Vaccins anti-cancer : une piste prometteuse

Bien sûr, on ne parle pas d’une injection qui nous empêcherait d’attraper la maladie mais de nouveaux traitements qui stimulent l’immunité pour éviter les rechutes. Une vois porteuse d’espoirs.

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Attention, le mot « vaccin » peut être un peu trompeur ! « À l’heure actuelle, il est impossible d’en fabriquer un universel contre le cancer. Car à la différence d’un virus qui est le même pour tout le monde, chaque patient a son propre cancer », précise d’emblée le Pr Jean-Pierre Delord. Aujourd’hui, le seul vaccin préventif contre le cancer s’appelle Gardasil, il protège contre le virus HPV, responsable de nombreux cancers du col de l’utérus et de la gorge. Mais grâce aux progrès technologiques réalisés depuis 15 ans, notamment sur le séquençage du génome, on peut aujourd’hui espérer fabriquer une version thérapeutique, pour éviter qu’une personne soignée ne rechute.

Une conception 100 % sur mesure

Vous connaissez peut-être déjà les traitements par immunothérapie, qui complètent parfois la chimio, les rayons ou la chirurgie. Ils utilisent des molécules (cytokines ou anticorps monoclonaux) pour booster l’immunité générale et aider à mieux se défendre face au cancer. « Le principe de l’immunothérapie, c’est d’entraîner le système immunitaire à attaquer les cellules cancéreuses », rappelle Hedi Ben Brahim, directeur général de Transgène, la biotech qui développe le vaccin Myvac. Avec les vaccins thérapeutiques, on peut aussi parler d’immunothérapie… mais sur-mesure ! Car chaque vaccin est unique pour chaque patient. Il est fabriqué à partir des mutations génétiques de leur propre tumeur, afin de stimuler le système immunitaire de manière plus ciblée et plus durable.

Des piqûres pour réveiller nos défenses

Après avoir opéré un patient, on étudie l’ADN des cellules cancéreuses prélevées sur sa tumeur. Ça permet de comparer avec l’ADN de cellules saines de la même personne pour identifier des milliers de différences. « On sélectionne grâce à un logiciel d’intelligence artificielle quelques dizaines de ces anomalies, parce qu’elles présentent une protéine qui sera reconnue par le système immunitaire », détaille le Pr Delord. « Puis on fabrique une formule de vaccin unique à partir des 30 protéines les plus pertinentes, ce qui donne à l’organisme la possibilité d’attaquer le cancer en 30 points différents », complète le directeur de Transgène. Un virus (utilisé dans le passé pour les vaccins contre la variole) sert de vecteur pour les transporter. Une fois que le patient a terminé ses soins (rayons, chimio si besoin) et récupéré un état de santé suffisant, il commence la vaccination. Avec une injection dans le bras chaque semaine pendant 3 mois puis des doses de rappel plus espacées.

Des anticorps pour attaquer le cancer

L’étape suivante consiste à apprécier, via des prises de sang régulières, comment le système immunitaire réagit à la vaccination. Une cinquantaine de patients ont déjà été inclus dans l’essai clinique issu de la technologie Myvac, et les premières observations sont encourageantes : « Il y a bien une réponse, on assiste à la création de lymphocytes, signe que l’immunité se renforce », résume Hedi Ben Brahim. Et le vaccin est très bien toléré, sans effets indésirables gênants. « De plus larges études menées sur des centaines de patients devront ensuite être lancées pour démontrer que ces vaccins préviennent bien les rechutes », rappelle le Pr Delord. Ce traitement ultra-personnalisé demande beaucoup de moyens, mais si son efficacité se vérifie, il pourrait concerner à terme plusieurs dizaines de milliers de patients par an.

Objectif, repousser les rechutes

« Cette innovation vise les cancers et les patients qui ont un risque élevé de rechute, malgré l’intervention chirurgicale », résume le Pr Delord. La société Transgene travaille par exemple sur le développement de vaccins pour les cancers ORL (gorge) et des ovaires, en partenariat avec plusieurs hôpitaux dont l’Oncopole de Toulouse, l’Institut Curie à Paris et la Mayo Clinic aux Etats-Unis. « Dans certains cancers de l’ovaire, un marqueur sanguin permet de prédire en amont la récidive du cancer, plusieurs mois avant la rechute. C’est à ce moment-là que l’on pourrait donner ce type de vaccin », explique le Pr Delord. Les équipes du Centre de thérapies expérimentales de l’Université de Lausanne mènent des essais similaires sur les cancers du pancréas et du poumon. Avec une même stratégie : présenter au système immunitaire des marqueurs (inoffensifs) de la maladie pour mieux le préparer à se défendre si celle-ci réapparaît. L’organisme sera alors capable de fabriquer des lymphocytes spécifiques pour tuer les cellules cancéreuses. « On ne prétend pas éviter massivement les récidives, mais au moins repousser les rechutes et les traitements de plusieurs mois, voire plusieurs années », nuance modestement Hedi Ben Brahim.

Merci à Hedi Ben Brahim, directeur général de Transgène, biotech strasbourgeoise et le Pr Jean-Pierre Delord, directeur de l’Oncopole Toulouse.

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