Victime d’une tentative de sabotage, la journaliste Morgan Large « a peur »

  • Morgan Large, journaliste de la radio bretonne RKB, se dit victime d’une tentative de sabotage après la découverte du dévissage des boulons de ses roues de voiture.
  • La journaliste est connue pour avoir enquêté sur l’agriculture et l’agroalimentaire, secteurs très puissants de l’économie bretonne.
  • Un rassemblement a réuni plus de 800 personnes à Rostrenen ce mardi.

En radio, cela n’arrive jamais. A midi, les auditeurs de RKB (Radio Kreizh Breizh) ont pourtant entendu un grand blanc. Un acte militant de la part de la radio bretonne qui tenait à marquer son soutien à sa journaliste Morgan Large. Ce mardi à midi, la Bretonne n’était pas au micro de la radio basée à Saint-Nicodème, dans les Côtes d’Armor, mais sur la place du marché de Rostrenen pour remercier les centaines de personnes rassemblées en son honneur. Ces syndicalistes, journalistes et simples citoyens étaient réunis pour dénoncer l’acte de malveillance dont cette journaliste spécialiste des enquêtes sur l’agroalimentaire a été victime. Le 31 mars, elle avait retrouvé les boulons de
l’une des roues de sa voiture entièrement dévissés. L’un tombé devant chez elle, l’autre sur la route qui mène à sa maison. « Je peux vous dire que ça vous glace. Ce n’est plus de la menace sourde là », explique Morgan Large, qui va porter plainte.

Jointe au téléphone après le rassemblement qui aurait réuni plus de 800 personnes, la journaliste est émue de cet élan de soutien. Mais elle n’est pas tranquille. Après un temps d’hésitation, elle s’explique. « Est-ce que j’ai peur ? J’alterne entre les moments où ça va bien et les moments où j’ai peur. Je ne sais pas s’il faut que je le dise mais oui, j’ai peur. Si cet acte a été fait pour ça, il est réussi ».

Vendredi, Reporters sans frontières n’avait pas hésité à parler de « mise en danger » pour décrire ce probable acte de sabotage perpétré devant chez la journaliste. La piste de la défaillance matérielle, personne n’y croit. « Ça fait des années que l’on fait des sujets qui dérangent et qu’on nous menace. On a déjà perdu des subventions publiques à cause de ça. Un maire nous l’avait même dit en direct, à l’antenne il y a quelques années. Ça pose question, non ? ».

Un manifestant brandit une pancarte ici lors du rassemblement de soutien à la journaliste bretonne de la radio RKB Morgan Large, organisé le 6 avril 2021 à Rostrenen.

Actes de malveillance et d’intimidation

Ce n’est pas la première fois que la journaliste se dit visée par des actes de malveillance et d’intimidation, citant pêle-mêle l’intoxication de son chien, l’ouverture des enclos de ses animaux, ou les tentatives d’intrusion dans sa petite radio associative bilingue. Si elle se refuse à désigner un quelconque coupable de cet acte de sabotage, la journaliste sait qu’elle fait l’objet d’une attention particulière de la part de la filière agroalimentaire. Un mastodonte de l’économie bretonne que la rédactrice a souvent égratigné au fil de ses enquêtes. Et qu’elle n’a pas hésité à critiquer quand elle a témoigné dans le documentaire Bretagne, une terre sacrifiée, diffusé en décembre sur France 5.

« Je ne sais pas d’où proviennent ces menaces. Mais je sais que des inspecteurs du travail avaient déjà été victimes d’un déboulonnage de leur roue de voiture alors qu’ils visitaient une serre de tomates il y a quelques années. Le monde agricole est sur la défensive. Il y a des enjeux, des problèmes de société. La mobilisation que j’ai vécue aujourd’hui le prouve. Il y a de plus en plus de gens qui s’interrogent, qui expriment leur lassitude face à ces comportements », explique la journaliste. Elle aurait d’ailleurs aimé « que le monde agricole se désolidarise » de cet acte. Seul le syndicat Confédération Paysanne l’a fait.

D’autres cas de menaces dans la région

Depuis quelques mois, le sujet des enquêtes autour de l’agroalimentaire fait débat en Bretagne. Récemment, une journaliste allemande aurait elle été « insultée, bousculée et suivie chez elle par un agriculteur » à Glomel. Il y a quelques semaines, la journaliste Inès Léraud faisait l’objet d’une plainte en diffamation de la part du grossiste breton Chéritel, dont elle avait dénoncé les pratiques dans un article paru sur Bastamag. Le groupe avait annoncé
l’abandon des poursuites le jour même de l’audience.

Trois syndicalistes sont eux toujours visés par des poursuites pour les mêmes faits et attendent de connaître la décision de la justice. « Beaucoup de gens ont peur de parler », nous expliquait récemment Inès Léraud. Elle et d’autres n’hésitent pas à accuser le lobby de l’agrobusiness d’avoir infiltré toutes les branches de la société : les conseils municipaux locaux, les banques et même les médias régionaux. Un empire.

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