Scandale après la diffusion du film anti-avortement "Unplanned" sur C8, le CSA saisi

C’est un programme TV qui ne passe pas. Diffusé le lundi 16 août 2021 en prime time sur C8 (groupe Canal+), le film Unplanned, sorti en 2019 aux États-Unis sous le mandat Trump, relate l’histoire d’une ancienne cadre du planning familial devenue militante anti-avortement.

Mardi 17 août, au lendemain de sa diffusion polémique, ayant tout de même rassemblé que 304.000 téléspectateurs, rapporte Puremédias (soit 1,5% de part d’audience), le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a reçu de nombreux signalements, indique le Huffington Post

Un pseudo message d’avertissement de la chaine avant la diffusion

Dès l’annonce de sa programmation sur C8, plusieurs associations féministes, dont #NousToutes, ont demandé la déprogrammation du film. Le CSA avait alors répondu sur Twitter à la question “Mais pourquoi le CSA n’interdit pas ce programme ?” Réponse : “Le CSA est le garant de la liberté d’expression et de la communication audiovisuelle. Il n’intervient pas dans la programmation des chaînes. Les chaînes déterminent librement le choix de leurs programmes. Après diffusion, il est possible d’alerter le CSA au sujet d’un éventuel manquement à la loi ou à une obligation.”

Au lendemain de la diffusion, l’autorité publique a été saisie. “Le CSA procédera à un visionnage du film diffusé à l’antenne et examinera les saisines reçues. En cas de manquement aux obligations légales, réglementaires et conventionnelles auxquelles il est soumis, le CSA interviendra auprès de l’éditeur”, a-t-il expliqué au Huffington Post

En cas de manquement aux obligations légales, réglementaires et conventionnelles auxquelles il est soumis, le CSA interviendra auprès de l’éditeur.

Une pétition lancée une semaine plus tôt ayant recueilli plus de 20.000 signatures, a incité le diffuseur C8 à publier un message d’avertissement avant le lancement de Unplanned : “En France, toute femme a le droit de disposer de son corps comme elle l’entend. Ce droit est garanti par la loi. Ce récit qui n’engage que son auteur ne signifie pas remettre en question ce droit mais d’en mesurer l’importance.” 

Le média Les Jours rappelle que l’affirmation est fausse et parle d’un “avertissement faux-cul” : “non ça n’engage pas que son auteur mais aussi la chaîne qui décide de le diffuser”.

Pour rappel, en France, l’entrave à l’IVG constitue un délit, depuis 1993, puni par deux ans de prison et 30.000 euros d’amende. 

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Elisabeth Moreno : “Un outil de propagande anti-avortement abject”

Le jour de la diffusion du film, Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes a dénoncé sur Twitter un “un outil de propagande anti-avortement abject”. “Progrès pour notre société, le droit à l’#IVG est un droit fondamental et inaliénable pour toutes les femmes. Cette fiction va à l’encontre de nos valeurs.”, a-t-elle rappelé.

Le 17 août, dans un communiqué, la ministre a une nouvelle fois “condamné fermement la diffusion du film anti-IVG”. Elle souligne que la loi Veil de 1975, autorisant l’avortement en France; est “une des plus importantes batailles des mouvements féministe.”

Marlène Schiappa, ministre de la Citoyenneté, a elle aussi critiqué la diffusion du film américain sur le réseau social, précisant qu'”accéder à l’IVG est un droit en France, nos aînées se sont battues pour l’obtenir.”

Un film évangéliste inspiré d’une l’histoire vraie

Unplanned est inspiré de l’histoire de la Texane Abby Johnson, 38 ans, directrice du Planning familial locale au moment des faits. Enceinte, elle décide de recourir à un avortement, après avoir accompagné de nombreuses femmes dans cette démarche. Au cours de la procédure, l’Américaine quitte son poste et se range du côté des pro-vie.

Le film a été produit par la société évangéliste Pure Flix, basée dans l’Arizona et a reçu un franc succès à sa sortie aux États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, en mars 2019. En une semaine, le film avait engendré 6 millions de dollars, rappelait Le Monde.

Plébiscité dans les états du centre et du sud du pays, il avait été boycotté par l’est et l’ouest des États-Unis, ainsi que les grands médias américains, à l’exception de la Christian Broadcasting Network et de Fox News.

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