Chez Dior, mise en lumière de l’ikat et du chiné, deux savoir-faire exceptionnels

Vidéo: Le sens de la mode par Maria Grazia Chiuri pour Dior (Dailymotion)

Mardi 29 septembre, jardin des Tuileries, 14h30. Sous le chapiteau transformé en cathédrale éphémère, les quelques 350 invités ayant pu faire le voyage (presque quatre fois moins qu’à l’accoutumée) assistent, plongés dans le noir, au défilé printemps-été de Dior.

Continuant ses réflexions sur les origines de la mode, Maria Grazia Chiuri, directrice artistiques des collections femmes de la Maison de l’avenue Montaigne, crée le vestiaire fétiche d’une académie de femmes idéale, comprenant aussi bien Virginia Woolf, Susan Sontag que Simone de Beauvoir. La créatrice romaine les imagine lovées dans des chemises d’homme, des vestes en denim souple, des robes fluides sublimées de chiné ou encore des kimonos en ikat, deux savoir-faire inestimables et fil rouge de la collection.

Au delà de la mode

Chez Dior, le chiné magnifiait déjà la couture d’Yves Saint Laurent, sur un manteau évasé datant de 1959 et évoquant Trapèze, sa première collection au sein de la maison. En découvrant l’archive, Maria Grazia Chiuri s’éprend de cette technique artisanale à l’esprit graphique tout comme de l’ikat dont elle est dérivée. Si, comme souvent avec le textile, il est difficile d’en définir l’origine précise, ce dernier aurait vu le jour en Chine au VIème siècle, d’après les preuves historiques fiables dont nous disposons, avant de se développer chez les peuples austronésiens puis aux Philippines, en Indonésie, en Thaïlande et même en Amérique Centrale, au Guatemala et au Mexique. En Europe, le chiné à la branche fait son apparition au XVIème siècle, particulièrement prisé dans la France de Louis XIV et Marie-Antoinette. Pour ces deux techniques, le fil est teint en amont, avant le tissage, ce qui rend la conception du motif d’autant plus difficile. L’artisan met donc en place des zones de réserve, entourant et compressant le fil – “ikat” signifie “nouer” en indonésien –  et le plonge ensuite dans un bain de teinture. Cette opération est répétée autant de fois que le motif comprend de couleurs. Le fil est ensuite tissé sur le métier de façon artisanale, à la main. Résultat de ce travail d’une extrême minutie, un tissu aux motifs flous, vibrants. Si le chiné a été adapté aux temps modernes en utilisant l’impression afin de réaliser des dessins plus complexes, l’ikat est quant à lui resté fidèle à ses origines. Utiliser cette technique hors du temps, qui demande parfois, simplement pour la teinture, jusqu’à deux ans de préparation, revient à s’interroger sur l’époque que nous vivons actuellement, où la volonté de produire toujours plus, toujours plus vite, laisse peu à peu la place à un mode de vie plus lent, où l’artisanat reprend ses droits.

Raconter l’histoire des peuples à travers le vêtement, telle est l’ambition de Maria Grazia Chiuri lorsqu’elle mélange ces deux techniques sur des manteaux et des vestes réversibles, habillant une face de chiné revisitant un motif cachemire combiné à la toile de Jouy maison et l’autre d’ikats traditionnels, réalisés par des tisserandes à Bali, dans une volonté de faire rayonner et perdurer ce savoir-faire remarquable.

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