«Un régisseur a cru que j’étais la fille de Catherine Ringer», confie Hoshi

  • Chaque semaine, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un sujet de société dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… ».
  • La chanteuse Hoshi a sorti le 21 juin, Etoile flippante, une réédition de son album Sommeil levant composée de treize titres supplémentaires nés après le premier confinement.
  • Dès cet été, l’artiste de 24 ans remonte sur scène dans toute la France.

« Au départ, je me disais que c’était la fin du monde. Je suis très angoissée, anxieuse, donc j’étais sous ma couette à me dire qu’on allait tous mourir », se remémore Hoshi lorsqu’on lui demande comment elle a vécu le premier confinement. Et puis, l’inspiration est revenue avec la belle saison. Sous sa plume sont nés des textes évoquant la drôle de période que traversait la planète. « Je me suis arrêtée parce que je me disais que dans un an je n’en aurais plus rien à foutre du confinement. J’ai préféré me lancer sur ce que j’aurais écrit si j’avais préparé un nouvel album », raconte l’autrice, compositrice et interprète de 24 ans. Treize de ces chansons nées ces derniers mois figurent sur Etoile flippante, la réédition du précédent opus de l’artiste, Sommeil levant, que la chanteuse commence – enfin ! – à défendre sur scène.

Dans la chanson « Etoile flippante » vous chantez avoir peur de « devenir une étoile filante ». Vous redoutez de n’être que de passage dans le paysage musical ?

Et dans la vie en général. J’ai peur de l’éphémère, je n’aime pas le temps qui passe. Cela m’effraie profondément. Je veux donc tout faire pour ne pas être une étoile filante, je veux exister sur la durée, que ça se voie plus ou moins, au-delà des ventes et tout ça. Je veux faire ça toute ma vie, en fait. J’ai la crainte que ça s’arrête maintenant que je touche mon rêve du bout des doigts.

En avril, vous vous êtes retrouvée malgré vous au cœur de l’attention médiatique lorsque des propos de Fabien Lecoeuvre a votre sujet ont été relayés sur les réseaux sociaux. Au micro d’une radio, il avait déclaré « Vous mettez un poster de Hoshi dans votre chambre, vous ? Mais elle est effrayante ». Quelle a été votre première réaction ?

C’est une fan qui m’a envoyé ça. Je suis tombée de haut. Je ne connais pas Fabien Lecoeuvre, on a dû se croiser une fois aux Années Bonheur, il y a deux ans, mais je ne m’en rappelle peu. Je me suis demandé pourquoi il avait dit ça. J’ai montré ça à Gia [Martinelli, sa compagne, également autrice, compositrice et interprète] et on est restées choquées pendant dix minutes. On s’est pris une balle perdue, c’était gratuit. J’ai réagi au quart de tour, j’ai pété un peu un plomb, ça m’a choquée, outrée, je n’ai pas réfléchi, j’avais besoin de sortir ce truc [elle a d’abord tweeté « On lui offre un poster ou un miroir ? J’hésite. », puis « C’est à cause de gens comme vous que des jeunes abandonnent leur rêve, pas à cause des maisons de disques. »] Ma mère m’a appelée une heure après en me disant que c’était grave, ce qui s’était passé. Elle était en larmes. J’ai tendance à oublier que mes parents regardent mes réseaux sociaux.

Vous avez reçu de très nombreux messages de soutien…

Complètement. J’étais en plein mix de l’album, je préparais la tournée et ce truc-là m’est un peu tombé dessus. Les gens ont été vraiment adorables. Plein d’artistes ont été gentils et ont pris mon parti. Je trouve que c’est beau, ça prouve que plein de gens en ont marre de tout ça.

Clara Luciani disait récemment à « 20 Minutes » avoir discuté avec vous à ce sujet, tout comme elle avait échangé avec Louane ciblée par des commentaires sexistes après un passage télé. Il y a une solidarité entre artistes…

On peut même parler de sororité parce qu’entre femmes de l’industrie, on discute ensemble. Les hommes prennent de plus en plus parti et je trouve cela bien, ça montre que c’est un problème général. Avec Clara, on a beaucoup échangé. Elle était outrée. C’est quelqu’un que j’aime tellement. Pareil avec Louane, les propos dont elle a été la cible sur Twitter m’ont bouleversée. Je me suis dit : « Ouh la, quelle période ! On sort d’un confinement, calmez-vous franchement ! »

Personne n’a jamais essayé de vous formater, de vous dire comment vous devriez vous habiller, vous maquiller, vous présenter ?

J’ai eu de la chance – enfin, je dis ça mais je ne sais pas comment ça se passe à côté. Quand je suis arrivée, j’avais déjà mon chignon, ma guitare, ma marinière (rires). On ne m’a pas spécialement dit comment je devrais m’habiller. Cela arrive parfois qu’on me propose quelque chose et que ça ne me plaise pas, mais ça ne va pas au-delà. Si la tenue ne me plaît pas, je dis non. Dans mon équipe, c’est bienveillant, c’est cool.

Si la chanson française était un arbre généalogique, qui seraient vos parents, sœurs ou cousins spirituels ?

Lors d’un de mes derniers concerts, un régisseur a cru que j’étais la fille de Catherine Ringer. Pendant toute la soirée, il me disait : « J’adore ta mère ! » Je ne comprenais pas parce que ma mère est secrétaire à Saint-Quentin-en-Yvelines. Deux jours plus tard, il me dit : « Tu feras un bisou à Catherine ! » (rires) J’aime bien les Rita Mitsouko. Il y a des artistes que j’admire, je ne pourrais pas me comparer à eux, mais j’adore Gainsbourg, Brel, Léo Ferré… Indochine est peut-être le groupe dont je me sens aujourd’hui la plus proche dans mes choix.

Vous êtes très active sur les réseaux sociaux. C’est important pour vous de vous exprimer aussi ainsi ?

J’y tiens, ça peut faire mal parfois, c’est un peu fatigant, il faut savoir lâcher et j’ai du mal (rires). Mon Twitter va au-delà de moi, de mon personnage et de la musique. Derrière, je suis aussi une humaine et il y a des sujets qui me fâchent ou me plaisent. C’est cool de pouvoir échanger sur les mangas, les choses que je lis. Ça permet de garder un petit lien avec le public. C’est un outil, autant s’en servir.

Dans « Amour censure », vous évoquez explicitement l’homophobie. Lors des Marches des fiertés organisées en France ces dernières semaines, plusieurs pancartes citaient les paroles. Cela vous touche ?

C’est hyper émouvant. La chanson est née de ce que j’ai vécu dans mon passé, des agressions que j’ai subies. Je pensais au départ que cela n’allait pas toucher mon public parce que c’est vraiment un truc personnel. Et en fait, cela a dépassé tout ça et je n’étais pas prête à ça. Je suis trop émue. A la Pride de Marseille, sur une pancarte, il était écrit : « Un jour, je me marierai avec Hoshi ». C’est trop mignon ! Je me dis que la chanson est allée au-delà de mon projet, de qui je suis et elle a servi à des gens. C’est pour cela que je fais de la musique.

Vous avez fait votre coming-out. Que diriez-vous à un artiste qui hésite à « sortir du placard », à évoquer ouvertement son orientation sexuelle ?

Un coming-out, cela change non pas une carrière mais la vision que les gens ont de toi. Cela devient un sujet de discussion ensuite. Si les artistes dans le placard, entre guillemets, ne sont pas prêts à l’assumer dans les interviews, au quotidien, dans leur image, je les comprends parce que c’est un poids à porter qui est lourd. A chaque fois qu’il se passe un truc, s’il y a quelqu’un sur qui on peut taper ça peut être moi ou tous les autres artistes « out », comme Pomme ou Eddy de Pretto qui s’est pris des menaces il n’y a pas longtemps. C’est assez récurrent donc je comprends les gens qui veulent se protéger un peu. Mais moi, je ne regrette pas du tout.

Vous êtes, avec Pomme ou Suzane, plusieurs artistes de votre génération ouvertement lesbiennes. Il y a dix, vingt ou trente ans, une telle visibilité était impensable. Comment l’expliquez-vous ?

C’est au-delà de la musique. On a toutes à peu près le même âge et on n’a pas eu beaucoup de personnes qui nous représentaient quand on était ados. J’étais fan de plein de gens, comme Indochine ou Mylène Farmer, mais il y avait un manque de représentation. Je pense qu’on a voulu devenir cette personne pour rassurer les jeunes LGBT d’aujourd’hui.

Vous avez récemment retrouvé la scène. Cela vous avait manqué ?

Ça fait du bien ! Ces derniers mois, je regardais beaucoup la musique à la télé, les concerts sur Cuturebox et je me disais que ça me manquait, que j’avais fait plein de titres que je ne pouvais pas défendre sur scène. Là, il va y avoir des festivals d’été, je vais pouvoir assister à des concerts et être sur scène. C’est sur scène que tout prend forme. C’est la récompense ultime d’avoir un public devant soi. Quand je suis remontée sur scène, les gens étaient masqués, mais je voyais leurs regards. T’es obligée d’être émue quand tu vois ça. Franchement, là, on se sent vivants.

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