Star Citizen : Révolution ou arnaque ?

C’est une question épineuse. Déjà une décennie de développement et le moment du bilan pour Star Citizen, toujours en phase Alpha. S’agit-il d’une révolution, d’une arnaque ou un peu des deux ?

Oui, nous en avons conscience. Avec un titre pareil, les fans assidus de Star Citizen risquent de nous sauter à la gorge. Mais après dix années et des centaines de millions de dollars engloutis dans ce projet pharaonique, la question mérite d’être posée. Certes, Cloud Imperium Games ne manque pas d’ambition (et il en faut pour faire naître la concurrence, l’innovation). Mais les joueurs ne sont-ils pas en droit de se poser la question d’une possible arnaque ? D’une révolution ? Les deux ? Car malgré ce titre provocateur, Star Citizen reste un titre singulier. On vous propose les points positifs et négatifs de ce jeu vidéo en ligne au monde persistant, toujours en phase Alpha.

Un univers éminemment politique

Star Citizen n’est pas qu’une révolution graphique, un titre à l’ambition démesurée. Le jeu va plus loin en installant un lore pensé dans les moindres détails. Une intrigue politique d’une richesse assez rare avec ses démocraties installées, des lois et opposants comme dans tous les pays actuels. On ajoute une pincée de problématiques calquées sur les nôtres et des espèces extraterrestres pour donner une forme de réflexion très poussée. Assez rare dans le jeu vidéo, même pour des titres se voulant scénaristiquement solides. Résumer Star Citizen n’est pas aisé tant les éléments sont nombreux. Et c’est de cette ambition en termes d’écriture que découle une solide fanbase. Car pour plonger dans le jeu en ligne, connaître les rouages de cet univers semble impératif, à minima en surface.

Star Citizen s’impose comme un monde persistant, une mécanique très bien huilée. Entendre par là qu’en plus d’une mort définitive, l’univers ne cesse d’évoluer, devenant une sorte de réalité alternative. Lors de la déconnexion, les autres joueurs continuent de participer à l’évolution et créent une économie (même si 90% des personnages sont PNJ pour la réguler en cas de déséquilibre). Histoire riche et solide, persistance, Cloud Imperium Games montre l’étendue de son ambition : créer un monde alternatif futuriste. Une sorte de multivers aux possibilités incroyables. Star Citizen apparaît comme un précurseur.

Faut-il mettre autant de billets verts dans un jeu vidéo ?

Star Citizen se déroule dans un monde où l’humanité est rédigée par un gouvernement appelé United Empire of Earth. Un gouvernement ouvertement libéral et capitaliste, philosophies présentes dans ce jeu développé à coup de millions de dollars. Depuis ses débuts, Cloud Imperium Games a levé 400 millions de dollars. Rien d’extravagant lorsque l’on sait qu’un Avengers : Endgame, récent blockbuster, a coûté 356 millions de dollars. Sauf que les spectateurs ont pu découvrir le long-métrage ! Un produit fini que n’est pas Star Citizen, toujours en Alpha depuis 10 ans. Car c’est en 2012 que Chris Roberts, créateur du célèbre Wing Commander, annonce le lancement d’un Kickstarter pour financer son prochain bébé, Star Citizen. Sortie programmée en 2015.

2015, 100 millions de dollars ont été levés mais pas de trace de Star Citizen. Nous sommes en 2020 et depuis l’annonce du Kickstar, le jeu dispose d’un budget de 300 millions de dollars. Chris Roberts déclare : « Nous avons du chemin à parcourir avant d’être en phase Bêta ». Star Citizen est en développement depuis dix ans et affiche un budget de 400 millions de dollars. Fallait-il dépenser autant pour un titre, certes ambitieux, mais en développement depuis une décennie ? 400 millions de dollars pour une phase Alpha n’annoncent-ils pas un budget toujours plus pharaonique pour les années à venir ? Moralement, devrait-on payer pour un produit incomplet avec la simple promesse d’être l’expérience tant vantée ?

Graphismes et mécaniques parmi les atouts majeurs

Star Citizen est développé avec le moteur Amazon Lumberyard dont profite notamment New World, le MMORPG d’Amazon. Et les images de la phase Alpha détonnent, fourmillant de détails et effets visuels réalistes. Sans être une révolution graphique, le jeu se hisse à un rang assez élevé d’un point de vue esthétique, même pour les standards de 2021. Mais concevoir un univers si photoréaliste demande du travail et les développeurs se heurteront forcément aux limitations techniques (et le temps à gérer). Les joueurs doivent également posséder le matériel adéquat pour atteindre le plein potentiel graphique de Star Citizen. Mais sous son bel écrin se déroulent des mécaniques. Et si elles n’ont rien de révolutionnaire, elles s’imbriquent dans l’univers pour une expérience réservée à une niche. Pas un AAA lambda, quoi que représentent les 400 millions de dollars.

Car le jeu n’est pas une expérience en ligne comme les autres, dans laquelle il faut progresser, gagner des niveaux, battre des boss en fin de donjon, etc. Star Citizen souhaite la liberté du jour et propose de concevoir sa propre expérience. Dans le titre, vous pouvez être un chasseur de primes comme un commerçant ou explorateur, mercenaire. Tout le monde peut prendre la direction qu’il souhaite, confirmant cette idée d’un multivers. L’idée principale est de proposer un vaste terrain de jeu, fort d’une centaine de systèmes planétaires, stations spatiales, etc. Ces derniers mois, preuve que les développeurs planchent à fond sur Star Citizen, beaucoup de mécaniques ont été ajoutées comme la venue des fonctionnalités médicale dans la mise à jour Alpha 3.15. Sans oublier le minage ou le transport de marchandise. Cloud Imperium Games enrichit toujours plus le gameplay à mesure que le jeu avance vers une année de sortie toujours inconnue.

Chris Roberts est-il un arnaqueur ?

En mai 2019, des révélations ébranlent la communauté de Star Citizen, déjà scindée par les éternels optimistes et les blasés. Un article de Forbes accuse Chris Roberts, créateur du jeu, de mal gérer le projet. On parle d’une « incompétence et une mauvaise gestion à l’échelle galactique ». Il est suggéré que l’homme s’enrichit personnellement sur le projet depuis son lancement, en 2012. En guise d’exemple, Forbes parle d’une maison d’une valeur de 4,7 millions de dollars achetée avec sa femme. 20 anciens employés parlent de Chris Roberts comme un « un micro-manager et piètre gestionnaire de ressources ». Même Mark Day, producteur de Wing Commander 4, estime que son collègue possède de « vieilles et mauvaises habitudes ». Forbes conclut que Chris Roberts « n’essaie plus de deviner quand Star Citizen sera prêt ».

Alors Chris Roberts est-il un arnaqueur ? Certains joueurs lui en veulent, parlant également d’une machine à café à 13000$ dans les locaux de Cloud Imperium Games, dispensable pour eux. Sans oublier que le jeu a de nombreux bugs, des PNJ peu fonctionnels, un calendrier de route stoppé au second trimestre 2022, des serveurs cassés. Pour justifier les nouveaux retards, Chris Roberts évoque la pandémie ayant ralenti toute l’industrie vidéoludique. Un timing rendant toujours plus difficile d’annoncer une date de sortie pour Star Citizen. Depuis l’article de Forbes, d’autres scandales ont eu lieu pour le titre à la gestation compliquée. Notamment d’employés forcés de venir travailler lors des tempêtes de neige au Texas en 2021 sous peine que leurs jours d’absence soient considérés comme des congés. Ou encore Chris Roberts accusé d’insultes envers de potentielles embauches en raison de leurs origines.

Révolution… et arnaque !

Oui, Star Citizen est une révolution. Une révolution puisqu’un jeu à l’ambition inédite voulant s’approcher d’un multivers grâce à son photoréalisme, développant des mécaniques connues mais approchées différemment. Un univers persistant dans lequel coexistent des joueurs prêts à participer à une économie sur fond de politique et d’écriture solide. On a rarement vu un projet aussi pharaonique et les 400 millions de dollars investis prouvent les ressources financières nécessaires pour créer un tel titre. Un titre toujours soutenu par son immense communauté prête à attendre plus d’une décennie pour la version finale, voir même la phase Bêta !

Mais pas de langue de bois : Star Citizen est aussi une arnaque. Et aux joueurs qui fantasment trop, on leur demande de se rappeler de Cyberpunk 2077. Un jeu dévoilé en 2012, bourré de promesses mais raté retentissant à son lancement après presque 10 ans de développement. On ne peut décemment pas parler du jeu de Cloud Imperium Gaming sans trouver absurde une telle attente. Et les sommes astronomiques injectées, 400 millions de dollars en tout, pour une phase Alpha. Dix ans pour une expérience encore fragile et bourrée de bugs, difficile de ne pas tirer la tronche. Certains joueurs, pourtant présents depuis des années, commencent à ne plus croire en Chris Roberts.

Notre verdict ? La nuance et l’esprit critique. Rendez-vous dans le futur pour savoir si Star Citizen sera la révolution annoncée.

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