"Revoir Paris", film de consolation

Dans Revoir Paris, Alice Winocour s’inspire librement des attentats du 13 novembre 2015 pour raconter la difficile reconstruction des victimes dont la mémoire défaille. Mia, Virginie Efira, est par hasard dans un restaurant où des terroristes font un carnage. Moins atteinte que d’autres, elle se répare à la campagne.

Quand elle revient à Paris, elle erre, absente de sa propre vie, de son couple, elle retourne sur les lieux du drame et y rencontre d’autres victimes. Une adolescente qui a perdu ses parents, et un homme, Benoît Magimel, atteint aux jambes mais fort d’un humour de survie. Mia a presque tout oublié, elle recolle les morceaux de sa mémoire qui refait surface, lentement, et veut absolument savoir qui lui a tenu la main quand les terroristes semaient la mort.

Alice Winocour choisit la tendresse, la délicatesse, pour évoquer ce sujet sensible, et c’est sans doute la bonne approche. Des personnages cabossés et perdus, l’une qui veut à tout prix savoir, se souvenir, recoller les morceaux, et l’autre que le drame a rendu plus léger et dilettante, et ce duo fonctionne très bien, grâce aux deux comédiens épatants. Reconnaissons aussi à la réalisatrice de filmer une ville comme groggy, figée, blessée, et d’avoir enfin un regard social sur le sort des travailleurs, déclarés ou pas, dans les cuisines de la capitale.

Rodéo de Lola Quivoron

Dans ce premier film qui a séduit Cannes au printemps, on est collé au personnage principal, Julie, qui rue dans les brancards et vocifère, en rupture de tout et avec tout le monde, mais qui revit et s’illumine, littéralement, lorsqu’elle vole des motos et s’adonne au cross bitume, qui consiste à faire les figures artistiques les plus élaborées sur des lignes, portions d’autoroute isolées et à l’abandon, et en parallèle, on suit à la fois une intrigue amoureuse et une autre, relevant plus du polar urbain, un film coup de poing, féministe, une histoire d’émancipation.

Lola Quivoron transmet sa passion pour le cross bitume qu’elle pratique aussi, comme son actrice principale, Julie Ledru, à qui on souhaite le meilleur pour la suite, ce serait mérité. Le mélange des genres : western, social, fantastique, et des influences de la réalisatrice, fonctionne lui aussi plutôt bien, il y a dans ce premier film un vrai désir de cinéma.

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