peu vide”, se souvient-elle.

Les pervers narcissiques “paralysent le cerveau” de leurs victimes

Depuis, Eléonore a réussi à sortir de cette relation toxique et a compris le mécanisme d’emprise dont elle a fait les frais. “Quand on rencontre ces gens-là, on n’a pas confiance en nous, on a des failles. Tout ce qu’on cherche dans la vie, ils nous le donnent dès le début”, puis “ils vont aller chercher nos défauts pour nous dire : ‘Regarde, moi je suis parfait et toi t’es pas aussi parfaite que moi’. Donc en fait, il faut que tu t’excuses”, explique-t-elle. Un procédé qui “paralyse le cerveau”, selon ses propres termes.

La jeune femme pointe néanmoins du doigt la difficulté d’être “reconnue comme victime parce qu’il n’y a pas de coups”, mais aussi le manque de compréhension du mécanisme d’emprise. “On vit dans un pays libre où on a le droit de quitter une relation amoureuse, donc les gens ne comprennent pas pourquoi on reste et pourquoi on se détruit”. L’une des nombreuses étapes nécessaires pour s’en sortir selon elle ? “Apprendre à s’aimer “.

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“Il faut se méfier de l’homme parfait”

La rencontre : J’ai rencontré celui qui allait devenir mon conjoint lors d’une soirée à laquelle m’avait traînée un ami. Lui était venu accompagné de quelques collègues de travail. Il était beau, stylé et paraissait vraiment intelligent et cultivé. Bref, il semblait correspondre en tous points à l’homme que je recherchais pour fonder une famille.

Sa méthode : Mes amis et ma famille l’ont mis de suite sur un piédestal. Il faisait tout (cuisine, bricolage, ménage…) et s’en vantait pour se faire davantage apprécier. J’ai pris conscience de son narcissisme quand, par exemple, il me virait de la cuisine, prétextant que je ne savais pas faire à manger et refusait de m’expliquer. Idem pour l’entretien du véhicule : lui seul était en mesure de prendre rendez-vous au garage pour programmer une révision. J’avais vraiment l’impression de ne rien savoir faire de mes 10 doigts.

J’ai souffert de son comportement dès lors qu’il me rabaissait sur des tâches simples du quotidien : lui seul allait chercher les enfants à l’école, refusait ma présence lorsqu’ils faisaient des activités ensemble en prétextant que j’étais au travail au moment choisi ou qu’il préférait me laisser tranquille à la maison pour que j’avance dans la tâche que j’avais en route (rangement des papiers administratifs, besoin de me reposer…). C’était très compliqué pour moi d’être ainsi évincée des activités ludiques de mes enfants.

Au bout de 17 ans de mariage, il a demandé le divorce arguant qu’il ne me supportait plus. Je l’ai cru. A l’époque, je cumulais mon activité principale avec un job d’appoint, tout en poursuivant une formation. A mes yeux, c’était mon comportement et ma fatigue qui avaient fait chavirer notre couple. Un membre de ma famille, avec qui les relations étaient déjà tendues, m’a dit un jour “Tu as mérité ton divorce”. J’avais vraiment touché le fond. Je ne sortais plus, même pas pour voir mes amis.

Par chance, j’ai été très bien entourée par mes parents, quelques collègues et mon médecin. Ce dernier a jugé utile et urgent de m’envoyer consulter un psy. Je suis encore suivie deux ans et demi plus tard, mais je vais mieux. Je sors de nouveau depuis un peu plus d’un an et j’ai eu quelques aventures même si je n’arrive pas encore à faire totalement confiance aux hommes.

Mon conseil : Quand on est amoureux, tout ce que l’autre peut faire nous paraît fait avec amour et bienveillance. On ne voit pas la face cachée. Il faut que les femmes se méfient davantage de l’homme parfait, qui fait tout pour la séduire et puis se met à la considérer comme une incapable. Ce sont les signes avant-coureurs d’une relation toxique.

Dès que vous vous trouvez dans cette situation, posez-vous les bonnes questions : “est-ce qu’il est vraiment amoureux de moi ?”, “qu’ai-je fait de mal pour qu’il se comporte ainsi à mon égard ?”. Dès que vous aurez trouvé un début de réponse à vos questions, et surtout si son comportement ou ses remarques ne sont pas légitimes, fuyez. Vous gagnerez en temps et en sérénité. N’hésitez pas à faire appel à des proches et des professionnels. Ne vous retournez pas sur ce passé, allez de l’avant, il en va de votre survie physique et mentale.

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